A Versailles, le combat est ailleurs


Certains lecteurs souhaitent que La Tribune de l’Art prenne position sur l’exposition de Jeff Koons à Versailles. Il suffit de relire le compte rendu de la conférence de presse donnée par Jean-Jacques Aillagon le 11 décembre dernier pour avoir une idée de ce que l’auteur de ces lignes1 - qui s’exprimait sous la forme d’une boutade - peut penser du principe. L’art contemporain dans les monuments historiques et les musées d’art ancien est un phénomène à la mode, qui passera comme toutes les modes. Il n’a de réelle justification que dans les expositions thématiques et transversales car il n’y a aucune raison de couper en tranches la réflexion sur l’art.
Tant que cela reste temporaire (ou permanent mais relativement discret et réussi comme Anselm Kiefer au Louvre), la polémique n’a pas vraiment lieu d’être, même si le visiteur qui ne viendra à Versailles qu’une seule fois n’a pas forcément envie de le voir mêlé à du Jeff Koons. Le vrai problème à Versailles, ce n’est certainement pas Koons, qui en aura disparu dans trois mois. Comme dit Laurent Le Bon, le commissaire de cette exposition : « S’il existe un lieu où il faut se risquer à créer une manifestation de notre époque et non un pastiche facile, tentation souvent préférée, c’est Versailles. » Si l’on peut être en désaccord avec le premier terme de l’alternative, on applaudira absolument le second. Ce qui menace Versailles aujourd’hui, ce n’est pas l’art contemporain, mais les pastiches (grille « royale » notamment) qui envahissent le château, extérieur comme intérieur, de manière pérenne2.

Ce qui est exaspérant en revanche, c’est le terrorisme intellectuel qui sévit dans notre pays à propos de l’art contemporain. Sous prétexte qu’un groupuscule d’écrivains fortement marqué à droite et proche des milieux traditionnalistes s’oppose à l’exposition Jeff Koons en invoquant des arguments aussi ridicules que le « droit moral de Louis XIV », et certainement davantage par haine viscérale de l’art contemporain, tous ceux qui oseraient penser que Jeff Koons n’a pas grand chose à faire à Versailles, pas plus que Jan Fabre au Louvre, seraient forcément des réactionnaires d’extrême-droite systématiquement hostiles à l’art de notre temps. Cet argument, exprimé ou sous-entendu, est méprisable et pas moins consternant que celui qui affirme que Versailles accueille une « exposition sacrilège ».

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Didier Rykner, mercredi 10 septembre 2008


Notes

1Rappelons que sur ce site, les écrits n’engagent que leurs signataires.

2Voir notamment notre article Versailles ou Versailles-land voir aussi Grille en stuc pour un Versailles en toc par Bernard Hasquenoph.





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