Un curieux recrutement à la tête du Musée des Beaux-Arts de Valenciennes


JPEG27/7/15 - Nomination - Valenciennes, Musée des Beaux-Arts - La Tribune de l’Art regrette régulièrement la nomination à la tête de musées de personnalités n’ayant aucun titre, ni compétence pour les diriger, la plupart du temps, pour permettre à un haut fonctionnaire et/ou à un ami de trouver un poste.

Le cas du Musée des Beaux-Arts de Valenciennes semble un peu différent, mais tout aussi choquant. Le départ d’Emmanuelle Delapierre, nommée à Caen en remplacement de Patrick Ramade parti à la retraite, a laissé pendant quelques mois la place vide. Et qui a-t-on recruté pour la remplacer ? Vincent Hadot, jeune attaché de conservation, qui était précédemment directeur du Musée du Feutre à Mouzon.
Ce n’est pas faire injure à celui-ci d’écrire qu’il n’a a priori aucun titre, ni aucune des compétences requises pour diriger un musée tel que celui des Beaux-Arts de Valenciennes. Qu’il soit attaché de conservation n’est pas le principal problème. Certains responsables de collections ne sont ni conservateurs, ni même attachés de conservation ; ils ont fait leurs preuves sur le terrain, par leurs publications et par une reconnaissance de leur compétence dans le milieu de l’histoire de l’art. Rien n’interdirait qu’ils soient nommés à la tête d’un grand musée. Mais quel est le parcours professionnel de Vincent Hadot et quelles sont ses connaissances dans le domaine de la sculpture et de la peinture, les deux principales richesses du Musée des Beaux-Arts de Valenciennes1 qui justifierait sa nomination ?
Rien, à part la direction du Musée du Feutre de Mouzon entre 2011 et 2015. Et encore, son titre n’était pas de directeur, mais d’« adjoint de conservation », et à mi-temps seulement, comme nous l’apprend le site de la mairie de Mouzon… Nous renverrons le lecteur au site internet du musée qui détaille ses collections (si on peut les appeler ainsi, tant elles sont réduites) afin qu’il juge si cette expérience justifie que son responsable soit appelé à diriger un des plus beaux musées des beaux-arts français. Les publications de Vincent Hadot se résument à presque rien, et absolument rien sur la peinture ou la sculpture, ou même les beaux-arts, à l’exception d’un article à paraître, sur « Paul-Léon Fréquenez (1876-1943) : artiste mouzonnais », dans la revue Les Amis du Patrimoine de Mouzon2 !

Tout cela est assez consternant, mais ce n’est pas Vincent Hadot qu’il faut accabler. Celui-ci aurait pu légitimement être recruté comme attaché de conservation des collections archéologiques du musée (il a une petite expérience dans ce domaine). Mais il n’aurait même pas dû être reçu à un entretien pour la fonction de directeur. Comment une municipalité peut-elle accepter de brader ainsi un tel poste ? Nous avons interrogé celle-ci qui s’est retranchée derrière la loi qui, effectivement, n’interdit pas le recrutement d’un attaché de conservation au poste de directeur. Elle ajoute que l’annonce de recrutement a été largement publiée et que sept candidats ont été reçus, dont trois « ont été retenus par la suite et fait l’objet d’un entretien et de tests réalisés par un cabinet de recrutement externe afin de confirmer le choix. »
Ce que ne précise pas la municipalité, c’est que lors de ces entretiens, jamais les projets proprement scientifiques des candidats pour le musée n’ont été abordés. Cela aurait sans doute été dangereux : ils auraient pu proposer une politique d’acquisition alors que le budget de ce poste a été réduit à zéro…
La mairie ajoute que « le candidat retenu présente toutes les aptitudes, tant scientifiques que gestionnaires et managériales, pour mener à bien cette mission ». Nous ne connaissons rien de ses aptitudes managériales, nous aimerions comprendre quelles aptitudes scientifiques il possède pour diriger un musée des beaux-arts, et comment la mairie a pu en arriver à cette conclusion. On aimerait savoir aussi comment la DRAC Nord-Pas-de-Calais, représentée par la conseillère musée dans le jury, a pu valider un tel choix3. On se demande parfois à quoi sert l’Institut national du patrimoine…


Didier Rykner, lundi 27 juillet 2015


Notes

1Le fonds Carpeaux, les peintures du XVIIIe siècle français autour de la fête galante, la peinture flamande du XVIIe siècle pour ne retenir que trois de ses points forts.

2Nous avons ici supprimé un paragraphe que nous avions déjà publié. Non parce que nous pensons qu’il n’était pas pertinent dans ce contexte, mais parce qu’il portait trop sur le nouveau directeur lui même, alors que ce n’est pas lui qui est en cause, c’est son recrutement par la ville. Cela risquait de polluer le débat de fond.

3Nous avons tenté d’interroger la DRAC, mais la personne en charge était en congés.





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