Acquisition, exposition, mécénat : nouvelles du Musée de Picardie


22/3/14 - Acquisition, exposition, mécénat - Amiens, Musée de Picardie et Paris, Musée de la Vie Romantique - Le Musée de Picardie est décidément très actif sur sa collection du XIXe siècle. Il y a quelques jours était inauguré le nouvel accrochage du Grand Salon. Et le 15 novembre dernier, le Musée de Picardie préemptait, à l’hôtel Drouot, chez Thierry de Maigret, un dessin de Louis Lafitte représentant Le Rétablissement du commerce avec l’Angleterre (ill. 1) à l’occasion de la Paix d’Amiens, pour la modique somme de 650 € sans les frais, soit moins que l’estimation basse.


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1. Louis Lafitte (1770-1828)
Allégorie du rétablissement du commerce avec l’Angleterre
Plume et encre noire, lavis gris - 24 x 46,5 cm
Amiens, Musée de Picardie
Photo : Musée de Picardie
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2. Vue de l’Atelier Salon du Musée de la Vie Romantique
Accrochage des œuvres du Musée de Picardie
Photo : La Tribune de l’Art

Signé à l’hôtel de ville d’Amiens le 25 mars 1802, le traité instaurait la paix entre la France, l’Espagne et la Hollande d’une part, l’Angleterre d’autre part. Mais cette trêve ne dura qu’un peu plus d’un an.
Le dessin montre la scène sous un angle allégorique, à l’aide de figures mythologiques dont des muses ou déesses couronnées de lauriers figurant à gauche la France, à droite l’Angleterre venant de débarquer d’un bateau marqué « London ».
Le Musée de Picardie conserve déjà plusieurs œuvres liées à cet événement : un tableau d’Antoine Callet, Le Rétablissement du Culte qui vient d’être restauré par le C2RMF, une autre toile de même sujet de Pierre-Nicolas Legrand de Sérant, offert en 1982 par les Amis du Musée et un autre dessin de Laffite, La Paix d’Amiens, également offert par cette société dans les années 1980.


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3. Petrus van Schendel (1806-1870)
Sainte Marie-Madeleine en prière
Huile sur toile - 110,4 x 88,5 cm
Amiens, Musée de Picardie
Photo : La Tribune de l’Art

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4. Eugène Isabey (1803-1856)
Le Mont Saint-Michel
Huile sur carton - 26,1 x 36,5 cm
Amiens, Musée de Picardie
Photo : La Tribune de l’Art

Les deux feuilles de Lafitte peuvent être vues à partir d’aujourd’hui à Paris au Musée de la Vie Romantique (ill. 2) qui expose dix tableaux et vingt dessins de la première moitié du XIXe1. Ces derniers sont exposés jusqu’au 22 juin dans l’antichambre, tandis que les peintures seront exposées dans l’Atelier Salon pendant trois ans, hors des périodes d’exposition temporaire. Cela permettra à ce lieu, habituellement fermé entre les expositions, de rester ouvert en permanence.
Parmi les tableaux accrochés, on remarquera notamment une Sainte Madeleine en prière (ill. 3) d’un peintre belge peu connu en France, Petrus van Schendel. Le luminisme de cette œuvre rappelle une autre Madeleine pénitente par le français Henri-Frédéric Schopin passé sur le marché de l’art au début des années 2000. Une recherche sur la base du l’Institut Royal du Patrimoine Artistique belge (qui ne ramène que trois résultats pour Schendel) montre que cet artiste était semble-t-il coutumier de ces effets de nuit à la chandelle2, sans doute inspiré par l’exemple des peintres d’Utrecht du XVIIe siècle, notamment Honthorst.
La sélection comprend aussi deux jolis petits tableaux d’Eugène Isabey (ill. 4), des portraits par Claude-Marie Dubufe, Winterhalter ou Charles-Philippe de Larivière.


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5. Charles-Philippe de Larivière (1798-1876)
Une sainte martyre
Pastel - 73,5 x 60,3 cm
Amiens, Musée de Picardie
Photo : La Tribune de l’Art

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6. Charles-Auguste Steuben (1788-1856)
Pierre le Grand pris dans la tempête
Huile sur toile - 350 x 400 cm
Amiens, Musée de Picardie
Photo : Musée de Picardie

De ce dernier artiste, dont Amiens conserve de nombreuses œuvres, on retiendra également parmi les dessins un superbe pastel représentant une sainte non identifiée (ill. 5). Il côtoie des feuilles de Delacroix, d’Eugène Devéria, d’Édouard Bertin, de Léon Cogniet ou de Louis David...
On remarquera aussi la superbe feuille de Charles Steuben, Pierre le Grand pris dans la tempête, dont Olivia Voisin nous avait parlé dans notre émission La Semaine de l’Art du 16 janvier dernier. Cette œuvre est préparatoire à un grand tableau du Salon de 1812, également conservé à Amiens, roulé à la suite de la guerre et seulement connu par une photo (ill. 6). Le Musée de Picardie souhaiterait restaurer ce tableau et recherche un financement.
À ce propos, signalons un point important que nous avions omis lors de notre précédent article consacré à Amiens : la renaissance de l’étonnant tableau de Louis-Édouard Rioult, qui lui a rendu toute sa lisibilité, est due à la générosité du galeriste parisien Philippe Mendes qui a financé sa restauration ainsi que celle de son cadre. Espérons que le Steuben saura également trouver son mécène.

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Didier Rykner, samedi 22 mars 2014


Notes

1Les dessins sont exposés dans le cadre de la semaine du dessin.

2Ces deux pages, signalées par un lecteur, où sont reproduites respectivement 11 et 18 œuvres de l’artiste confirment cette impression (note ajoutée le 23/3/14).





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