Un Watteau pour Valenciennes


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1. Antoine Watteau (1684-1721)
La Chute d’eau, vers 1715
Huile sur toile - 52 x 64 cm
Valenciennes, Musée des Beaux-Arts
Photo : MBA Valenciennes

19/10/15 - Acquisition - Louvre, et Valenciennes, Musée des Beaux-Arts - Une peinture d’Antoine Watteau, qui avait resurgi dans une vente à Londres chez Christie’s le 7 juillet 2009, vient d’être donnée par Ariane et Lionel Sauvage pour être déposée au Musée des Beaux Arts de Valenciennes (ill. 1). Plus précisément, elle a été offerte aux American Friends du Louvre qui la prêteront pendant cinq ans au musée parisien avant que celui-ci n’en devienne propriétaire et ne dépose, selon le vœu des donateurs, le tableau à Valenciennes autant que faire se peut.

Cette redécouverte a donné lieu à un ouvrage par Martin Eidelberg et à une exposition, « Rêveries italiennes », actuellement montrée au Musée des Beaux-Arts qui vient de rouvrir ses portes après un an de travaux de rénovation.

Watteau représente un Paysage de cascade ; le titre est tiré de la gravure de Jean Moyreau réalisée en 1729 d’après l’oeuvre du maître pour le Recueil Jullienne. Cette estampe, dont un exemplaire est conservé dans les collections de Valenciennes, ne s’accompagne pas, comme c’est souvent le cas, d’un petit poème pour décrire le sujet.
L’artiste met en scène deux couples au sein de la nature, une formule que l’on retrouve dans plusieurs peintures de fêtes galantes. La composition, qui décale les trois plans successifs selon une diagonale en profondeur, est plus inhabituelle. Dans la pénombre des feuillages, une femme vue de dos est nonchalamment assise ; l’homme allongé devant elle est comparable à une esquisse dessinée de Watteau dont on connaît une contre-épreuve à la sanguine (Nationalmuseum Stockholm) ; les deux autres figures sont debout, à côté du premier couple : lui est appuyé sur un bâton, elle pointe du doigt quelque chose et semble inviter sa compagne à se promener. Au fond, un berger garde paisiblement ses moutons. La scène bucolique tranche avec le rugissement de la cascade, traduit par une écume blanche. Enfin dans le lointain, en hauteur, des architectures se dressent, baignées de soleil.

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2. Attribué à un membre de la famille d’Israël Sylvestre (1621-1691)
La Cascade de Tivoli
Sanguine - 27 x 38 cm
Montpellier, Musée Fabre
Photo : Musée Fabre

Selon Eidelberg, il s’agit des fameuses cascades de Tivioli, un thème très en vogue à l’époque, représenté par Piranèse, Vernet, Hubert-Robert, auquel le Musée Cognac-Jay a d’ailleurs consacré récemment une exposition (voir l’article). On reconnaît en effet l’eau qui tombe par paliers et se divise en deux larges torrents.
Watteau n’a pas fait le voyage en Italie, mais il a vu des représentations du lieu, plus particulièrement un dessin à la sanguine conservé a Musée Fabre, dont il semble s’inspirer directement (ill. 2). Eidelberg a un temps proposé d’attribuer ce dessin à Watteau lui-même, Pierre Rosenberg et Louis Antoine Prat ont préféré y voir « une copie anonyme d’après un maître plus ancien dont la composition aurait également inspiré Watteau1 ». Aujourd’hui attribué à l’un des fils d’Israël Sylvestre (1621-1691), il a pu être vu par Watteau.


Martin Eidelberg, Rêveries italiennes. Watteau et les paysagistes français au XVIIIe siècle, Snoeck, 2015, 164 p., 29 €. ISBN : 9789461612397.

Musée des Beaux-Arts de Valenciennes, « Rêveries italiennes », du 25 septembre 2015 au 17 janvier 2016.


Bénédicte Bonnet Saint-Georges, lundi 19 octobre 2015


Notes

1Rosenberg et Prat, Catalogue raisonné des dessins, 1996, cités par Eidelberg dans Rêveries italiennes, p. 26.





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