Acquisitions, découvertes, travaux : actualité du Musée de Picardie


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1. Pierre-Nolasque Bergeret (1782-1863)
Le Naufrage de Charles-Quint, 1824
Huile sur toile - 108 x 126 cm
Amiens, Musée de Picardie
Photo : Didier Rykner

15/12/14 - Acquisitions, découvertes, travaux - Amiens, Musée de Picardie - Le « club 25 lux1 » est une association informelle qui réunit les conservateurs des musées français en charge des collections d’art graphique. Deux fois par an, ceux-ci se réunissent une journée dans un musée, en alternant la province et Paris, pour voir des dessins - et des tableaux -, échanger entre eux sur l’actualité, tisser des liens qui permettront ainsi de mieux faire fonctionner le réseau des musées.

La dernière réunion était organisée vendredi 12 décembre et nous avons eu la chance d’y assister sur l’invitation du Musée de Picardie qui l’organisait. Nous avons pu y glaner de nombreuses informations qui donneront lieu à de prochaines brèves, mais aussi découvrir l’actualité de cet établissement dont nous avons beaucoup parlé ces derniers mois. Nous avions ainsi évoqué, il y a un an et demi, nos craintes pour la façade, le jardin et la grille du musée qui devaient être fortement dénaturés par le projet d’agrandissement. Il semble - nous le savions depuis quelques temps déjà, mais cela se confirme - que cette partie des travaux, plus que discutable, soit heureusement abandonnée2.

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2. Gustave Boulanger (1824-1888)
César arrive au Rubicon, 1854
Huile sur toile - 40 x 40 cm
Amiens, Musée de Picardie
Photo : Didier Rykner

Le superbe tableau de Pierre-Nolasque Bergeret, Le Naufrage de Charles-Quint du Salon de 1824 (ill. 1) vient d’être offert au musée par les collectionneurs Geneviève et Dominique Salmon qui le lui avaient prêté à l’occasion du raccrochage du grand salon (voir l’article) ! Il s’agit d’un enrichissement majeur qui n’aurait évidemment jamais eu lieu sans la politique actuelle de déroulement et de restauration de ses toiles de grand format que mène actuellement le Musée de Picardie. Les actions vertueuses des musées sont toujours récompensées.

Sans cette politique d’ailleurs, et - nous en sommes heureux - sans les articles que nous avons publiés, jamais un marchand, Mark de Vos, propriétaire d’une esquisse de Gustave Boulanger (ill. 2) dont il ne connaissait pas la destination, n’aurait eu l’idée de la proposer à la vente au musée d’Amiens. C’est en lisant La Tribune de l’Art qu’il a pu constater qu’il s’agissait d’une étude pour César arrive au Rubicon. L’œuvre a désormais rejoint le grand format qui va bientôt être restauré.

D’autres acquisitions importantes ont eu lieu ces derniers mois, outre celles dont nous avons déjà parlé, et qui ne concernent pas uniquement le XIXe siècle.

En octobre 2013, auprès de la galerie Mendes, le musée avait acheté une esquisse de Giovanni Battista Pittoni représentant Le Sacrifice d’Isaac (ill. 3), préparatoire à un tableau réapparu depuis et conservé dans une collection particulière. Cette acquisition complète la collection Lavalard, du nom du grand donateur de peintures anciennes du Musée de Picardie, qui contient plusieurs esquisses vénitiennes, mais pas de Pittoni.


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3. Giovanni Battista Pittoni (1687-1767)
Le Sacrifice d’Isaac, avant 1720
Huile sur toile - 44 x 40,5 cm
Amiens, Musée de Picardie
Photo : Galerie Mendès
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4. Jean-Jacques Lagrenée (1739-1821)
Circé présentant à Ulysse un breuvage empoisonné, 1786
Plume, encre de chine, lavis brun, rehauts
de gouache blanche - 49 x 53,5 cm
Amiens, Musée de Picardie
Photo : SVV Millon

Un dessin de Jean-Jacques Lagrenée, Circé présentant à Ulysse un breuvage empoisonné (ill. 4) a été acheté auprès de la galerie Terrades à Paris. Il prépare le tableau conservé au Musée de Picardie et accroché actuellement dans le grand salon.
Un autre dessin, acquis de la galerie d’Emmanuel Roucher, pose un vrai problème d’histoire de l’art (ill. 5). Signé d’Auguste Couder et daté de 1869, exposé la même année au Salon de Bruxelles, il représente Hercule ramenant Alceste des Enfers. Mais la composition est très proche de celle d’un tableau de Joseph Franque pourtant peint en 1806 dont le Musée de Valence avait acquis, en 2007, une esquisse (voir la brève du 5/5/07). Malgré de nombreuses différences, le lien entre ces œuvres est indéniable.


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5. Auguste Couder
Hercule ramenant Alceste des Enfers, 1869
Crayon graphite, pastel, rehauts de gouache - 77,5 x 64,5 cm
Amiens, Musée de Picardie
Photo : Musée de Picardie
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6. Eugène Devéria (1805-1865)
Le Billet doux, 1834
Huile sur toile - 81 x 64 cm
Amiens, Musée de Picardie
Photo : Musée de Picardie

Une peinture d’Eugène Devéria, Le Billet doux, montrant une jeune femme élégante cachant dans son corsage une lettre qu’un amoureux vient sans doute de lui remettre, a pu être acquise auprès d’un collectionneur particulier après être restée invendue aux enchères à Zurich le 21 septembre 2012 (ill. 6). Il s’agit en réalité du portrait de sa compagne d’alors, Caroline-Aglaé Lavie-Durausel, qui devint son épouse en 1841. Le tableau a été gravé en 1840.


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7. Jules Printemps (1851-1899)
Claude Le Mattre, 1890 (?)
Terre cuite - H. 21,5 cm
Amiens, Musée de Picardie
Photo : Musée de Picardie
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8. Jules Printemps (1851-1899)
Claude Le Mattre
Amiens, Hôtel de Ville
Photo : CEphoto, Uwe Aranas/CC-BY-SA-3.0

Enfin, une sculpture du méconnu Jules Printemps (ill. 7), esquisse pour la figure de Claude Le Mattre (ill. 8) qui orne la façade de l’hôtel de ville d’Amiens, a été acquise auprès de la galerie Jacques Fischer à Paris.

La journée des 25 lux a permis de montrer aux conservateurs présents certaines découvertes récentes dans les collections. C’est ainsi qu’une feuille appartenant au fonds Larivière (ill. 9) avec de multiples petits croquis n’a, selon Olivia Voisin, rien à voir avec ce que l’on connaît de ce peintre, qui fut l’élève de Girodet. Elle pense, bien sûr, qu’il peut s’agir d’une feuille de ce dernier, une hypothèse qu’aucun des conservateurs présents n’a démentie, et pas non plus Sidonie Lemeux-Fraitot, spécialiste de l’artiste, qui était présente à la réunion. Cela méritera néanmoins d’être approfondi et publié en bonne et due forme.


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9. Attribué à Anne-Louis Girodet-Trioson (1767-1824)
Feuille de croquis
Plume, encre noire
Amiens, Musée de Picardie
Photo : Didier Rykner
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10. France, XVIIIe siècle
Académie d’homme
Pierre noire, rehauts de craie blanche
Amiens, Musée de Picardie
Photo : Didier Rykner

De même, un autre dessin (ill. 10) appartenant cette fois au fonds Albert Maignan était jusqu’à aujourd’hui inventorié comme Evariste Luminais (!) car il porte une dédicace de ce peintre à Maignan. Il s’agit évidemment d’un cadeau de Luminais à ce dernier car la feuille, une Académie, date évidemment du XVIIIe siècle. Encore une découverte à approfondir, d’autant que Sidonie Lemeux-Fraitot a signalé que le Musée de Cognac conservait une peinture du même modèle.


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11. Nicolas Blasset (1600-1659)
L’Annonciation, 1655
Plume, encre brune, lavis d’encre grise
Société des Antiquaires de Picardie
Photo : Didier Rykner
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12. Nicolas Blasset (1600-1659)
L’Annonciation, 1655
Marbre
Amiens, cathédrale
Photo : Vassil, CC BY 3.0

Le club 25 lux a pu visiter les locaux de la Société des Antiquaires de Picardie, à l’origine de la création du musée, et dont la bibliothèque se trouve dans le même bâtiment (à gauche de l’entrée). Plusieurs dessins provenant de sa très riche collection ont pu être admirés. Parmi les fonds graphiques méconnus, souvent peu étudiés faute de moyens (c’est le cas ici) figurent ceux des sociétés savantes. On a pu voir de superbes dessins d’architecture ou une feuille du sculpteur amiénois du XVIIe siècle, Nicolas Blasset (ill. 11), qui vient d’être restaurée, préparatoire à un relief en marbre encore visible dans la cathédrale d’Amiens.


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13. Bible de Pampelune, 1197
Photo : Didier Rykner
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14. Bible de Pampelune, 1197
Histoire de Jonas
Photo : Didier Rykner

Autre visite : les collections de la bibliothèque municipale, riches notamment de nombreux manuscrits enluminés dont la Bible de Pampelune de la fin du XIIe siècle (ill. 12 et 13), et conservant un riche fonds Jules Verne dont une collection unique d’affiches de cinéma des films tirés de ses romans. Cette journée très riche s’est achevée par une visite chez le galeriste amiénois Stéphane Grodée.


Didier Rykner, lundi 15 décembre 2014


Notes

1Le nom vient de la luminosité maximale imposée pour les expositions de dessins.

2Le projet comporte néanmoins encore au moins deux aménagements discutables : la suppression de la grille sur le côté du musée, rue Puvis de Chavannes, et le percement inutile d’une fenêtre n’ayant probablement jamais existé depuis la création du grand salon, ouvrant sur celui-ci et la rotonde de l’étage (qui fait partie du circuit des collections permanentes). Tout cela devrait être validé - ou non, on l’espère - lors d’une réunion de travaux qui aura lieu en janvier.





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