Ne mettons pas les tableaux sous verre (suite)


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1. Deux tableaux Études de main pour l’Apothéose d’Homère
d’Ingres, à gauche, du Musée des Beaux-Arts de Lyon,
à droite du Louvre
Exposition « Joseph Vitta à Évian »
Photo : D. Rykner

Il est de moins en moins difficile de repérer, dans les expositions en région, les œuvres prêtées par le Louvre. Celles-ci font en effet l’objet de mesures de précaution qu’on peut difficilement rater. Soit il s’agit d’une mise à distance, à l’aide d’un cordon ou d’une barrière de faible hauteur, qui est censée empêcher le visiteur de toucher l’œuvre par mégarde en la regardant de trop près (c’était le cas, par exemple, au Musée des Beaux-Arts de Rouen pour l’exposition dédiée à Delacroix et la Normandie l’année dernière dans le cadre de l’opération Le Temps des Collections), soit on se trouve devant une grosse vitre placée devant l’œuvre comme nous venons de le voir au Palais Lumière d’Évian dans l’exposition consacrée au Baron Vitta (voir l’article).

Ces dispositifs sont à la fois gênants pour le visiteur et, pour le premier, plus risqué pour les œuvres que ce dont il prétend les protéger. Qui n’a expérimenté le danger de ces barrières basses dans lesquelles un visiteur distrait aura vite fait de basculer, au risque de tomber sur l’œuvre ? Un vandale qui voudrait délibérément abimer un tableau ne se laissera évidemment pas arrêter par un tel dispositif qui ne dérange que les visiteurs ayant envie de voir l’œuvre de près.

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2. Didier Rykner
Autoportrait avec Bertrand Galimard Flavigny
(derrière la vitre, un tableau d’Ingres)

Mais la demande la plus gênante est bien celle de mettre une vitre entre l’œuvre et les visiteurs. Dans l’exposition Vitta, deux tableaux d’Ingres, fort proches de sujet, de format et de technique, sont placés côte à côte. Celui de gauche appartient au Musée des Beaux-Arts de Lyon, qui l’a prêté sans demander autre chose que les précautions habituelles. Celui de droite vient du Louvre. Et il est à peu près invisible à cause des reflets, comme en témoigne la photo de face que nous en avons prise (ill. 2). C’est peut être bête, mais un amateur d’Ingres préférera toujours voir un tableau du maître que son propre reflet dans une glace. Il n’a pas besoin d’aller au musée pour cela.
Où est ici le plaisir de la contemplation d’une œuvre d’art ? Prétexter la sécurité des œuvres, alors qu’on ne cesse de leur faire courir des risques inutiles en les prêtant ou en les louant parfois pour des expositions sans intérêt, semble très hypocrite. Ou alors il faut définitivement cesser d’exposer les originaux et les enfermer dans des coffres où on est à peu près sûr qu’ils ne risqueront rien.


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3. Exposition « L’effet Bloemaert », Utrecht
A gauche : Bergère avec des grappes, 1628
Karlsruhe, Staatliche Kunsthalle
Au centre : Allégorie de l’hiver, vers 1625-1630
Paris, Musée du Louvre
A droite : Bergère avec un poème, 1628
Tolède, Museum of Art
Photo : BBSG

Addendum (17 février 2014) : Bénédicte Bonnet Saint-Georges nous rappelle la photo qu’elle avait publiée dans l’article sur l’exposition Bloemaert à Utrecht où l’on voit un tableau prêté par le Louvre avec le petit cordon « protecteur ».


Didier Rykner, dimanche 16 février 2014





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