Anders Zorn. Le maître de la peinture suédoise


Paris, Petit Palais, Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris, du 15 septembre au 17 décembre 2017.

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1. Ander Zorn (1860-1920)
Le Port de Hambourg, 1891
Aquarelle - 46,5 x 67 cm
Stockholm, Nationalmuseum
Photo :
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Décidément, l’art du XIXe siècle nous réserve encore bien des surprises. Qui pouvait en effet prétendre connaître, ou même avoir entendu parler d’Anders Zorn, peintre suédois de la fin du siècle ? Un constat sans doute encore plus juste en France où l’histoire de l’art a longtemps été gallocentrée comme si les autres pays d’Europe, à quelques exceptions près (l’Angleterre notamment) avaient connu une longue éclipse.
Cette époque est heureusement révolue, et cela fait de nombreuses années désormais que le Musée d’Orsay et le Petit Palais notamment nous font découvrir des peintres ou des sculpteurs que nous ignorions presque complètement.

Une fois de plus, c’est le Petit Palais qui nous fait découvrir Anders Zorn. Et quelle découverte ! Quiconque aura vu des rivières ou des mers peintes par lui aura du mal à les oublier. Car ce qui frappe avant tout chez cet artiste, c’est la façon dont il peint l’eau, que ce soit dans ses tableaux à l’huile et, surtout, dans ses aquarelles.
Celles-ci sont étonnantes. Elles ont souvent la taille d’une peinture, et la manière dont il les réalise fait d’abord penser que nous sommes face à des tableaux, alors qu’il s’agit bien d’aquarelles. Peinture à l’eau, peinture de l’eau. Jeu de mot facile mais évident, comme le démontrent par exemple Le Port de Hambourg (ill. 1) ou Le Clapotis des vagues (ill. 2). Zorn écrivait lui-même : « Ce qui m’attirait plus particulièrement, c’était le jeu et le reflet de l’eau, de parvenir à lui donner un mouvement, à mettre les vagues et les clapotis en perspective, à expliquer tout cela avec une minutie incisive ». Le moins que l’on puisse dire est qu’il a accompli parfaitement cette ambition.


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2. Ander Zorn (1860-1920)
Le Clapotis des vagues, 1887
Aquarelle - 100 x 66 cm
Copenhague, National Gallery of Denmark
Photo : Didier Rykner
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3. Ander Zorn (1860-1920)
Jean Burnay, 1884
Aquarelle - 70 x 52 cm
Stockholm, Nationalmuseum
Photo : Didier Rykner
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Et pourtant, Zorn ne devrait pas être un inconnu pour les Français : il séjourna longuement à Paris entre 1888 et 1896 et il y fut célébré comme un maître de l’art moderne ; en 1908, la galerie Durand-Ruel lui consacrait même une rétrospective et des œuvres de lui sont même conservées dans nos musées (Orsay, Pau, Bibliothèque nationale de France...).
Si Zorn avait peint des portraits avant de s’installer dans la capitale française, c’est à cette époque qu’il devint vraiment un portraitiste, souvent mondain, comparable à ses contemporains Boldini, Fortuny ou Sargent. Ses sept séjours effectués aux États-Unis à partir de 1893 lui ouvrirent les portes de l’Amérique où il connut également un grand succès et où il envoya de nombreux portraits. L’exposition, organisée thématiquement, en présente une large sélection dont on peut retenir ici une grande aquarelle réalisée à Lisbonne (ill. 3), des portraits presque officiels comme ceux des rois de Suède Oscar II et Gustav V (ill. 4) ou des œuvres plus familières tel le portrait de l’acteur français Coquelin-Cadet (ill. 5). Ceux-ci sont peints à l’huile, une technique classique pour les grandes peintures qu’il utilisa progressivement au détriment de sa production d’aquarelles.


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4. Ander Zorn (1860-1920)
Gustav V, 1905
Huile sur toile - 201 x 123 cm
Suède, Société Stora Enso
Photo : Didier Rykner
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5. Ander Zorn (1860-1920)
Coquelin Cadet, 1889
Huile sur toile - 116,5 x 81,5 cm
Stockholm, Nationalmuseum
Photo : Didier Rykner
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Zorn fut aussi un grand aquafortiste. Il en apprit la technique à Londres auprès d’un autre Suédois, Axel Herman Hägg, et en fit l’un de ses modes d’expression privilégiés - on en connaît pas moins de deux-cent-quatre-vingt-onze - avec un grand succès commercial. La Bibliothèque nationale de France conserve un fonds considérable d’estampes dont beaucoup sont exposées ici. On est frappé là encore de la qualité exceptionnelle de ces gravures dont la manière évoque Rembrandt - un modèle revendiqué par l’artiste - sans jamais d’ailleurs en constituer un pastiche. Il use largement de traits parallèles grâce auxquels il parvient à rendre la matière et la lumière. On peut reprendre ici un critique de l’époque que cite le catalogue et qui décrit ainsi le style de l’artiste en le rapprochant de celui de sa peinture : « M. Zorn a une écriture à lui qui est très curieuse. Son travail de traits parallèles a un mordant qui rappelle un peu celui de M. Legros ; il est éminemment favorable au rendu des impressions lumineuses qui sont la marque de la personnalité de M. Zorn ». Ces gravures sont également proches, comme le rappelle toujours le catalogue, de celle de Manet ou de Besnard. Nous reproduisons ici La Valse (ill. 6) qui témoigne bien de cette utilisation des traits parallèles, et le portrait de Rodin (ill. 7) qui montre la proximité avec Rembrandt comme avec Manet.


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6. Ander Zorn (1860-1920)
La Valse, 1891
Eau-forte (3e état) - 33,8 x 22,7 cm
Paris, Bibliothèque nationale de France
Photo : Didier Rykner
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7. Ander Zorn (1860-1920)
Rodin, 1906
Eau-forte (2e état) - 21,2 x 15,5 cm
Paris, Bibliothèque nationale de France
Photo : Didier Rykner
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Si Zorn s’installa définitivement en Suède, à Mora, en 1896 après avoir quitté Paris, il poursuivit néanmoins jusqu’à la fin de sa vie les voyages à l’étranger, qu’il s’agisse des États-Unis et de la France, mais aussi en Italie et, en 1912, au Proche-Orient (Égypte et Palestine). Il peignit beaucoup de tableaux inspirés de la Suède traditionnelle à laquelle une section de l’exposition est consacrée. Ses baigneuses, qu’il peint d’une manière très réaliste (ill. 8), sont toujours en lien avec la question de la représentation de l’eau, un sujet qui fut donc récurrent dans son œuvre. On verra aussi au Petit Palais quelques sculptures de sa main qui montrent les mêmes modèles féminins (ill. 9). On aurait aimé que le catalogue s’attarde davantage sur cet aspect de sa production dont on ne saura donc pas grand-chose. Si cet ouvrage propose plusieurs bons essais, il constitue le seul point faible de l’exposition en raison de l’absence complète de notices, ce qui rend notamment très difficile de trouver des renseignements plus précis sur telle ou telle œuvre exposée, et de celle d’un index qui complexifie encore davantage cette recherche.


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8. Ander Zorn (1860-1920)
Frileuse, 1894
Huile sur toile - 98 x 66 cm
Stockholm, Prins Eugen Waldemarsudde
Photo : Didier Rykner
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9. Ander Zorn (1860-1920)
Gryvel, 1905
Bois - 8,5 x 15,6 x 7,2 cm
Mora, Zornmuseet
Photo : Didier Rykner
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On croit souvent - nous les premiers - que les amateurs d’art sont moutonniers, et qu’ils se dirigent toujours vers ce qu’ils connaissent, ce qui nous vaut ad libitum d’innombrables expositions Impressionnistes qui finissent par nous écœurer de ces peintres pourtant géniaux. La foule qui se presse au Petit Palais montre qu’on a tort d’être pessimistes, ou de renoncer à l’histoire de l’art en programmant pour la énième fois une rétrospective Picasso ou Monet. Un musée qui respecte ses visiteurs en leur proposant des expositions de qualité, comme c’est le cas du Petit Palais, déclenche un cercle vertueux, ce qui lui permet d’oser une programmation ambitieuse dans le bon sens du terme. C’est le cas également de musées comme Rennes, Montpellier, Roubaix ou Lyon (et Orléans, dont la résurrection est récente, mais dont le programme d’expositions est prometteur) : ils peuvent proposer des projets inédits, qui font progresser l’histoire de l’art, sans trop sacrifier aux modes. Et ils en sont récompensés. Il y a une morale à en tirer.


Commissaires : Christophe Leribault et Dominique Morel
Commissaires invités : Johan Cederlund et Carl-Johan Olsson.


Collectif, Anders Zorn. Le maître de la peinture suédoise, Paris Musées, 2017, 228 p., 35 €. ISBN : 9782759603619.
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Informations pratiques : Petit Palais, Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris
Avenue Winston Churchill, 75008 Paris. tél : +33 (0)1 53 43 40 00. Ouvert du mardi au dimanche de 10 h à 18 h, le vendredi jusqu’à 21 h. Tarif : 11 € (réduit : 8 €).
Site internet.


Didier Rykner, lundi 27 novembre 2017





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