Un Luca Giordano acquis par Toledo


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Luca Giordano (1634-1705)
La Délivrance de saint Pierre, début des années 1660
Huile sur toile - 200,7 x 307,3 cm
Toledo, Museum of Art
Photo : Museum of Art

31/10/14 - Acquisition - Toledo, Museum of Art - Le Toledo Museum of Art mène une politique de deaccessioning (vente d’œuvres) que nous ne comprenons pas toujours, mais il est vrai qu’il s’agit d’une pratique courante pour les musées américains et que celle-ci est faite au profit d’autres acquisitions. C’est ainsi que ce musée américain vient d’acheter une toile de Luca Giordano représentant La Libération de saint Pierre, auprès de la Matthiesen Gallery à Londres.

Artiste extraordinairement prolifique (on l’appelait fa presto), Luca Giordano a réalisé un si grand nombre de peintures qu’on en trouve dans presque tous les musées des beaux-arts du monde. Il évolua d’une imitation presque parfaite de Ribera, qui fut son maître, à une manière baroque qui se rapproche davantage de Pierre de Cortone et dont on trouve un bon exemple à Florence, dans la galerie du Palazzo Medici-Ricardi (voir notre article et notre vidéo). Malgré tout, son style est assez facilement reconnaissable.
Le tableau acquis par Toledo, un authentique chef-d’œuvre, présente encore des caractéristiques ribériennes dont témoignent les soldats qui entourent l’ange et saint Pierre. Ces deux derniers personnages, en particulier l’ange, se rapprochent cependant du Giordano plus tardif et souvent grand coloriste. On appréciera notamment le raffinement de la tunique rose et blanche que porte l’envoyé céleste. Ces caractéristiques stylistiques permettent de dater le tableau des débuts des années 1660. L’iconographie en fait sans doute un ex-voto de la grande peste qui dévasta Naples en 1656. En revanche, le rapprochement avec la fresque du même sujet peinte par Raphaël au Vatican, que le musée signale dans son communiqué, nous semble superficielle. Certes, il est à peu près certain que Giordano a pu penser à cette œuvre, mais les deux œuvres se ressemblent surtout par la manière dont l’ange illumine de son aura une scène nocturne ; les compositions sont très différentes et les soldats, idéalisés par Raphaël, sont évidemment beaucoup plus réalistes chez le Napolitain.


Didier Rykner, vendredi 31 octobre 2014





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