La BnF lance une soucription pour l’acquisition d’un bréviaire


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1. Bréviaire de Saint-Louis de Poissy
vers 1310 et 1315
Photo : Christie’s

25/8/15 - Mécénat - Paris, Bibliothèque nationale de France - 25 août, jour de la saint Louis. Mort en 1270, le roi fut canonisé en 1297 et dès les années 1310, un bréviaire signalait cette fête et illustrait la vie du roi. Ce bréviaire, dit de Saint-Louis de Poissy , fut commandé par Philippe le Bel en l’honneur de son grand-père (ill. 1). Détenu par un amateur privé qui a souhaité le vendre, il a été classé trésor national par le ministère de la Culture en octobre 2014. L’État doit désormais trouver les fonds nécessaires pour son achat, aussi la BnF lance-t-elle un appel aux dons dans l’espoir de réunir 300 000 euros sur le million demandé par le vendeur. Le public a jusqu’au 27 novembre pour verser son obole (et bénéficier d’une réduction fiscale de 66 %).

Philippe le Bel (règne de 1285 à 1314) fonda en 1304 l’abbaye dominicaine de Saint-Louis, à Poissy, ville de naissance et de baptême de son aïeul. Par la suite il commanda probablement ce bréviaire pour sa cousine Marie de Clermont-Bourbon, prieure de l’abbaye.
Ce manuscrit de 600 feuillets (il en manque quelques uns) fut réalisé entre 1310 et 1315, enluminé par Richard de Verdun, disciple et gendre du Maître Honoré, enlumineur du roi. On reconnaît l’influence du maître dans l’élégance et la souplesse des attitudes, dans l’expression des visages, dans le traitement de la végétation. D’autres caractéristiques sont propres aux manuscrits du Nord et de l’Est de la France de cette époque, comme l’abondance de grotesques.

La valeur de cet ouvrage réside dans la qualité de ses enluminures, mais aussi dans la rareté de son iconographie : on peut y voir les reliques de la Sainte Chapelle, notamment la Grande Châsse. Philippe le Bel est quant à lui présenté à genoux devant le chef reliquaire de son grand-père (ill. 2 et 3). Il comporte aussi le cycle le plus ancien de la vie de saint Louis, montré nourrissant un moine lépreux, puis rassemblant les ossements des Croisés morts dans la bataille de Mansourah en 1250, puis captif des musulmans....


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2. Bréviaire de Saint-Louis de Poissy (détail)
Initiale, Philippe le Bel vénère le chef de saint Louis
à la Sainte-Chapelle
Photo : Christie’s - Anna Buklovska
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3. Bréviaire de Saint-Louis de Poissy (détail)
Reliques de la Grande Châsse de la Sainte-Chapelle,
avec en particulier la relique du Carcan du Christ
Photo : Christie’s - Anna Buklovska

Ce bréviaire fait le lien, aussi bien d’un point de vue iconographique que stylistique, entre celui de Philippe le Bel illustré par le Maître Honoré à la fin du XIIIe siècle et le bréviaire de Belleville peint par Jean Pucelle vers 1323-1326. La BnF conserve les deux, ainsi que le bréviaire de Charles V.
Dans la partie des psaumes, on trouve les initiales historiées traditionnelles, mais aussi des scènes dans marge inférieure, accompagnées de légendes, qui représentent les sept sacrements, chacun encadré par une illustration des fautes de différents personnages de l’Ancien Testament, et l’illustration des vertus. Cette vision antithétique fut fixée au XIIIe siècle par saint Thomas d’Aquin dans le De Sacramentis . On la retrouve sur les feuillets du bréviaire de Belleville, où elle était considérée comme une innovation iconographique, jusque là.

Ce n’est pas la première fois que la BnF fait appel aux dons : déjà pour le Livre d’Heure de Jeanne de France et le manuscrit des Douze César. Souhaitons que le public ne se lasse pas.


Bénédicte Bonnet Saint-Georges, mercredi 26 août 2015





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