Acquisitions de la National Gallery de Washington


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1. Georg Emil Libert (1820-1908)
Vue de Sommerspiret, les falaises de Møn, 1846
Huile sur toile sur panneau - 50 x 68 cm
Washington, National Gallery of Art
Photo : NGA

26/8/15 - Acquisitions - Washington -National Gallery of Art - Outre les deux portraits nouvellement entrés dans ses collections (voir la brève du 22/8/15), la National Gallery de Washington vient d’annoncer l’achat d’un paysage d’Emil Libert à un marchand d’art londonien (ill. 1).
Né à Copenhague en 1820, l’artiste se forma à l’Académie royale et choisit le genre du paysage, fixant plusieurs fois sur sa toile les falaises de craie de l’île de Møn, dans la mer Baltique, dominées par cette aiguille rocheuse appelée Sommerspiret. Le tableau appartient pleinement à l’âge d’or danois, qui débute officiellement en 1818 et s’achève en 1844 (ou 1848), un âge d’or auquel la Piscine de Roubaix et le MuMa du Havre avaient consacré une exposition en 2014 (voire l’article), proposant d’étendre à tout le XIXe siècle cette période marquée par un art au service d’une identité nationale.
Libert traduit ici une vue paisible et lumineuse animée de figures humaines minuscules qui se fondent dans la nature sublime. Le contraste du bleu, celui du ciel et de la mer, avec le blanc de la roche est particulièrement accentué ici, donnant une dimension presque onirique au paysage, c’est moins le cas dans d’autres tableaux comme celui qui est passé en vente chez Bruun Rasmussen en 2013

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2. George Caleb Bingham (1811 - 1879)
Les Joyeux Bateliers, 1846
Huile sur toile - 96,8 x 123,2 cm
Washington, National Gallery of Art
Photo : NGA

Beaucoup de peintres danois contemporains de Libert représentèrent ce site spectaculaire, parmi lesquels Christian Dahl, Christoffer Wilhelm Eckersberg, Peter Christian Skovgaard, Hansen Sødring...
Libert peignit les roches escarpées d’une autre île de la Baltique, Bornholm, dont l’une des falaises porte d’ailleurs son nom : Libertsklippen (Le rocher de Libert). Il représenta en outre des paysages d’Allemagne et d’Autriche où il se rendit, d’abord à Munich en 1846, puis dans différentes villes en 1851, 1857 et 1875.

Il aurait pu y rencontrer l’Américain George Caleb Bingham qui voyagea en Europe, notamment en Allemagne entre 1856 et 1859, plus particulièrement à Düsseldorf. La National Gallery a acheté l’une de ses peintures en avril 2015, auprès de la Richard and Jane Manoogian Foundation. Intitulée Les Joyeux bateliers (iil. 2), œuvre est une véritable icône américaine. Elle fut acquise, à l’origine, directement auprès de l’artiste par l’American Art Union qui la diffusa largement par la gravure. Héraut du rêve américain, Bingham peignit à la fois la vie quotidienne et le mythe de l’ouest. On a pu voir ses œuvres dans une exposition en 2007 et 2008 à Rouen, Rennes et Marseille (voir l’article). Il multiplia les scènes au bord des fleuves et des rivières, le Missouri ou le Mississippi, le voyage des marchands de fourrures ou comme ici le travail des bateliers. Une fois leur tâche accomplie et la cargaison chargée sur le bateau, ils dansent et boivent sur le pont. Malgré cet air de fête, traduit par les attitudes des figures, les couleurs vives et la lumière claire, la composition très construite donne un sentiment de stabilité : le bateau est placé bien au centre, les personnages forment une pyramide, la facture est lisse et les formes cernées. Le peintre déclina a l’envi ce sujet, variant le nombre de figures et le point de vue. Parfois le personnage central brandit un foulard et semble faire du tableau un reflet heureux du Radeau de la Méduse.


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3. Vincent van Gogh (1853 - 1890)
Nature mortes aux oranges, aux citrons et aux gants bleus, 1889
Huile sur toile - 48 × 62 cm
Washington, National Gallery of Art
Photo : NGA
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4. Vincent van Gogh (1853 - 1890)
Champs de blé vert, 1890
Huile sur toile - 72,4 × 91,4 cm
Washington, National Gallery of Art
Photo : NGA

Le fonds de peintures XIXe de la National Gallery s’est également enrichi de deux toiles de Van Gogh, offertes par Rachel et Paul Mellon. La première est une Nature morte aux oranges, citrons et gants bleus de 1889 (ill. 3), que le peintre évoque dans une lettre à son frère Théo le 23 Janvier 1889. Elle avait été donnée en 1999 sous réserve d’usufruit et a rejoint les cimaises du musée en mars 2014. L’autre tableau est un paysage de champs de blés vert peint à Auvers en 1890, visible à Washington depuis 2013 (ill. 4).

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5. Pieter Claesz (1596/1597 - 1660)
Nature morte avec tourte et paon, 1627
Huile sur bois - 77,5 × 128.9 cm
Washington, National Gallery of Art
Photo : NGA

C’est enfin une nature morte hollandaise bien différente de celle de Van Gogh que la National Gallery a acquise en novembre 2013 auprès du marchand new-yorkais Otto Naumann. Pieter Claesz dresse un festin sur une table (ill. 5) : une tourte surmontée d’un paon, superbe avec une rose dans le bec, et puis des mets variés, une volaille rôtie, des olives , des citrons, des pains, des pêches, des noix, mis en valeur dans des plats, en étain ou en porcelaine chinoise. Il y a un côté exotique et fastueux qui contraste avec la sobriété de certaines natures mortes qu’a pu peindre Claesz. On retrouve cependant ce goût pour la confrontation de textures variées, décrites avec précision, et pour la disposition des éléments qui, malgré leur abondance, sont soigneusement placés les uns par rapport aux autres.
Certains aliments ont été goûtés, à moitié mangés ; la serviette froissée suggère elle aussi la présence d’un convive. Ainsi le spectateur est intégré dans la composition, invité à se mettre à table, d’autant que le tableau est de grandes dimensions.
Le Rijksmuseum conserve une œuvre très similaire à celle-ci, dans laquelle on retrouve presque les mêmes motifs. Sans doute le succès de l’une des deux peintures provoqua-t-elle la commande d’une seconde par un amateur.


Bénédicte Bonnet Saint-Georges, mercredi 26 août 2015





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