Réponse de la mairie de Saintes à notre article sur la fermeture du Musée du Présidial


17/6/09– Musée – Saintes, Musée du Présidial – Nous publions ce courrier, reçu de Sylvie Barre, maire-adjointe déléguée à la culture à Saintes en réponse à notre brève du 11/6/09 :

Pour que « musée » ne rime plus avec poussière .

Baignée d’une lumière qui donne des couleurs ambrées à la pierre romane, Saintes est une ville de Charente-Maritime de 28 000 habitants. La Charente, si chère à Courbet, y serpente au cœur de la cité. Qu’il soit antique, roman ou plus contemporain, Saintes s’est engagée depuis 20 ans dans la protection et la valorisation de son patrimoine à travers la charte Ville d’art et d’histoire. Le Maire actuel, Jean Rouger, ancien adjoint à la culture puis Président de l’Atelier du Patrimoine de Saintonge et actuellement, vice-président de l’Association Nationale des Villes et Pays d’art et d’histoire, s’attache à faire vivre ou revivre ce patrimoine : le plus bel exemple est sans doute la restauration de l’Abbaye-aux-Dames qui a consacré ce haut lieu touristique à la musique grâce au dynamisme et à la renommée du Festival de Saintes, à l’origine Festival de Musique Ancienne.

A Saintes, pas moins de quatre musées municipaux sillonnent la ville dont deux musées Beaux-arts. Cette dispersion rend la richesse des collections difficile à percevoir. Depuis plus de 20 ans, les équipes municipales successives se posent la question du regroupement des collections Beaux-arts sur un seul site. Si le Musée du Présidial présente une façade typique du XVIIème siècle remarquable, ce bâtiment étroit, peu accessible et difficilement aménageable pour les personnes à mobilité réduite, est mal adapté à la fonction Musée qu’il abrite seulement depuis 1967 alors qu’il est propriété de la ville depuis 1922. Mal entretenu au cours des dernières années, son état sanitaire est inquiétant et nécessite de lourds investissements.

Malgré les efforts de l’équipe de Conservation pour faire vivre ce bel espace, la fréquentation du Présidial demeure faible : entre 2500 et 2800 visiteurs par an. Notre souhait d’ouvrir nos musées à tous les publics, d’en faire des lieux de vie, est entravé par des coûts de fonctionnement élevés, incompatibles avec un développement de la médiation.

Nous avons donc décidé de regrouper de manière cohérente et attractive les collections des Beaux-arts sur le site du Musée de l’Echevinage. C’est l’occasion pour l’équipe professionnelle des musées municipaux de lancer un grand chantier des collections : récolement, constat d’état, inventaire informatisé, traitement mais aussi réflexion et mise en valeur des thématiques fortes des collections. D’ores et déjà, le travail du Conservateur Gaby Scaon a permis, au travers d’un avant-projet, de dégager les grands axes du parcours de l’exposition permanente : paysage, portrait, peinture d’histoire (plus particulièrement l’image de l’Antiquité) sans oublier la céramique avec l’empreinte de Bernard Palissy. Cette exposition transitoire doit mettre en phase les deux collections Beaux-arts, prévoir un parcours original qui permettra de tester une muséographie inédite, d’envisager une transversalité entre les diverses collections (art, céramique, archéologie) et une médiation innovante sur le plan pédagogique. Quant à l’ancien bâtiment du Présidial, il restera propriété publique et pourrait même être utilisé comme lieu de réserves des musées saintais.

Ce travail préfigure un projet plus important d’extension du Musée de l’Echevinage ; cette première étape va permettre d’alimenter le Projet Scientifique et Culturel en cours de rédaction. Nous souhaitons que ce nouveau musée tire son originalité de la richesse de ses collections bien sûr, mais aussi et surtout d’une muséographie tournée vers les enfants à travers un parcours et une présentation ludiques et pédagogiques. Lieu de vie, de rencontre, d’échanges culturels, le musée doit sortir de son image poussiéreuse et conservatrice, le musée doit vivre !

Sylvie Barre

Notre réponse :

La Tribune de l’Art a pour politique de systématiquement publier les droits de réponse des personnes mises en cause dans ses articles, de manière intégrale. Nous avions d’ailleurs proposé à Sylvie Barre de le faire lorsqu’elle nous avait dit après nous avoir appelé par téléphone que notre article était « un tissu de mensonge ».
Signalons aussi que dans le mail accompagnant ce droit de réponse, Sylvie Barre croit bon de préciser : « Je ne m’étends pas sur votre note mensongère de bas d’article "Nous avons contacté la mairie pour demander une réaction, en vain" : ce serait mesquin et l’intérêt est d’élever le débat qui tombe bien bas dans votre mot d’humeur ». Je confirme, sans mesquinerie aucune, que j’ai contacté, à 14 h 00, par téléphone, la veille de la parution de l’article, la mairie de Saintes en laissant à l’attention de Sylvie Barre un numéro fixe et de portable et en précisant que l’appel était urgent puisque nous avions prévu de publier un article dès le lendemain. Nous n’avons été rappelé qu’après la parution de la brève.

Quant au droit de réponse lui-même, nous laisserons les lecteurs en apprécier les qualités bucoliques. Nous n’avons par ailleurs jamais mis en cause la gestion du maire en général dans le patrimoine historique de sa ville, politique que nous ne connaissons d’ailleurs pas. Nous ne traitions que du musée du Présidial. Et sur ce point, nous ne voyons rien dans ce qui précède qui contredise un instant notre article.
Nous écrivions que le musée du Présidial va fermer. Il va fermer.
Nous écrivions que ses collections se trouveront en réserve, on nous répond que les deux musées, l’Echevinage et le Présidial, vont être regroupés sur le site de l’Echevinage. Quiconque a fait un peu de mathématiques comprendra donc que l’exact équivalent du musée du Présidial, sinon le musée du Présidial lui-même, se retrouvera en réserves. Le 8 juin, sans s’attirer de demande de droit de réponse, Sud-Ouest précisait que la ville n’avait pas encore décidé du lieu où seront affectées les collections du Présidial, et que deux hypothèses étaient possibles : soit les œuvres majeures seraient exposées à l’Echevinage, soit l’ensemble serait mis en réserve.
Nous écrivions que l’hypothétique nouveau musée qui devrait un jour accueillir l’ensemble des collections « n’a fait l’objet d’aucune étude, d’aucune planification, ni d’aucun financement », et Sylvie Barre le confirme en affirmant que « le Projet Scientifique et Culturel [est] en cours de rédaction. »

Le seul point positif de la réponse de Sylvie Barre semble être l’annonce que le bâtiment restera dans le giron municipal. La lecture de ses propos, rapportés par Sud-Ouest dans l’article déjà cité, montre que la vente ou la location était pourtant bien envisagée.

Le musée doit vivre paraît-il. On ne fait pas vivre un musée en le fermant. Nous invitons donc une nouvelle fois tous nos lecteurs à signer la pétition en ligne.


Didier Rykner, mercredi 17 juin 2009





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