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La DRAC Île-de-France vient soutenir Marcel Campion devant le tribunal administratif


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La grande roue en septembre 2016
Photo : Didier Rykner
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16/10/17- Patrimoine - Paris, Place de la Concorde - La DRAC Île-de-France, et en l’occurrence Dominique Cerclet, conservateur régional des monuments historiques, ne se contente pas de régulariser les installations ou travaux qui n’ont pas été réalisés dans les règles (voir cet article). Il se déplace aussi jusqu’au tribunal administratif pour venir assister les avocats de Marcel Campion et défendre l’indéfendable. 

C’est ainsi que, vendredi 13 octobre, une audience de cette cour étudiait une requête en référé de l’association Sites et Monuments attaquant la nouvelle autorisation donnée par la DRAC à l’installation de la grande roue sur la place classée de la Concorde1. Étaient notamment présents le vice-président et l’avocat de cette association, les avocats de Marcel Campion et, donc, Dominique Cerclet que rien n’obligeait à venir défendre en personne cette bien mauvaise cause.

Que les deux avocats de Marcel Campion aient rivalisé d’affirmations toutes plus fantaisistes les unes que les autres, rien d’étonnant, ils sont dans leur rôle de défense de leur client. Le tribunal a ainsi eu droit à un florilège tel que : « C’est l’obélisque qui interrompt la perspective de le Nôtre, pas la grande roue », grande roue qui a « les mêmes caractéristiques que la tour Eiffel » et est un « monument extrêmement esthétique », qui d’ailleurs « devrait être classée monument historique » !
Plus grave : les avocats ont osé prétendre que l’association Sites et Monuments n’ayant pas attaqué la Fondation LVMH, ni les nouvelles attractions du jardin d’acclimatation, cela démontrait qu’elle était « en service commandé » (de LVMH, contre qui Marcel Campion a lancé une croisade). Cette affirmation, qui ressemble fort à une diffamation, est savoureuse quand on se rappelle les années de procès qui ont opposé récemment Sites et Monuments à LVMH autour de l’affaire de la Samaritaine (voir les articles). Rappelons d’ailleurs, à ce propos, qu’un article signé par Fredéric Edelmann dans le Monde du 1er novembre 2014 expliquait que les associations combattant LVMH « au nom de l’intérêt général, optent [en réalité] bien souvent pour la défense d’intérêts très particuliers ». Il est manifestement difficile pour certains d’envisager que l’on puisse agir dans l’intérêt général…

Dominique Cerclet, au nom de la DRAC, a d’abord affirmé que le classement du sol de la place « ne protégeait pas les vues » que l’on pouvait avoir sur celle-ci. Pourtant, le classement d’un sol et de chaque élément s’y trouvant, notamment du mobilier conçu par Hittorff (voir ici), démontre la volonté d’éviter que d’autres installations n’en perturbent l’harmonie. Ensuite, le conservateur régional des monuments historiques a prétendu que le site « n’était pas atteint de façon définitive si tant est qu’il ait été atteint », « la grande roue n’étant pas difficilement réversible ». C’est exactement le même argument que le conservateur avait invoqué, toujours à la barre, dans le dossier de la dénaturation de l’Opéra de Paris : les fausses cloisons, repliées en accordéon au fond des loges durant les représentations, pourrons un jour être dépliées... Il contestait ainsi le caractère d’urgence devant être démontré en matière de référé suspension. En réalité, si l’urgence n’était pas reconnue par le tribunal et la suspension rejetée, toute action efficace deviendrait impossible. En effet, un jugement sur le fond prendrait plus de six mois (les lenteurs de la justice) et interviendrait toujours après le démontage de la grande roue !

Le présent jugement en référé est attendu pour la fin de la semaine. Espérons que les différents moyens avancés par l’association - notamment les graves lacunes du dossier d’autorisation et la violation des prescriptions du PLU en matière de hauteur - aboutiront à juger favorablement cette requête et à débarrasser la place de la Concorde de cette structure et de ses accessoires2. Une place de la Concorde qui fait face à un autre danger, si l’on en croit cet article de Martine Robert dans Les Échos : une construction pourrait s’y élever pour remplacer le Grand Palais fermé pour travaux entre 2021 et 2023, et pourquoi pas jusqu’en 2024, pour les Jeux Olympiques... Nul doute que les associations vont avoir encore beaucoup de travail pour faire respecter l’intégrité de ce site, toujours davantage menacé.


Didier Rykner, lundi 16 octobre 2017


Notes

1Action à laquelle il est possible de contribuer ici.

2Une pétition en ce sens peut toujours être signée ici.





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