Une bonne nouvelle : l’autorisation de photographier à la National Gallery


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1. Lorenzo Lotto (1480-1557)
Christ portant sa croix, 1526
Huile sur toile - 66 x 60 cm
Paris, Musée du Louvre
Photo : Didier Rykner 15/8/14
(prise avec un Iphone 5c puis redressée avec Gimp)

Les musées autorisant les photographies viennent d’être rejoints par la National Gallery de Londres qui, jusqu’à aujourd’hui, les prohibait strictement.
Certains historiens de l’art et amoureux des musées déplorent cette évolution. Qu’ils soient probablement minoritaires n’est pas une raison pour ne pas examiner leurs arguments, surtout quand parmi eux on trouve des personnalités aussi respectables et intéressantes que Michael Savage, l’un des meilleurs blogueurs dans le domaine sur son site Grumpy Art Historian, celui que nous vous recommandons en priorité (pour les anglophones) avec Art History News de Bendor Grosvenor. Ce dernier, en revanche, est comme nous un ferme partisan de l’autorisation de photographier.

Pour écrire cet article, je me suis rendu un 15 août au Musée du Louvre afin de vérifier si je pouvais tranquillement ou non regarder certaines œuvres ou si j’étais dérangé par les photographes. On peut difficilement imaginer un musée plus fréquenté que le Louvre un quinze août. Le principal argument des anti-photos est qu’ils seraient systématiquement gênés par les autres visiteurs qui ne respecteraient pas ceux qui viennent seulement contempler, ce qui en effet est le premier rôle d’un musée. Et bien, en deux heures, je n’ai pas été dérangé une seule fois par un photographe et je suis pourtant passé par les lieux les plus fréquentés1. Ou plutôt si : admirant une des deux fresques de Sandro Botticelli, j’ai vu une touriste venir photographier la partie que je ne regardais pas. J’ai dû attendre exactement vingt secondes qu’elle ait terminé pour pouvoir regarder de près l’autre côté de l’œuvre. La belle affaire. J’ai même pu, dans la salle de la Joconde, passer le temps que je voulais devant le sublime Christ portant sa croix de Lorenzo Lotto. Ce qui me dérangeait pour bien voir ce tableau, ce n’était pas les photographes mais le verre censé le protéger (des regards ?) et qui oblige à se mettre sur le côté, même pour le photographier2 (ill. 1). Et ce qui est dérangeant pour voir correctement les œuvres, au Louvre, c’est la foule des visiteurs, pas ceux qui photographient (ill. 2) : il y aurait autant de monde devant la Joconde sans ceux qui (d’une manière effectivement ici tout à fait ridicule) tentent les prises de vue derrière sa vitre blindée (ill. 3).
Cet argument de la gêne est évidemment encore moins vrai dans les autres musées, aucun n’étant plus fréquenté que le Louvre. La National Gallery de Londres, notamment, est un lieu beaucoup plus calme. Il n’y a aucune raison que cela change.


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2. La grande galerie du Louvre
15 août 2014
Photo : Didier Rykner
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3. La salle des État au Louvre
15 août 2014
Photo : Didier Rykner

Autre argument : la sécurité des œuvres. Mais ce qui les met en danger, ce ne sont pas les photographes, en tout cas pas davantage que le reste des visiteurs. Pour être parfois obligé de faire la police dans les musées en l’absence de gardiens et empêcher les touristes d’avoir des comportements dangereux pour les objets (les toucher, s’appuyer contre eux, ne pas faire attention à leur sac...), je ne me rappelle pas une seule fois avoir été alarmé par l’attitude d’un photographe. Ce qui est à revoir, en particulier au Louvre, c’est la formation de certains gardiens qui, manifestement, ne gardent rien (pas tous, il ne faut évidemment pas généraliser), et l’information des touristes qui devrait être plus présente (par exemple au moment de l’achat des billets d’entrée) car ceux-ci sont souvent plus inconscients que malveillants. Quant aux flashs, ils peuvent être gênants ponctuellement et doivent être interdits (ils le sont d’ailleurs). Mais là encore, expliquer en quoi les flashs sont inutiles puisqu’ils causent des reflets serait plus efficace et plus juste que l’interdiction pure et simple de toute photographie.

Vient, enfin, une des raisons qui me paraît les plus discutables : les visiteurs passeraient leur temps à photographier sans regarder les œuvres. Mais qui sommes nous pour imposer un type de visite aux gens ? Certes, il est regrettable de se contenter de photographier et de ne rien voir, mais c’est pourtant leur droit. Et quelle différence avec ceux qui ne photographient rien et qui, de toute façon, ne regardent rien non plus. Il suffit de voir certains touristes errer comme des âmes en peine dans la grande galerie sans RIEN regarder (et rien photographier non plus) pour comprendre que le problème, si problème il y a, ne vient pas des photographes. Après tout, mieux vaut prendre une photographie que l’on regardera ensuite plutôt que ne rien voir.

A contrario, comment peut-on vouloir interdire de photographier à ceux qui le font dans un but parfaitement louable : illustrer un blog, mémoriser une œuvre qui leur a plu, se rappeler de détails invisibles sur les images souvent basse définition des bases de données, etc ? Photographier n’est d’ailleurs pas une concession qu’on nous fait. C’est un droit, qui profite à tout le monde. La circulation des photographies sur internet, sur les blogs, sur les réseaux sociaux est une bonne chose. Ces œuvres d’art appartiennent à tous et chacun a le droit de se les approprier comme il le veut, dans le respect de leur conservation et des autres visiteurs. C’est exactement ce que dit la charte publiée par le Ministère de la Culture et c’est pour cela que nous avons applaudi sa promulgation. Que la National Gallery rejoigne ce mouvement est une excellent nouvelle.


Didier Rykner, vendredi 15 août 2014


Notes

1Cette expérience n’est que la confirmation de ce que j’ai toujours remarqué.

2Et comment ne pas s’émerveiller de la technologie actuelle : avec un Iphone, et un logiciel tout simple (Gimp en l’occurence, gratuit), on peut photographier une œuvre de côté, puis la redresser pour en faire une photo de bonne qualité, diffusable immédiatement sur internet.





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