Un portrait par Reynolds pour la Tate Britain


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Sir Joshua Reynolds (1723-1792)
Portrait de Frederick Howard
5e comte de Carlisle
, 1769,
Huile sur toile -241.4 × 150 cm
Londres, Tate Britain
Photo : Tate Britain

18/8/16 - Acquisition - Londres, Grate Britain - Chef-d’œuvre de Joshua Reynolds, un portrait de Frederick Howard, cinquième comte de Carlisle (1748-1825), a fait l’objet d’une dation (acceptance in lieu) à l’État britannique et a été confié à la Tate Britain, déjà riche d’une quarantaine de peintures de l’artiste. La toile sera régulièrement montrée à la Tate, mais elle restera exposée dans la demeure du modèle et commanditaire, le château Howard où elle fut accrochée pendant près de 250 ans. Situé dans le North Yorkshire et ouvert au public, celui-ci fut construit entre 1699 et 1712 pour le troisième comte de Carlisle par l’architecte John Vanbrugh, puis enrichi par Frederick Howard. Les héritiers, qui avaient déjà vendu neuf œuvres et pièces mobilier chez Sotheby’s le 8 juillet 2015, ont dû se défaire de ce tableau pour payer les droits de succession.

Peint en 1769, le cinquième comte est âgé de vingt ans. À cette époque, Reynolds vient juste d’être élu pour être le premier président de l’Académie royale fondée en 1768. Il avait portraituré le jeune Frederick une première fois en 1763 - dont une gravure par Jonathan Spilsbury donne une idée - , puis il l’avait représenté en buste un peu plus tard. Dans le tableau de la Tate, il le montre en pied, vêtu d’un riche vêtement de cérémonie auquel la jeunesse et l’attitude du jeune homme confèrent une légèreté, voire un naturel que n’a pas, par exemple, le prince William Augustus, duc de Cumberland dans un portrait peint dix ans plus tôt en 1758. Avec une mise en scène tout aussi théâtrale que pour le prince, Reynolds donne à Frederick Howard une pose dynamique : il est en train de descendre l’escalier d’un palais à l’architecture classique qui évoque celle du château habité par le modèle, mais aussi celle des palais italiens que celui-ci a pu voir lors de son Grand Tour. ll est accompagné de son chien favori, Rover, qui court joyeusement autour de lui, au lieu de poser sagement à côté de son maître comme c’est le cas du l’animal auprès de Richard Peers Symons. L’attitude du comte, fortement influencée par l’Apollon du Belvédère, est reprise par le peintre pour d’autres commandes et notamment pour l’effigie de l’amiral Augustus Keppel (17552) qui, comme le jeune Frederick Howard, s’avance, la jambe gauche en avant, le bras droit tendu, la doigt pointé, la tête et le regard tournés vers quelque chose qui échappe au spectateur. La comparaison des deux tableaux est d’autant plus intéressante que le cadre est totalement différent, l’amiral évoluant dans un paysage sombre où gronde la tempête.

Le cinquième comte de Carlisle fut non seulement un homme politique, un diplomate et un écrivain, mais aussi un mécène et un collectionneur avisé, tuteur de Lord Byron, auteur enfin de poèmes, parmi lesquels des versets adressés à Reynolds.
On connaît plusieurs portraits de lui notamment par John Hoppner (1758-1810) qui le montre dans le même costume, mais aussi par celui qui succéda à Reynolds dans l’art du portrait anglais, Thomas Lawrence.


Bénédicte Bonnet Saint-Georges, jeudi 18 août 2016





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