Chronique Semaine de l’art n° 24 : Ça craque de partout !


Ce texte est la transcription de la chronique de l’émission La Semaine de l’Art n° 24 du 11 juillet 2014. Sa lecture est exceptionnellement ouverte à tous.

Ça craque de partout. L’expression est triviale, mais c’est celle qui vient à l’esprit lorsque l’on fait le bilan des nouvelles reçues de tous les coins de France concernant le patrimoine historique. Nous pensions avoir atteint le fond avec le quinquennat de Nicolas Sarkozy. François Hollande réussit à faire bien pire, en menaçant les fondements même de notre système de protection des monuments.

Dans une fuite en avant totalement idéologique, et sous prétexte de développement durable (alors que les vrais problèmes ne sont évidemment jamais traités), le gouvernement s’apprête à inclure dans le projet de loi pour la Transition Énergétique des mesures qui vont ravager l’ensemble des bâtiments anciens non protégés au titre des monuments historiques. Nous reviendrons bientôt sur cette loi qui doit être discutée devant le parlement à l’automne et qui, si elle devait être votée en l’état, signifierait tout simplement la fin de nos villes et villages tels que nous les connaissons aujourd’hui, en permettant, en encourageant, et même en rendant obligatoire l’isolation par l’extérieur des bâtiments, en saillie des façades, ou le rehaussement des toitures pour mettre en place une isolation.

Alors que le ministère de la Culture ne sert déjà plus à grand-chose et que les DRAC ont le plus grand mal à s’opposer aux délires des petits barons locaux ou au dépeçage en règle auxquels sont soumis des quartiers anciens – protégés ou non – de la part de promoteurs sans scrupules (nous reviendrons notamment sur le cas d’un secteur sauvegardé systématiquement mis à sac), les services du premier ministre planchent actuellement, selon nos informations sur lesquelles nous reviendrons, sur un démantèlement des DRAC afin de transmettre leurs fonctions aux régions, ce qui consacrera définitivement la fin d’une politique patrimoniale cohérente sur le territoire français et soumettra celle-ci encore plus directement au pouvoir des élus locaux.
Quant à la nouvelle loi sur les monuments historiques que prépare le ministère de la Culture, à supposer qu’elle soit toujours d’actualité (ce dont nous doutons fortement), elle ne manquera pas d’être largement amendée pour accentuer encore ses défauts. Les parlementaires s’y préparent déjà.

Enfin, alors que le Service Central de prévention de la corruption vient de révéler dans son rapport d’activité 2013 les graves dérives auxquelles donne lieu l’éolien en France, notamment les prises illégales d’intérêts des élus et les pratiques d’enrichissement personnel, alors que la cour de justice européenne a condamné le rachat de l’électricité éolienne par EDF comme contraire aux règles communautaires, les éoliennes, dont on sait depuis longtemps qu’elles ne sont même pas une solution aux problèmes de pollution, continuent de se développer de plus belle en France, avec la bénédiction du gouvernement.
Ainsi, les lois préparent méthodiquement la destruction des paysages à la campagne, mais désormais également dans les villes.

Parallèlement, rien ne va plus dans de nombreux monuments, au premier rang desquels le château de Versailles. Nous avons montré cette semaine comment celui-ci avait ravagé le terrain des Mortemets, qui fait partie du grand parc juste à côté de la pièce d’eau des Suisses. Nous reviendrons dans les prochaines semaines sur les travaux délirants qui éventrent actuellement l’aile Dufour où intervient Dominique Perrrault, des travaux traités comme s’il s’agissait d’un chantier d’architecture contemporaine, avec une rampe d’escalier extérieur moderne et même la commande d’une œuvre d’art dans le cadre du 1%. On n’est jamais qu’au château de Versailles... Tout est permis, surtout si cela doit permettre de faire venir encore plus de touristes. Ainsi, sous prétexte que le trop grand nombre de visiteurs met en danger la conservation des œuvres, on s’apprête à installer la climatisation avec des travaux pharaoniques qui feront notamment passer des gaines dans les murs historiques, obligeant à leur destruction partielle. Une catastrophe à venir dont de nombreuses personnes nous ont informé et sur laquelle nous allons devoir nous pencher rapidement.

On ne compte plus, par ailleurs, les informations sur des désastres à venir, un peu partout, et dont nous ne pourrons peut-être pas toujours parler car il nous est impossible de tout traiter.
Il est temps que les citoyens se réveillent, sinon nous courons tout droit à la catastrophe.


Didier Rykner, vendredi 11 juillet 2014





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