Une esquisse du Repentir du Grand Condé identifiée à Bordeaux


2/12/17 - Découverte - Bordeaux - Le tableau était identifié comme une œuvre du XVIIIe siècle représentant un homme en armure (Louis XIV ?), le Temps et trois figures allégoriques, dans une vente sans catalogue à l’hôtel des ventes des Chartrons de Bordeaux (ill. 1). L’estimation était de seulement 300 € mais de nombreux amateurs l’avaient repéré et son prix s’est envolé très haut1.


JPEG - 289.5 ko
1. Michel Corneille le Jeune (1642-1708)
Le Repentir du Grand Condé
Huile sur toile - 66 x 80 cm
Vente Hôtel des Chartrons le 29 novembre 2017
Photo : Hôtel des Chartrons
Voir l'image dans sa page
JPEG - 317.9 ko
2. Michel Corneille le Jeune (1642-1708)
Le Repentir du Grand Condé
Huile sur toile - 290 x 332 cm
Chantilly, Musée Condé
Photo : RMN-GP/R.-G. Ojeda
Voir l'image dans sa page

Il n’était en effet pas compliqué de reconnaître le Grand Condé dans le personnage principal, et non Louis XIV. Et il suffisait alors - à supposer qu’on ne connaisse pas le grand tableau - d’ouvrir le catalogue de la récente exposition consacrée au Grand Condé à Chantilly (voir notre article) pour trouver une reproduction de celui-ci en page 79 (ill. 2).
Il s’agit du Repentir du Grand Condé par Michel II Corneille qui se trouve au centre de la galerie des Batailles du château de Chantilly. La composition de l’esquisse est semblable à celle de l’œuvre achevée, même si l’on compte de nombreuses différences de détails : la disposition d’un bras de la Renommée de gauche, la position des jambes et la draperie rouge du Grand Condé, la position du Temps...

Nous reprenons ici la description du tableau tel qu’elle se trouve dans le catalogue de l’exposition citée plus haut : le Grand Condé, « représenté en Imperator, foule aux pieds les phylactères qui mentionnent ses victoires militaires contre le roi de France, retient la trompette qu’une Renommée allait emboucher en lui intimant le silence [...] et incite une deuxième Renommée à proclamer son repentir [...]. Assise près de lui, Clio, la Muse de l’histoire, arrache des pages d’un livre [...], près d’une figure qui incarne le Temps terrassé, ne laissant qu’une couronne de laurier flétri ». Rappelons que le prince était, entre 1653 et 1659, passé au service des Espagnols contre Louis XIV avant d’être finalement pardonné par le roi et de reprendre son rang. Cette peinture évoque donc un épisode peu glorieux de sa carrière tout en lui donnant malgré tout un rôle positif : dans le tableau définitif, deux pages arrachées par le Temps gisent au sol et permettent de lire que le prince, conscient de la supériorité des Français à la bataille des Dunes, s’oppose à Don Juan d’Autriche dont il est pourtant l’allié.


JPEG - 329.7 ko
3. D’après (?) Pierre-Paul Rubens (1577-1640)
Les Horreurs de la guerre
Huile sur papier marouflé sur panneau - 48 x 75 cm
Vente Drouot Estimation le 1er décembre 2017
Photo : Drouot Estimation
Voir l'image dans sa page

Si l’attribution de ce tableau à Michel Corneille le Jeune ne semble pas faire de doute, il n’en va pas autant d’une huile sur papier (ill. 3) qui passait en vente chez Drouot Estimations, hier 1er décembre, comme « d’après Rubens » (elle était autrefois donnée au maître lui même).
Celle-ci, qui a suscité beaucoup d’intérêt, s’est vendue près de 230 000 € avec les frais2 (sur une estimation de 6 à 8 000). Les enchérisseurs et l’acheteur final sont donc convaincus, à un prix pareil, d’avoir acquis une authentique esquisse de Rubens pour Les Horreurs de la guerre du Palazzo Pitti à Florence. L’avenir dira s’ils ont eu raison...


Didier Rykner, samedi 2 décembre 2017


Notes

1Nous n’indiquons pas le montant de l’enchère, volontairement, pour ne pas priver l’acheteur, s’il s’agit d’un marchand, du bénéfice légitime de sa découverte. Remarquons toutefois que, juste avant la publication de cette brève, nous avons vu que cette esquisse était déjà publiée sur Wikipedia, dans l’article « Michel Corneille », avec le prix d’adjudication...

2Nous donnons ici le prix car il s’agissait d’une vente cataloguée, avec le nom de Rubens : il sera donc public et accessible aisément.





imprimer Imprimer cet article

Article précédent dans Brèves : Une vente chez Christie’s au bénéfice de Saint-Germain-des-Prés

Article suivant dans Brèves : Un tableau de Suvée pour le Groeningemuseum de Bruges