Chronique Semaine de l’Art n° 3 : La guerre d’Anne Hidalgo contre le patrimoine parisien


Ce texte est la transcription de la chronique de l’émission La Semaine de l’Art n° 3 du 24 janvier 2014.

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Le plan de lotissement de l’avenue Foch
qu’Anne Hidalgo trouve « intéressant »

Cette semaine, quelques architectes et un homme d’affaire ont révélé leurs plans pour, disent-ils, créer une « coulée verte » sur l’avenue Foch. Évidemment, La Tribune de l’Art n’était pas conviée à leur conférence de presse qui a eu lieu lundi dernier mais nous nous y sommes tout de même rendu et un article sera consacré prochainement à ce projet dément et terriblement destructeur d’une des plus belles avenues de Paris et d’un urbanisme datant du Second Empire.
On aurait pu croire à une lubbie d’architecte comme il en existe beaucoup, si la candidate à la Mairie de Paris, l’inénarrable Anne Hidalgo n’avait aussitôt clamé son intérêt pour ce projet.
Certes, depuis, elle a fait un peu marche arrière en déclarant qu’elle avait déjà eu cette idée de construire sur cette avenue mais qu’elle l’avait écartée (Libération du 23 janvier 2014).

Cet aveu qu’elle avait déjà penser à bâtir sur l’avenue Foch fait froid dans le dos, surtout quand on lit dans ce même article qu’elle n’écarte pas à cet endroit un aménagement à sa façon puisqu’elle affirme aussi : « J’aimerais qu’à partir de ces intuitions, on puisse avoir un grand projet d’aménagement de l’avenue Foch »
Plus grave encore, si possible : demain samedi, elle devrait dévoiler ses projets pour plusieurs places parisiennes dont la Bastille, la Nation et Denfert-Rochereau !
Lorsque l’on voit ce qu’elle a fait place de la République, détruisant la plus grande partie des aménagements du XIXe siècle, brisant des fontaines, détruisant des espaces verts pour une place minérale sans aucun charme, déjà à moitié dégradée, entièrement dédiée au « ludique » et au « festif », il faut s’inquiéter de ce programme qui ressemble bien à une volonté de systématiser dans Paris ce style qu’on pourrait appeler Delanoehidalgoiste.

Vandalisme à la République, vandalisme à venir avenue Foch, sur plusieurs grandes places de Paris, vandalisme sur les serres d’Auteuil,, vandalisme à la piscine Molitor, vandalisme à la Samaritaine où l’on détruit actuellement tout un ensemble de maisons du XVIIe au XIXe siècle, vandalisme des tours à venir qui viendront gâcher nombre de perspectives qui font le charme de la capitale,… il y a dans toutes ces actions une véritable haine de Paris, tel qu’il nous a été légué par l’histoire et tel que les touristes et les amateurs de patrimoine viennent le visiter. Il s’agit, osons le mot, d’une véritable guerre déclarée contre Paris, une guerre déclarée par la municipalité même.

Ces attaques incessantes contre l’urbanisme parisien devraient être rendues impossibles par la législation des monuments historiques. Mais qu’importe puisque la ville de Paris rencontre auprès du ministère de la Culture, quelque soit son occupant, un allié objectif. Frédéric Mitterrand n’a rien fait pour s’opposer à la destruction des Serres d’Auteuil, il est sur ce point comme sur beaucoup d’autres, dans leur inaction même, en phase avec Aurélie Filippetti. On aurait attendu de cette dernière, à l’annonce du projet pour l’avenue Foch, un coup d’arrêt clair et définitif à une opération que la législation sur les sites et les monuments historiques devrait interdire. Au simple énoncé de cette idée absolument absurde, Aurélie Filippetti aurait dû dire immédiatement que ce projet n’avait aucune chance d’aboutir et que ses services s’y opposeraient entièrement. Évidemment, Aurélie Filippetti s’est tue, on ne sait pas ce qu’elle en pense.
Nous l’avons déjà dit, et nous le redisons encore, sans esprit politicien : l’élection d’Anne Hidalgo à la mairie de Paris constituerait une catastrophe majeure pour le patrimoine. Elle nous trouvera toujours résolument sur sa route.


Didier Rykner, vendredi 24 janvier 2014





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