Pauline Viardot en sainte Cécile d’Ary Scheffer préempté par le Musée de la Vie Romantique


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1. Ary Scheffer (1795-1858)
Portrait de Pauline Viardot en sainte Cécile, 1851
Huile sur toile - 82 x 51 cm
Paris, Musée de la Vie Romantique
Photo : SVV Mathias/Baron Ribeyre & Associés, Farrando

11/4/14 - Acquisition - Paris, Musée de la Vie Romantique - Pauline Viardot fut une des figures éminentes du Paris romantique. D’abord pianiste, elle devint cantatrice après la mort de sa sœur, la Malibran, et composa également des mélodies et des opéras de salon. En 1863, en raison de l’opposition de son mari Louis Viardot à Napoléon III, elle dut quitter Paris pour s’installer à Baden-Baden et revint en France après 1870.

Le Musée de la Vie Romantique a brillament préempté, cet après-midi, à l’hôtel Drouot (SVV Mathias - Baron Ribeyre & Associés, Farrando), pour 8000 € (sans les frais), un portrait de Pauline Viardot que mettaient en vente ses héritiers, présenté comme attribué à Henri Lehmann. Il s’agit en réalité d’une toile fameuse d’Ary Scheffer qui ornait l’orgue qu’Aristide Cavaillé-Coll avait construit en 1851 pour le salon de musique de la cantatrice dans sa demeure de la rue de Douai. Cet orgue est représenté sur trois gravures dont deux permettent de reconnaître avec certitude l’œuvre que vient d’acquérir le musée parisien (ill. 2 et 3). L’instrument suivit sa propriétaire lors de son installation à Baden-Baden, puis, en 1871, dans sa maison de Bougival. Vendu en 1883 à la fabrique de la collégiale Notre-Dame de Melun, l’instrument fut alors légèrement modifié pour être installé sur la tribune, et c’est à ce moment que le médaillon peint fut enlevé et conservé par Pauline Viardot, pour être remplacé par une horloge (ill. 4).


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Gravure de l’orgue de Pauline Viardot
à l’Exposition Universelle de 1855
Verso de la couverture de La Maison Cavaillé-Coll
« Orgues de tous modèles », Paris 1889
Photo : D. R. (Domaine public)
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Orgue de Pauline Viardot à Baden-Baden
Gravure parue dans L. Bietsch, « Eine Matinée in der Villa »
Der Bazar , n° 11, 8 décembre 1865, p. 401
Photo : D. R. (Domaine public)

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4. Aristide Cavaillé-Coll (1811-1899)
Orgue de Pauline Viardot
Melun, collégiale Notre-Dame
© Région Ile-de-France/Inventaire général
du patrimoine/Stéphane Asseline

Contrairement à ce que l’on peut lire ici ou là, le tableau ne représente pas la Malibran mais bien Pauline Viardot elle-même. En témoigne un article du 19 mars 1853 dans L’Illustration, cité sur le site www.cavaille-coll.fr1 : « Au haut du buffet d’orgue, dans un médaillon, est une suave peinture où M. Ary Scheffer a figuré l’inspiration musicale sous les traits indécis d’une jeune femme : sainte Cécile ou Pauline Garcia2 »

Les traits de Pauline Viardot sont connus par de nombreux portraits (photographie et tableaux). Le Musée de la Vie Romantique conservait déjà son effigie par Ary Scheffer, récemment offerte (voir la brève du 29/4/10) mais celle-ci est bien différente. Représentée comme une sainte Cécile devant un fond d’or et ornée d’une auréole, le modèle lève pieusement les yeux au ciel. Souvent décrite comme d’un physique ingrat (ce que ne démentent pas les photographies que l’on connaît), elle avait semble-t-il malgré tout un grand charme qui fascinait les hommes. Si ses traits sont ici facilement reconnaissables, elle est magnifiée par le talent du peintre. Ary Scheffer lui même disait à Louis Viardot, qui lui demandait son avis sur Pauline : « Elle est terriblement laide, mais si je la revoyais à nouveau, je crois que je tomberais follement amoureux d’elle3 ».

Nous remercions Stéphane Grodée (également organiste !), adjudicataire pendant quelques brefs instants de l’œuvre avant que celle-ci ne soit préemptée, de nous en avoir informé immédiatement et, bien plus encore, de nous avoir signalé tous les éléments qui nous ont permis d’écrire cette brève.

English version


Didier Rykner, vendredi 11 avril 2014


Notes

1Voir à la date du 15 mai 1851.

2Garcia est le nom de jeune fille de Pauline Viardot.

3Cité par Patrick Barbier, Pauline Viardot, Grasset, 2009.





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