Une plaque émaillé de Léon Jouhaud acquise pour le musée de Limoges


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Léon Jouhaud (1874-1950)
Saut à la corde, 1927
Email sur cuivre - 9 X 12 cm
Limoges, Musée des Beaux-Arts
Photo : N. Constanty

21/04/16 - Acquisition - Limoges, Musée des Beaux-Arts - La composition est audacieuse : une silhouette féminine, les mains sur les hanches, au premier plan à droite, tourne le dos au spectateur et lui cache à moitié la scène principale, tandis qu’à gauche c’est une grande plage vide et verte qui occupe l’espace. Au second plan se déroule un jeu : une jeune fille s’est élancée pour sauter par-dessus une corde attachée à un pilier et tenue par une camarade. Cette répartition des masses et le motif du poteau ne sont pas sans rappeler un tableau de Degas, Jockeys avant la course
La robe de la jeune fille se soulève et l’on aperçoit ses bas, une transposition dans les années 1920 des Hasards de l’escarpolette, avec le spectateur dans le rôle du voyeur. La robe orange est la seule couleur vive de l’image, renforcée par des paillettes de mica ou paillon d’or, et mise en valeur par sa complémentaire, le bleu, que l’on retrouve sur les vêtements de plusieurs femmes, comme si le personnage du premier plan était décliné tout autour de la pelouse. Pelouse dont le vert est subtilement dégradé, ce qui n’a rien d’évident puisqu’il s’agit d’une plaque en émail, due à Léon Jouhaud.

Né à Limoges en 1874, ce médecin se passionna pour les arts du feu, transposant en émail les différents styles de peinture, cubisme, fauvisme, pointillisme, synthétisme, nabi. Ici les figures sont simplifiées et cernées de noir, les grandes plages de couleurs unies, limitées par les lignes ; le cadrage qui coupe les personnages et qui entraîne un déséquilibre entre les pleins et les vides, trahit l’influence du japonisme, du moins indirectement, à travers les peintres que Jouhaud a regardés.

Cette petite plaque a été acquise par l’Association des Amis du Musée des Beaux-Arts de la Ville de Limoges, adjugée 4 900 euros lors de la vente organisée par Nicolas Constanty à Limoges le 26 mars dernier. Une trentaine d’œuvres de Jouhaud étaient ainsi mises aux enchères par un seul collectionneur. Celle-ci vient compléter l’ensemble déjà riche que possède le musée, des émaux, mais aussi des dessins et pastels, aussi bien des scènes de la vie quotidienne que des natures mortes ou des paysages. Un ouvrage fait le point sur cet artiste, Pascale Nourisson, Léon Jouhaud Le magicien de l’émail, 2003.


Bénédicte Bonnet Saint-Georges, jeudi 21 avril 2016





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