Une vente aux enchères organisée au château de Maisons-Laffitte


local/cache-vignettes/L206xH291/31cd916d87bd51c9-3181b.jpgJusqu’où devront aller les monuments historiques et les musées pour récolter les fonds nécessaires à leur restauration et à leur fonctionnement ?
Dimanche 17 juin aura lieu au château de Maisons une vente aux enchères. Le catalogue indique que : « Cette vente bénéficie du parrainage de Benjamin et Bernard Steinitz au profit de la restauration d’une partie du mobilier du Château de Maisons », sans préciser d’ailleurs - même si cela est mentionné dans la Gazette de l’Hôtel Drouot - que les objets mis en vente appartiennent à ces marchands.

Sur le site du commissaire priseur, on peut lire (en tout petits caractères) : « Les lots présentés dans cette vente ne proviennent pas du Château de Maisons et y ont été placés pour être photographiés in situ, de façon à les restituer dans le cadre d’un château. ». Mais seule la mention suivante apparaît au catalogue : « Lots photographiés in situ de façon à les restituer dans leur cadre naturel ». Celle-ci est, objectivement, fausse puisque in situ signifie littéralement dans sa place d’origine. Or, aucun de ces objets n’a son origine au château de Maisons, qui n’est aucunement son « cadre naturel ». L’ambiguïté du catalogue est entière, renforcée par les nombreuses photographies montrant l’intérieur de l’édifice décoré avec les objets de la vente. Il est même structuré en chapitres reprenant le nom des pièces, comme si la « Salle à manger du Comte d’Artois » avait de tous temps été meublée avec les lots 46 ou 47.

Sur place, lors de l’exposition précédant la vente (d’hier, mercredi, à samedi), les objets sont clairement désignés comme n’appartenant pas au lieu. Il reste que la nuance risque d’échapper au visiteur peu attentif qui repartira avec l’impression qu’il a vu le mobilier du château, alors que les œuvres présentées ne sont pas toutes de qualité muséale.
Le catalogue est de la responsabilité du commissaire-priseur, qui par ailleurs ne fait que son travail et le fait plutôt bien puisque l’exposition des lots en situation, dans ces prestigieux locaux, fera de ces enchères un probable succès. L’administratrice de Maisons, Florence de la Roncière, manifestement passionnée par un bâtiment qu’elle tente de faire revivre et de remeubler avec des moyens limités, fait remarquer que beaucoup a été fait ces dernières années pour l’ouvrir davantage au public tout en l’utilisant régulièrement pour des réceptions et des tournages de films. Elle souligne que la convention de partenariat passée avec Me Joron-Derem permettra au château de bénéficier directement du montant (non dévoilé) payé pour cette location1 et ajoute que la présentation de ces objets est « mille fois préférable, pour les visiteurs, aux expositions d’art contemporain de niveau souvent très médiocre qu’on voit fréquemment dans les monuments historiques. »

Il n’empêche, le malaise est toujours là. On sait que, contrairement aux affirmations répétées du précédent Ministre de la Culture, le budget des Monuments Historiques est sinistré. Même ceux appartenant à l’Etat doivent trouver des fonds, et il n’est pas forcément scandaleux qu’ils soient loués de manière ponctuelle et pour des usages bien précis, à condition que cela ne menace ni la conservation, ni l’ouverture au public. Mais une vente aux enchères d’objets d’art est d’une nature différente, chacun en conviendra2. Un débat est nécessaire.

[N.B. du 30/8/07 : Me Philippe Rouillac, qui organise les ventes aux château de Cheverny, s’est inquiété de la comparaison faite ici entre ses ventes et celle de Maisons-Laffitte, rappelant notamment que l’intégralité des lots vendus à Cheverny proviennent de particuliers. Il est clair qu’il n’y avait de notre part aucun sous-entendu. Bien au contraire, nous entendions souligner que ces ventes n’avaient rien en commun.]

Site du château de Maisons-Laffitte


Didier Rykner, jeudi 14 juin 2007


Notes

1Le Centre des monuments nationaux, interrogé, a indiqué qu’il ne s’agissait pas en l’occurence, d’une location, mais d’une convention de partenariat. Ce qui est de la casuistique. Il indique également que « la location d’un château à des sociétés privées pendant les heures d’ouverture au public est une pratique exceptionnelle [qui] s’explique puisque, à la différence des musées la très grande majorité des monuments n’ont pas de jour de fermeture hebdomadaire. » Peut-être, mais pas dans ce cas précis, puisque le château de Maisons est fermé le mardi.
Un tarif réduit est cependant appliqué, pour tenir compte des nuisances éventuelles pour les visiteurs.

2Certains pourraient être tentés de comparer cela avec les ventes annuelles au château de Cheverny, mais celui-ci est entièrement privé, ce qui change tout.





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