Un tableau italien à l’iconographie contre-révolutionnaire acquis par Vizille


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August Nicodemo (1763-vers 1797)
Minerve conduisant Louis XVII devant le tombeau
de son père en présence de la France et de
l’Hercule Bourbon

Huile sur toile - 76 x 63 cm
Vizille, Musée de la Révolution française
Photo : Musée de la Révolution française

27/7/15 - Acquisition - Vizille, Musée de la Révolution française - Lors de la dernière édition du Salon Paris Tableau, le Musée de la Révolution Française à Vizille a acquis, auprès de la galerie romaine Carlo Virgilio, un tableau d’August Nicodemo représentant Minerve conduisant Louis XVII devant le tombeau de son père en présence de la France et de l’Hercule Bourbon.

L’exécution de Louis XVI avait provoqué une très grande émotion dans toute l’Europe et occasionna, notamment à Rome, des cérémonies funéraires. Cette œuvre traduit ce sentiment tout en étant particulièrement rare : signée de 1794, elle représente Louis XVII rendant hommage à son père. On ne connaît aucune autre représentation de ce genre peinte du vivant du Dauphin, mort un an plus tard à la prison du Temple. Le jeune garçon est conduit par Minerve, qui représente la Monarchie, devant un tombeau sculpté où un angelot, portant la palme du martyre, couronne de lauriers le buste sculpté en médaillon de Louis XVI que dévoile un second putto. La figure en pleurs à ses côtés avec son agneau, qui tient une fleur de lys fanée dans la main, figure La Mansuétude, comme dans le monument à Clément XIV sculpté par Canova dans la basilique romaine des Saints Apôtres. Sur le sarcophage, on voit un relief allégorique sculpté qui représente Les Furies, personnifiant les ravages de la Révolution. À droite, Hercule (également symbole de la monarchie, les Bourbons étant réputés descendre de ce demi-dieu) accompagne la France qui tend la couronne et le sceptre à celui qui, aux yeux des royalistes, est désormais le nouveau souverain.

La peinture de l’époque, qu’elle soit favorable à la Révolution ou au contraire, comme ici, contre-révolutionnaire, aimait les scènes allégoriques puisées au répertoire habituel de la peinture d’Histoire. Il est amusant d’ailleurs de constater que les figures de Minerve et d’Hercule étaient, au même moment, utilisées par en 1793 à Paris pour représenter, pour la première, la Convention nationale, et pour le second la force du Peuple français1.
August Nicodemo, d’origine autrichienne, naquit à Rastatt où son père était peintre de cour. Il s’installa par la suite à Rome et séjourna longuement à Naples. Son style - peu de tableaux sont encore conservés - est proche de ceux de Heinrich Füger et d’Angelica Kauffmann. L’acquisition de cette toile par Vizille est doublement cohérente. D’une part elle vient compléter une collection iconographique liée aux dauphins, fils de Louis XVI, justifiée à la fois par les liens avec la Révolution française et par l’appartenance de Vizille au Dauphiné2. D’autre part, cet achat traduit la volonté de « restituer l’impact de la Révolution française hors de France, que ce soit de manière positive ou négative ». Le fonds italien, encore insuffisant, se trouve donc sur ce point enrichi avec un tableau particulièrement intéressant.


Didier Rykner, lundi 27 juillet 2015


Notes

1Cette analogie nous a été signalée par Alain Chevalier.

2Notons que ce musée prépare pour 2018, en collaboration avec l’Université de Lyon et le Musée de la Vie Romantique à Paris une exposition sur la figure de Louis XVII.





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