Chronique Semaine de l’art n° 25 : Le ministère de la Culture, un portefeuille maudit ?


Ce texte est la transcription de la chronique de l’émission La Semaine de l’Art n° 25 du 4 septembre 2014. Sa lecture réservée aux abonnés.

Selon la Fédération Patrimoine-Environnement, qui les a comptés, Fleur Pellerin est devenue la vingt-cinquième ministre de la Culture de la Cinquième République, un poste dont le premier titulaire a été André Malraux. Nous avouons ne pas avoir fait nous mêmes le calcul. Ce qui est sûr en revanche, c’est qu’elle est la sixième depuis la création de La Tribune de l’Art. Les ministres passent, et nous restons, c’est déjà ça. Car les raisons de se réjouir de cette valse ministérielle sont minces, la seule étant, finalement, qu’on est toujours soulagé de voir partir le titulaire du poste.
Ce constat est à lui seul terrible. Nous acueillons à chaque fois les nouveaux arrivants avec un peu d’espoir (très peu à vrai dire) et beaucoup de circonspection, mais sans jamais leur intenter de procès d’intention comme la consultation de nos anciens articles le démontre aisément. Se sont ainsi succédés Jean-Jacques Aillagon, Renaud Donnedieu de Vabres, Christine Albanel, Frédéric Mitterrand et Aurélie Filippetti. Hélas, il n’y en a pas eu un pour racheter l’autre, que le gouvernement soit de droite ou de gauche, comme si ce poste était décidément maudit.

Que doit-on attendre de Fleur Pellerin ? Pour rester cohérent avec ces propos, attendons de voir. Qu’elle n’ait jamais montré le moindre intérêt pour le patrimoine et les musées est évidemment un peu inquiétant, mais parmi ceux que nous avons cités, au moins deux (Jean-Jacques Aillagon et Frédéric Mitterrand) avaient un certain goût pour ces domaines. On a vu le résultat.
Il est vrai que, déjà, certains signes ne sont pas encourageants : invitée hier de Patrick Cohen dans le 7/9 de France-Inter, elle n’a pas eu une parole - pas une seule - pour le patrimoine ou les musées. Certes, elle n’a pas été interrogée sur ce sujet, mais en une demi-heure elle avait parfaitement le temps et l’opportunité, sinon le devoir, d’en dire un mot. Elle vient, par ailleurs, de confirmer à son poste le précédent directeur de cabinet, nommé par Filippetti, Martin Adjari, celui qui avait remplacé Laurence Engel à son départ en mai. Or, c’est bien le cabinet qui fait la politique, surtout lorsque le ministre n’est pas spécialiste de ces domaines.

Mais attendons ses premières décisions. Nous avions, lorsque Aurélie Filippetti avait été reconduite à son poste par Manuel Valls, récapitulé les dossiers brûlants du moment et les décisions qu’elle aurait dû prendre pour redorer son blason. Ils sont toujours d’actualité, notamment celui des budgets d’acquisition des musées ou le coup de frein nécessaire au vandalisme municipal à Paris (confirmé récemment par la volonté d’Anne Hidalgo de mettre la Commission du Vieux Paris à sa botte). Si la loi-patrimoine semble désormais bien compromise (ce que nous ne regretterons pas, tant cette remise à plat de la législation était porteuse de menaces), celle-ci comportait tout de même des disposition que l’on attend depuis longtemps, sur le classement d’ensembles mobiliers, et sur le classement in situ de certains meubles, ou encore sur la protection des domaine nationaux contre les démantèlements…
On pourrait citer beaucoup d’autres dossiers dont certains plus ponctuels, mais brûlants, comme le devenir de l’escalier de la Bnf que Mitterrand d’abord, puis Filippetti ont abandonné en rase campagne ou, encore et toujours, les Serres d’Auteuil pour lesquelles on attend la conclusion de l’enquête publique.

Bref, on ne tardera pas à savoir ce qu’il faut penser de Fleur Pellerin, ministre de la Culture. Mais ne devrait-on pas se poser la question – une interrogation qui revient régulièrement sur le devant de la scène – de l’utilité de ce ministère ? Si je crois, pour ma part, qu’il est absolument nécessaire qu’un ministre soit en charge d’un domaine aussi important pour la France que son patrimoine historique, il n’y a finalement aucun lien ou presque entre celui-ci et la communication. Ne faudrait-il pas plutôt envisager un ministre du Patrimoine, qui serait en charge des musées, des monuments historiques, des archives et des bibliothèques. Cela aurait au moins le mérite d’une certaine cohérence, et obligerait le ministre en question, même s’il n’est pas spécialiste, à être concerné par ces sujets. Car, clairement, si l’on prend par exemple la dernière titulaire du poste, on était face à une chaise vide.


Didier Rykner, samedi 6 septembre 2014





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