Un dessin de Duvivier acquis par les Musées royaux de Bruxelles


JPEG - 138.1 ko
Jean-Bernard Duvivier (1762-1837)
Hector pleuré par les Troyens et sa famille, 1793
Plume, encre grise et aquarelle sur papier - 32,7 x 55,5 cm
Bruxelles, Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique
Photo : Doyle

15/2/16 - Acquisition - Bruxelles, Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique - Hector pleuré par les Troyens et sa famille, était considéré comme le chef-d’œuvre de Jean-Bernard Duvivier, le tableau est aujourd’hui perdu. Néanmoins, une étude préparatoire très aboutie permet de se faire une idée précise de la composition ; elle a récemment resurgi sur le marché, dans une vente de Doyle à New York le 14 octobre 2015 et a été acquise pour 2500 dollars par les Musées royaux des beaux-arts de Bruxelles1 qui ne possédaient jusque là pas d’œuvre de cet artiste, sinon des illustrations de livres.

L’artiste réussit a réunir une quarantaine de figures sur la toile. L’architecture permet de donner de la rigueur à cette assemblée en émoi ; les colonnes du portique rythment les groupes de personnages, tandis qu’en arrière-plan, l’ouverture sur un paysage aère la composition. Toutes les expressions de la douleur sont ici déclinées, par des gestes, des attitudes et des visages, autour du corps inanimé et livide d’Hector. Assise auprès de lui, au centre de la scène, sa femme Andromaque, éplorée, tend les bras vers son fils Astyanax, trop jeune encore pour comprendre les événements. A ses côtés, Priam reste figé, sa douleur est muette. C’est sans doute Hécube qui, au second plan, s’évanouit, tandis que Cassandre a le visage enfoui dans ses mains, tout près du corps mort. A gauche, on ne voit de la belle Hélène que le dos : elle se blottit dans les bras de Pâris ; il est responsable de ce malheur, ce que semble dire le regard accusateur d’un soldat. Au pied du lit, un homme se cache sous son manteau, sans doute est-ce Déiphobe, le jeune frère d’Hector. Derrière lui, un guerrier debout désigne aux jeunes Troyens le héros qu’ils doivent honorer et prendre en exemple : ils lèvent le bras pour saluer ou prêter serment, dans un geste qui rappelle celui des Horace de David.

Jean-Bernard Duvivier se forma auprès des frères Paul et Hubert de Cock et sortit de l’académie de Bruges primus perpetuus. Il partit pour Paris en 1783, passa par l’atelier de son compatriote Joseph-Benoît Suvée. Il participa au Prix de Rome en 1785 et obtint la seconde place pour Horace tue sa sœur Camille (Le Mans, Musée Tessé). On conserve un autre tableau d’histoire antique : Cléopâtre arrêtée par les soldat de César peint en 1789 (Rochester, Memorial Art Gallery).
Il voyagea ensuite en Italie - Rome, Florence, Venise - entre 1790 et 1796, copiant les maîtres anciens. C’est là, en 1793, qu’il réalisa cette étude préparatoire. Il lui fallut sept ans pour achever la peinture « de deux pieds sept pouces de largeur et deux pieds de hauteur » selon le Danois Bruun-Neergaard en 1801. On en connaît aujourd’hui une gravure, peut-être par C. Normand, conservée à la Stadsbibliotheek de Bruges.
Duvivier s’installa à Paris définitivement en 1796. Il peignit d’autres scènes néo-classiques tirées de l’histoire grecque comme Borée enlevant Orithye, mais aussi des peintures de style troubadour, alors à la mode, notamment la Clémence d’Henri IV en 1812. En 1819 l’État français lui commanda Cymodocée, sujet tiré des Martyrs de Chateaubriand (Musée des Beaux-Arts de Marseille). Il fut aussi un portraitiste de talent, et l’on compte parmi ses modèles Teresa Cabarrus, autrement dit Madame Tallien.


Bénédicte Bonnet Saint-Georges, lundi 15 février 2016


Notes

1Nous remercions Dominique Marechal de nous avoir signalé cette acquisition et fourni son article de 1997 traduit en français, « Jean Bernard Duvivier (1762-1837) un peintre et dessinateur néo-classique brugeois à Paris », in Jaarboek 1995-96. Stad Brugge Stedelijke Musea. Il nous signale un autre article en cours d’impression « Jean-Bernard Duvivier (Bruges 1762 - Paris 1837), l’artiste et les livres. Charles Van Hulthem, des Métamorphoses d’Ovide à l’Assassinat de Marat », dans IN MONTE ARTIUM, 8/ 2015, p. 77-100.





imprimer Imprimer cet article

Article précédent dans Brèves : Préemption par Montpellier d’un tableau d’Eugène Devéria

Article suivant dans Brèves : Le musée de Stockholm acquiert un tableau de Xavier Leprince