Semaine de l’art n° 23 : Un conservateur doit d’abord conserver


Ce texte est la transcription de la chronique de l’émission La Semaine de l’Art n° 23 du 3 juillet 2014. Sa lecture est réservée aux abonnés.

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Emmanuel Frémiet (1824-1910)
Gorille enlevant une femme, 1887
Plâtre
Nantes, Musée des Beaux-Arts
Photo : Musée des Beaux-Arts de Nantes

Le Musée des Beaux-Arts de Nantes présente, hors les murs puisque celui-ci est actuellement en travaux, une partie de son fonds de sculptures, essentiellement constitué d’œuvres du XIXe siècle. Nous publierons dans les jours qui viennent un article consacré à cette exposition et à la politique de restauration et de publication qui l’accompagne. Nantes, par rapport à d’autres musées français, a finalement plutôt bien résisté à la désaffection qui a frappé de plein fouet les collections de sculptures du XIXe siècle et notamment les plâtres. Si quelques pertes sont à déplorer – dont, tout de même, un Rodin – l’essentiel a été préservé.
Parallèlement, nous avons pu ce matin admirer une grande toile de Benjamin-Constant du Musée du Petit Palais à Paris, récemment déroulée et restaurée à l’occasion d’une rétrospective consacrée à ce peintre qui aura lieu à l’automne au Musée des Augustins de Toulouse et au début de l’année prochaine à Montréal. Nous consacrerons une brève à cette restauration.

Des œuvres donc, conservées dans des musées, et que l’on restaure aujourd’hui après une longue période d’oubli plus ou moins complet dans les réserves.
Il n’y a rien de choquant, a priori, que certains objets soient envoyés en réserve qui font partie intégrante de la vie d’une collection et d’un musée. Ceux-ci ne peuvent que rarement, hélas, montrer l’intégralité des œuvres qui en valent la peine, et on ne peut reprocher aux conservateurs de devoir faire des choix.
Mais la première mission d’un conservateur, c’est, comme son nom l’indique, de conserver. Et l’on peut constater que certains ont parfois failli à leur mission, notamment dans la période d’après-guerre, lorsque les grands plâtres ou les grands tableaux plus trop à la mode ont été enlevés des salles, et parfois tout simplement détruits ou fortement détériorés. L’exposition sur la sculpture du XIXe siècle organisée dans les années 1980 au Grand Palais avait parfaitement montré comment certains musées sont allés jusqu’à jeter leurs plâtres, pour ne pas parler des moulages anciens. Cette période semble heureusement révolue et des initiatives comme celle du Musée des Beaux-Arts de Nantes, celle du Musée d’Amiens pour les grands formats de tableaux, ou l’exemple du Musée des Beaux-Arts de Dijon qui a pris soin ces dernières années de ses très importantes collections de sculptures – nous en parlerons dans un instant avec Sophie Jugie – doivent être saluées comme il se doit.

Un jour sans doute, il faudra écrire l’histoire du vandalisme qui a sévi dans les musées français au milieu du XXe siècle et qui reste largement occulté. Il serait nécessaire d’en parler davantage car ces pratiques peuvent toujours revenir. Nous parlions du Petit Palais qui renoue avec les meilleurs moments de son histoire depuis qu’un nouveau directeur est arrivé. Mais rappelons tout de même que le précédent est responsable du renvoi en réserve de toutes les sculptures en plâtre, notamment celles de Dalou, qui étaient exposées auparavant dans la nef gauche, un lieu magique pour présenter ce type d’œuvres. Désormais, il devient difficile de revenir sur cette muséographie, les architectes « auteurs » (je mets ce terme entre guillemets) se réclamant du droit moral pour interdire sa modification. Et pendant ce temps là, une grande partie des collections de plâtres de la Ville de Paris sont reléguées au dépôt d’Ivry, un endroit dont les conditions ne sont absolument pas aux normes de la conservation et qui sera sous les eaux en cas de crue centennale, faisant disparaître définitivement les plâtres qui n’y survivraient pas. Il paraît que la ville recherche un autre emplacement.
Il convient, quoi qu’il en soit, d’être vigilant en permanence. L’entrée dans un musée n’est pas toujours une assurance de pérennité.


Didier Rykner, jeudi 3 juillet 2014





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