Un ex-voto reconstitué et la découverte de statues éphémères au Musée Lorrain


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1. Reconstitution de l’ex-voto de la chapelle
Notre-Dame-de-Bonsecours par Siméon Drouin
Exposition La Lorraine pour horizon, 2016
Photo : Didier Rykner

3/11/16 - Découvertes - Nancy, Musée Lorrain - Nous n’aurons pas le temps de parler de manière complète de l’exposition La Lorraine pour horizon organisée par le Musée Lorrain de Nancy que nous venons de voir. Mais celle-ci, consacrée à l’histoire de la Lorraine entre la fin du XVe et le début du XVIIIe siècle présente au moins deux nouveautés passionnantes, de natures différentes mais qui méritent d’être plus largement connues.

La première concerne la réunion à cette occasion, pour la première fois depuis le XVIIIe siècle, de trois sculptures qui formaient un ex-voto de l’épidémie de peste qui frappa Nancy entre 1630 et 1637, commandé au sculpteur Siméon Drouin pour La Chapelle Notre-Dame de Bon-Secours1 (ill. 1). Son aspect est connu notamment par un dessin préparatoire très précis conservé aux archives de Nancy : une plaque de marbre noir avec un fronton sculpté d’une tête d’ange est surmontée d’une figure de Saint Charles Borromée et entourée de celles de Saint Sébastien et de Saint Roch, soit les trois principaux saints invoqués contre la peste.
Le monument fut détruit entre 1738 et 1741, puis remplacé en 1742 par un autre ex-voto qui subsiste encore en place de nos jours, à l’exception de deux sculptures détruites à la Révolution2.


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2. Siméon Drouin (vers 1590-vers 1651)
Saint Roch, 1645-1646
Marbre
Nancy, cathédrale Notre-Dame-de-l’Annonciation
Photo : Didier Rykner
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3. Siméon Drouin (vers 1590-vers 1651)
Saint Sébastien, 1645-1646
Marbre
Nancy, Musée Lorrain
Photo : Didier Rykner

Les trois statues en marbre disparurent alors et ne furent retrouvées que progressivement, dans des lieux de conservation différents : en 1863, le Saint Roch (ill. 2), qui se trouvait dans la cathédrale, et le Saint Sébastien (ill. 3) dans l’église de ce nom sont publiés par Henri Lepage. Cette dernière œuvre entre au Musée Lorrain quelques années plus tard. Ce n’est qu’en 1976 que Pierre Simonin publie le Saint Charles Borromée (ill. 4) retrouvé dans l’église de Racécourt dans les Vosges.
L’exposition reconstitue donc, dans la disposition d’origine, autour d’une évocation en faux marbre de la structure architecturale du monument, cet ex-voto disparu.
Il serait souhaitable, plutôt que de renvoyer chaque sculpture dans son emplacement actuel, de les conserver réunies, pour être à terme présentées dans le parcours du Musée Lorrain après sa réouverture. Cela permettrait ainsi, comme l’écrivait déjà Pierre Simonin, « de retrouver leur sens profond » tout en offrant « un témoignage plus éloquent de l’art de Siméon Drouin ». On ne connaît en effet rien d’autre de ce sculpteur lorrain qui travailla à Rome avec Nicolas Cordier, à l’exception de trois statues sur la façade de Saint Pierre de Rome.


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4. Siméon Drouin (vers 1590-vers 1651)
Saint Charles Borromée, 1645-1646
Marbre
Racécourt, église Saint-Laurent
Photo : Didier Rykner
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5. France, XVIIe ou XVIIIe siècle
Statue éphémère représentant
une vertu

Bois recouvert de tissus encollés et
peints, ensemble rembourré avec
de la paille - 150 x 50 x 40 cm
Nancy, Musée Lorrain
Photo : Musée Lorrain

La deuxième nouveauté est une découverte réalisée il y a quelques années dans un grenier de l’église des Cordeliers de Nancy, mais qui est publiée pour la première fois dans le catalogue de l’exposition. Il s’agit de quatre sculptures (une seule est présentée) provenant d’un monument éphémères tel qu’il en était réalisés sous l’Ancien Régime, à l’occasion de fêtes (entrées solennelles, mariages...) ou de funérailles. Si l’on connaît souvent ces décors par des gravures qui en conservent le souvenir, la conservation d’éléments est quasiment unique en France (seul le musée Calvet possède une sculpture de ce type, qui serait plutôt espagnole). La Vertu exposée est constituée de bois pour le visage et les mains, le costume étant constitué de tissus rendus solides par une préparation, le tout s’organisant autour d’un bâton de bois et d’un rembourrage de paille.

Signalons que si un catalogue a été publié, qui ne contient que des essais, les notices des principales œuvres sont disponibles gratuitement en ligne (si on se réjouit de pouvoir en disposer aussi facilement, il est cependant dommage qu’elles n’aient pas été publiées aussi dans l’ouvrage lui-même, probablement pour des raisons budgétaires...). Nous donnons ici les liens vers la notice de l’ex-voto, et celui vers celle de la sculpture éphémère.


Laurent Jalabert et Pierre-Hippolyte Pénet, La Lorraine pour horizon. La France et les duchés, de René II à Stanislas, Silvana Editoriale, 2016, 156 p., 15 €, ISBN : 9788836633357.

L’exposition dure jusqu’au 31 décembre 2016 au Musée Lorrain.


Didier Rykner, jeudi 3 novembre 2016


Notes

1Voir pour une étude complète : Pierre-Hippolyte Pénet, « Un monument du sculpteur Siméon Drouin pour Notre-Dame de Bonsecours exceptionnellement reconstitué au Musée lorrain », Le Pays lorrain, juin 2016, n° 2, p. 113-120.

2Remarquons que malgré sa grande importance historique et patrimoniale, l’église Notre-Dame-de-Bonsecours d’Emmanuel Héré n’est ouverte au public que le samedi après-midi, ce qui est très regrettable.





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