Un Rodin pour Lausanne


JPEG - 65.8 ko
Auguste Rodin
L’Homme au serpent, 1887.
Bronze - 69 x 55 x 29 cm.
Lausanne, Musée cantonal des Beaux-Arts
Photo : Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne

30/8/15 - Acquisition - Lausanne, Musée cantonal des Beaux-Arts - «  « Les trois ombres étaient toujours devant moi, lorsqu’un serpent qui rampait sur six pieds s’élance vers l’un des coupables, et s’attache tout entier à lui. » Tel est l’enfer de Dante, décrit au chant XXV. Cette scène, Rodin semble l’incarner dans L’Homme au serpent, une sculpture que vient d’offrir un particulier au Musée cantonal de Lausanne : l’œuvre est d’autant plus remarquable qu’elle n’a pas été vue depuis 1914 et qu’il s’agit du seul tirage en bronze réalisé par l’artiste. Le plâtre, créé vers 1882-1883, se trouve aujourd’hui au Clark Art Institute de Williamstown.
Le bronze fut commandé par Antony Roux, collectionneur de Gustave Moreau et d’Auguste Rodin, qui exigeait des œuvres uniques : le sculpteur devait donc s’engager à ne pas réaliser d’autres fontes. Une lettre du 28 janvier 1887 confirme cette volonté : « Vous m’avez demandé deux mille francs pour l’homme au serpent, poussé et coulé en bronze. J’accepte aux conditions approuvées de part et d’autre. C’est-à-dire que je resterai seul possesseur de ce groupe, l’homme luttant contre le serpent. Vous vous réservez le droit d’utiliser la figure de l’homme mais avec des modifications dans la pose et sans le serpent. » De même, L’Idylle de Rodin lui a appartenu : c’est un tirage unique.
Le bronze et le plâtre de L’Homme au serpent furent vendus après la mort d’Antony Roux, ainsi qu’une grande partie de sa collection, les 19 et 20 mai 1914, à la galerie parisienne Georges Petit.

Cette sculpture illustre la manière qu’avait Rodin de travailler par multiplication et assemblage, un processus créatif que révèle très bien l’exposition actuelle du Musée des Beaux-Arts de Montréal (voir l’article). Il reprenait inlassablement les figures conçues pour La Porte de l’Enfer, leur donnait une autonomie, les modifiait, les combinait avec d’autres pour créer de nouvelles formes. Ainsi, L’Homme au serpent est inspiré de L’Homme qui tombe, un personnage qu’il combina aussi avec La Femme accroupie pour créer le groupe Je suis belle
Le thème du serpent revient à plusieurs reprises dans l’œuvre du maître, notamment dans des dessins préparatoires à La Porte de l’Enfer. L’homme lutte contre l’animal, Apollon est un autre exemple, tandis que la femme entretient un rapport de séduction avec lui, elle se laisse enrouler, et tenter, telle Eve bien sûr, les courbes de l’un et de l’autre se mêlant avec sensualité.

L’Homme au serpent sera visible à Paris l’année prochaine, prêté au Musée Rodin pour son exposition consacrée à La Porte de l’Enfer du 17 octobre 2016 au 22 janvier 2017. Il sera par la suite exposé dans le futur Musée des Beaux-Arts de Lausanne prévu dans les Halles CFF en 2019, dont l’aménagement fait d’ailleurs polémique. Le recours des opposants n’ayant pas d’effet suspensif, le projet continue, comme le rapporte Étienne Dumont dans un récent article.


Bénédicte Bonnet Saint-Georges, dimanche 30 août 2015





imprimer Imprimer cet article

Article précédent dans Brèves : Acquisitions de la National Gallery de Washington

Article suivant dans Brèves : Un tableau de Vincent acquis par Langres