Deux portraits entrent à la National Gallery de Washington


22/8/15 - Acquisitions - Washington, National Gallery - Ce sont deux portraits bien différents qui sont récemment entrés à la National Gallery de Washington.


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1. Mary Cassatt (1844-1926)
Eddy Cassatt,1875
Huile sur toile - 148, 6 x 109,9 cm
Washington, National Gallery
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2. Jan Miense Molenaer (vers 1610-1668)
Autoportrait en joueur de luth, vers 1635
Huile sur bois - 38,7 x 32,4 cm
Washington, National Gallery

Le premier est un grand tableau de Mary Cassatt montrant son neveu, Edward Buchanan Cassatt, surnommé Eddy, sans doute âgé de 5 ans. L’œuvre est restée dans la famille du modèle jusqu’à ce jour et a été donnée au musée par ses descendants, parmi lesquels Julie Thayer Vehr. Elle fut peinte en 1875 à un moment où l’artiste, installée durablement à Paris depuis 1873, se rapproche des impressionnistes et s’ouvre à l’influence d’Edgar Degas et de Manet.
Cette toile cependant trahit encore ses recherches picturales. Elle n’a pas encore développé cette palette claire qui caractérisera son œuvre, ni le thème de l’intimité qui lie une mère à son enfant. Elle présente le garçon en pied, accompagné d’un petit chien, posant de manière presque solennelle devant un grand rideau sombre, vêtu d’un élégant costume de velours rouge qui fait écho au tapis étalé sur le sol. Seule la délicate dentelle blanche marquant le col, les poignets et les genoux apporte des touches de lumière. Il a des airs de petit prince, ce jeune Edouard, comme s’il posait pour un portrait officiel. Un petit Lord Fauntleroy1 avant l’heure ; la comparaison n’est pas anodine puisque le roman inspirera un contemporain de Mary Cassatt, William Merritt Chase, qui représentera en 1889 Elsie Leslie Lyde en Petit Lord Fauntleroy. Eddy avec son air triste et grave, presque mélancolique, rejoint à la National Gallery plusieurs tableaux de Mary Cassatt, notamment la Petite Fille dans un fauteuil bleu, dont la nonchalance avachie offre un joli contraste avec l’obéissance contrainte du garçon. Une autre toile plus tardive et plus claire montre une enfant coiffée d’un chapeau de paille (vers 1886) semble au contraire faire écho à l’attitude d’Eddy Cassatt.

L’autre œuvre récemment acquise est un autoportrait de Jan Miense Molenaer qui se représente vers 1635 sous les traits d’un joueur de luth accordant son instrument, métaphore sans doute du choix qu’il a fait d’une vie harmonieuse, équilibrée, loin des excès auxquels invite, juste à côté, une table offrant des mets disposés dans de la belle vaisselle, ainsi que du vin et du tabac. Une iconographie que l’on retrouve notamment dans l’autoportrait de Jan Steen peint vers 1663 et conservé au Musée Thyssen-Bornemisza.
Cette peinture a été achetée2 auprès d’un collectionneur privé. Artiste né à Harlem, connu pour ses scènes de genre dans lesquelles se cache souvent un message moralisateur, Molenaer se forma dans l’atelier de Frans Hals avant de se laisser influencer par Adriaen Van Ostade. Il s’installa ensuite à Amsterdam. On retrouve dans ce tableau une exécution lisse propre à son art. Il rejoint dans les collections un autoportrait de la femme de l’artiste, Judith Leyster.


Bénédicte Bonnet Saint-Georges, samedi 22 août 2015


Notes

1Little Lord Fauntleroy est un roman de Frances Hodgson Burnett publié sous forme de feuilleton dans le journal St. Nicholas Magazine en 1885 puis sous forme de livre en 1886.

2Avec l’aide de la Pepita Milmore Memorial Fund.





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