Un tableau d’Otto Dix pour le Musée Unterlinden


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Otto Dix (1891-1969)
Tête de Christ, 1946
Huile sur bois -
Colmar, Musée Unterlinden
Photo : Musée Unterlinden

23/5/14 - Acquisition - Colmar, Unterlinden - C’est bien malgré lui qu’Otto Dix passa plusieurs mois à Colmar, prisonnier de guerre entre avril 1945 et février 1946. Il multiplia alors les représentations du Christ - dessins ou peintures - incarnation des soldats sacrifiés et d’une humanité immolée. C’est de cette période que date la superbe tête offerte au Musée Unterlinden par la Société Stihlé, qui l’a acquise dans une vente aux enchères à Belfort le 23 novembre 2013. Sa facture et son style évoquent les maîtres anciens, Schongauer, Grünewald, une influence que le Musée Unterlinden avait plus généralement analysée dans une exposition en 19961.

Contraint par les nazis à démissionner de son poste de professeur en 1933, puis très vite considéré comme un artiste « dégénéré », Otto Dix refusa pourtant de quitter l’Allemagne. Il fut finalement enrôlé dans le Volkssturm en 1944, fait prisonnier par les Français et enfermé dans un camp à Colmar, heureusement dirigé par le lieutenant Ruff qui le prit sous son aile. Il put ainsi continuer à peindre et rejoignit un groupe d’artistes allemands parmi lesquels Peter Jacob Schnober et Otto Luick. Il fut même autorisé à travailler dans l’atelier de Robert Gall, puis chez différents protecteurs, comme il le raconte dans ses lettres2. La production du maître pendant sa détention - essentiellement des portraits, des paysages et des sujets religieux - a été étudiée par Frédérique Goerig-Hergott3 qui a identifié vingt-cinq peintures et cinquante dessins ; tous cependant ne sont pas localisés.

Parmi les huit œuvres conservées au Musée Unterlinden - un nombre important pour une institution française - quatre appartiennent à sa période colmarienne : des études préparatoires pour la Madone au barbelés (1945) que l’on va voir prochainement à Lens4 ainsi qu’une peinture, le Portrait d’un prisonnier de guerre qui s’offre en miroir à la tête de Jésus nouvellement acquise, avec son visage émacié auréolé de barbelés en guise de couronne d’épines.
Trois figures du Christ peintes en 1945 sont aujourd’hui identifiées, outre celle-ci, l’Ecce Homo et le Christ guérissant un aveugle sont conservés dans des collections particulière, l’un étant en dépôt au Kunstsammlung.
Otto Dix reprendra ce thème bien après sa libération, en témoigne notamment une lithographie de 1949, tout aussi humble et résignée, mais plus douloureuse. Cependant, la Passion mène à la rédemption.


Bénédicte Bonnet Saint-Georges, vendredi 23 mai 2014


Notes

1Colmar, Musée d’Unterlinden, « Otto Dix et les maîtres anciens », du 7 septembre au 1er décembre 1996.

2Sa correspondance a été publiée en français en 2010.

3Frédérique Goerig-Hergott, « Les œuvres réalisées par le peintre allemand Otto Dix prisonnier de guerre à Colmar », Annuaire de la Société d’Histoire et d’Archéologie de Colmar 2011-2012, Colmar, 2012,p. 227-261.

4Louvre-Lens, « Les Désastres de la guerre », du 28 mai au 6 octobre 2014.





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