Souscription pour un fonds de dessins d’un artiste oublié : Jean-Marie Delaperche


19/10/17- Souscription - Orléans, Musée des Beaux-Arts - Redécouvrir un artiste totalement inconnu, même des spécialistes, n’est pas une chose fréquente, surtout quand celui-ci se révèle un talent remarquable. C’est pourtant ce que nous propose le Musée des Beaux-Arts d’Orléans qui lance un appel à souscription afin d’acquérir un important ensemble de 90 dessins du peintre Jean-Marie Delaperche auprès du galeriste parisien Emmanuel Roucher.


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1. Jean-Marie Delaperche (1771-1843)
et Constant Delaperche (?-1843)
L’Apparition du Christ à la Madeleine
Huile sur toile
Rouen, église de la Madeleine
Photo : Didier Rykner
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1. Le fonds de dessins de Jean-Marie Delaperche
Photo : Orléans, Musée des Beaux-arts/Jean Puyo
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Né à Orléans en 1771, Delaperche (ou Laperche) fut l’élève à Paris de Jacques-Louis David. Son départ en Russie où il s’installa et où il fit une partie de sa carrière explique sans doute son peu de renommée en France. Le dictionnaire Bellier et Auvray des artistes de l’école française ne donne presque aucune information1 sinon ses participations au Salon, peu fréquentes, entre 1824 et 1842 où il présente quelques portraits et études. Il a également, avec son frère Constant, peintre et surtout sculpteur2, élève de David d’Angers, peint L’Apparition de Jésus à la Madeleine pour l’église de la Madeleine à Rouen ; compte tenu de son style, il semble, sous réserve, qu’on puisse l’identifier avec ce Noli me tangere conservé dans cette église (ill. 2). Le Musée de l’Ermitage a acquis un de ses dessins en 1941. -


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3. Jean-Marie Delaperche (1771-1843)
Néron recule épouvanté du nombre de ses victimes et est
accablé sous le poids de ses crimes

Plume, lavis, gouache et crayon graphite
Acquisition projetée par le Musée des Beaux-Arts d’Orléans
Photo : Orléans, Musée des Beaux-arts/Jean Puyo
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4. Jean-Marie Delaperche (1771-1843)
Les Artistes du temps présent
Plume, lavis, gouache et crayon graphite
Acquisition projetée par le Musée des Beaux-Arts d’Orléans
Photo : Orléans, Musée des Beaux-arts/Jean Puyo
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L’ensemble proposé à l’achat au musée est impressionnant, par le nombre, par la taille des feuilles (ill. 1), mais aussi et surtout par leur qualité. Il s’agit de scènes historiques (ill. 3), d’allégories (ill. 4 à 6), de scènes mythologiques (ill. 7) ou encore de scènes de genre satiriques dont certaines semblent se moquer des tableaux de Greuze (ill. 9)3 . Il faudra du temps pour analyser précisément l’iconographie de chaque feuille qui se caractérisent souvent par un très grand nombre de figures. Fort heureusement, beaucoup d’entre elles sont largement annotées au recto ou au verso de la main de l’artiste qui donne l’explication de ses compositions. Cinq dessins sont signés et localisées à Moscou. La technique est essentiellement plume, lavis, gouache et crayon graphite.


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5. Jean-Marie Delaperche (1771-1843)
L’Âge mur. Le Temps amène la Réflexion et confond la Frivolité
Plume, lavis, gouache et crayon graphite
Acquisition projetée par le Musée des Beaux-Arts d’Orléans
Photo : Orléans, Musée des Beaux-arts/Jean Puyo
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6. Jean-Marie Delaperche (1771-1843)
L’Europe armée est prête à fondre sur l’homme qui l’a violée
Plume, lavis, gouache et crayon graphite
Acquisition projetée par le Musée des Beaux-Arts d’Orléans
Photo : Orléans, Musée des Beaux-arts/Jean Puyo
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Le style de cet artiste est désormais, grâce à ce fonds, bien reconnaissable. On discerne une influence anglaise, à la fois dans ses scènes de genre qui font penser à des dessinateurs caricaturistes comme Thomas Rowlandson (ill. 10) ou dans ses dessins d’histoire qui peuvent évoquer Füssli ou même John Martin (pourtant plus jeune de presque une génération) avec qui il semble partager un goût pour les petits personnages perdues au milieu des éléments (ill. 9) ou bien certains peintres français comme Girodet.


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7. Jean-Marie Delaperche (1771-1843)
Scène de l’Iliade (iconographie à préciser)
Plume, lavis, gouache et crayon graphite
Acquisition projetée par le Musée des Beaux-Arts d’Orléans
Photo : Orléans, Musée des Beaux-arts/Jean Puyo
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8. Jean-Marie Delaperche (1771-1843)
Scène de Naufrage
Plume, lavis, gouache et crayon graphite
Acquisition projetée par le Musée des Beaux-Arts d’Orléans
Photo : Orléans, Musée des Beaux-arts/Jean Puyo
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Notre analyse, qui ne se base que sur la vision de quelques photos des dessins - nous n’avons pas vu tout le fonds - est sans doute très partielle. Nul doute que l’exposition qui le présentera à la fin de 2018 au Musée des Beaux-Arts d’Orléans permettra d’en dire bien davantage. Il est par ailleurs probable que la connaissance nouvelle de cet artiste permettra de lui rendre d’autres œuvres pas ou mal attribuées.


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9. Jean-Marie Delaperche (1771-1843)
Les Adieux de Louis XVI à sa famille
Plume, lavis, gouache et crayon graphite
Acquisition projetée par le Musée des Beaux-Arts d’Orléans
Photo : Orléans, Musée des Beaux-arts/Jean Puyo
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9. Jean-Marie Delaperche (1771-1843)
Bateleurs (iconographie à préciser)
Plume, lavis, gouache et crayon graphite
Acquisition projetée par le Musée des Beaux-Arts d’Orléans
Photo : Orléans, Musée des Beaux-arts/Jean Puyo
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La souscription, qui se trouve en ligne sur la plate-forme de financement participatif Commeo, doit permettre de réunir 15 000 €, voire peut-être 25 000 si elle fonctionne bien, sur un total de 100 000 € dont le reste sera financé par la Ville d’Orléans et le Fond du Patrimoine.


Didier Rykner, jeudi 19 octobre 2017


Notes

1La date de naissance indiquée est 1780 ce qui semble erroné si l’on en croit l’information qui nous a été donnée par le musée d’Orléans.

2Il est l’auteur de trois des stations du chemin de croix de l’église Saint-Roch à Paris.

3Merci à Vladimir Nestorov et Georges Vignes qui m’ont fait justement remarquer qu’il s’agissait de Louis XVI faisant ses adieux à sa famille.





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