Un tableau de Colson pour Dijon


1/4/15 - Acquisition - Dijon, Musée des Beaux-Arts - Deux peintures liées par leurs oppositions : ici une jeune fille, là un garçon, l’une est endormie, dans un intérieur, l’autre joue, à l’extérieur ; elle a un chat, il a un chien… Ces tableaux que Jean-François Colson conçut en pendants sont à nouveau réunis après avoir été séparés pendant deux siècles. Le musée des Beaux-Arts de Dijon possédait Le Repos (ill. 1), il vient d’acquérir L’Action (ill. 2) grâce à la Société des Amis qui a récemment acheté cette œuvre à un collectionneur par l’intermédiaire de Christie’s Paris après être restée invendue le 1er avril 2014. Elle avait ressurgi dans les années 1960 au sein d’une collection privée américaine, passa entre les mains d’un Anglais et enfin d’un Espagnol.


JPEG - 59.8 ko
1. Jean-François Gilles dit Colson (1733 - 1803)
Le Repos, 1759
Huile sur toile - 93 x 73 cm
Dijon, Musée des Beaux Arts
Photo : MBA Dijon
JPEG - 66.3 ko
2. Jean-François Gilles dit Colson (1733 - 1803)
L’Action, 1759
Huile sur toile - 93 x 73 cm
Dijon, Musée des Beaux Arts
Photo : MBA Dijon

Entre Chardin et Greuze, le peintre traduit ici le charme de l’enfance, il y instille pourtant une note d’érotisme : d’un côté un chat est sur le point de bondir sur le serin de la jeune fille, de l’autre un garçon est en train d’allumer un canon... Ces deux œuvres furent gravées entre 1759 et 1771 par l’oncle de l’artiste, Nicolas-Gabriel Dupuis, ce qui permet de voir L’Action dans sa globalité, la toile ayant été coupée de quelques centimètres en haut et en bas.

Né à Dijon, Jean-François Gilles, dit Colson, parcourut la France avec son père, peintre itinérant. Il se forma auprès de Frère Joseph-Gabriel Imbert (1666-1749) en Avignon, puis à Lyon Donat Nonnotte lui enseigna l’art du portrait, genre dans lequel il se fit une réputation. Sa clientèle était variée, il représenta des hommes de lettres et de cour, des comédiens et des ecclésiastiques, des bourgeois, des militaires ... A part les deux pendants de Dijon, on lui connaît peu de scènes de genre, même si la frontière est mince lorsqu’il portraiture des enfants comme La Petite Rêveuse.
Colson fut aussi professeur de perspective et devint à partir de 1771 « directeur et ordonnateur des bâtiments » des ducs de Bouillon au château de Navarre près d’Évreux (aujourd’hui détruit). Les deux tableaux de Dijon firent probablement partie de leur collection, du moins Le Repos est-il dédié à Godefroy-Charles-Henri de la Tour d’Auvergne, prince de Turenne et duc de Bouillon, tandis que L’Action est signalée dans son cabinet. Colson fit par ailleurs un portrait de la Tour d’Auvergne conservé au musée d’Évreux. Après la mort du duc, il participa aux salons de 1793, 1795 et 1797.

C’est le père du peintre qui renonça au nom de Gilles - trop associé au monde de la comédie - au profit de Colson, nom de sa mère.


Bénédicte Bonnet Saint-Georges, mercredi 1er avril 2015





imprimer Imprimer cet article

Article précédent dans Brèves : Le nouveau salon Paris-Beaux-Arts au Carrousel du Louvre

Article suivant dans Brèves : Le Palais de Tau acquiert un portrait de Louis XIV attribué à Testelin