Musée d’Art et d’Histoire : les Genevois disent non au projet de Nouvel


28/2/16 - Musées - Genève, Musée d’Art et d’Histoire - Le projet d’agrandissement du Musée d’Art et d’Histoire de Genève dont Pierre Vaisse nous disait ici tout le mal qu’il pensait avait certes été revu. Mais décidément, Jean Nouvel devrait rester loin des monuments historiques, tout le monde s’en porterait mieux. Même avec les évolutions prévues - il n’était plus question de remplir entièrement la cour intérieure, mais de la combler partiellement - les plans de l’architecte traitaient fort mal le bâtiment créé pour devenir un musée au début du XXe siècle. La vue prospective que nous publions ici (ill. 1) le montre amplement : la belle cour construite par Marc Camoletti, en forme de cloître ou de patio (ill. 2), au lieu d’être remise en valeur, était totalement dénaturée, tandis que le bâtiment lui même se voyait ajouter un étage pour y installer un restaurant panoramique. Le site du musée parle de « respect du bâtiment de 1910 et remise en état de sa décoration intérieure ». On peut en juger sur cette vidéo à partir de 2’11’’.


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1. Vue de la mezzanine Beaux-Arts et de
la surélévation pour le restaurant dans
le projet de Jean Nouvel
© Ateliers Jean Nouvel
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2. La cour intérieure du Musée d’Art et d’Histoire
État actuel
Photo : Didier Rykner

Les oppositions étaient nombreuses, au point d’aller jusqu’à représenter Nouvel en Nosfératu, et la « votation » (c’est-à-dire le référendum) organisé aujourd’hui à Genève a été fatale à ce projet. 54% des votants s’y sont opposés.
Luc le Châtelier, dans son blog publié sur Télérama, qualifie l’œuvre de Marc Camoletti de « grosse pâtisserie de style Beaux-Arts ». Il a tort. On partagera plutôt l’avis de Pierre Vaisse qui y voit, lui, « le plus bel exemple du style Beaux-Arts à Genève ». Mais le traitement que devait subir le bâtiment n’était pas seul en cause. Le coût du chantier était énorme (136 millions de francs suisse soit à peu près autant d’euros), sans compter les dérives possibles. En 2010 (après la publication de l’article de Pierre Vaisse), un milliardaire collectionneur, Jean-Claude Gandur, proposait de participer au financement des travaux à hauteur de 40 millions de francs suisse, en échange du dépôt pendant 99 ans de sa collection d’antiquités et de peintures de la seconde moitié du XIXe siècle. Un dépôt, pas un don.
On peine à comprendre l’intérêt de ce mécénat : agrandir un musée qui n’a pas assez de place pour ses collections afin d’y mettre en dépôt une collection extérieure qui ne lui appartiendra pas. On comprend la réticence de beaucoup qui y voient une annexion partielle par un privé d’un bâtiment public. Du coup, le mécène a annoncé aller voir ailleurs, et la France est citée dans les destinations possibles. On espère vivement que ce ne sera pas pour occuper un musée existant avec sa collection en dépôt (rappelons le précédent - moins coûteux, mais très pénalisant pour les collections du Musée Granet - de la collection Planque).


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3. Les arcades de la cour intérieure du Musée
d’Art et d’Histoire, état actuel
Photo : Didier Rykner
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4. Vue du niveau archéologie dans le projet
Jean Nouvel.
On voit les arcades de la cour qui devient un sous-sol.
© Ateliers Jean Nouvel

Que va devenir, désormais, le musée ? Sa restauration est urgente mais elle risque de devoir attendre encore longtemps puisque la ville de Genève ne semble pas avoir compris la leçon. L’élu à la culture prétend qu’il n’existe pas de plan B et indique vouloir reprendre le processus à zéro1. La solution existe pourtant, depuis longtemps, comme le rappelait Pierre Vaisse et comme le disent les opposants : restaurer le monument en couvrant la cour (comme on l’a fait au Louvre) et en y creusant un sous-sol, ce qui donnera déjà des surfaces supplémentaires, puis agrandir le musée en annexant un bâtiment voisin abritant une école d’art dont le départ est prévu (voir la fin de l’article de Pierre Vaisse). En Suisse comme en France, décidément, les politiques aiment persister dans les projets douteux, même quand il est possible de faire autrement. On n’ose imaginer l’argent déjà dépensé pour rien dans ce projet d’agrandissement...


Didier Rykner, dimanche 28 février 2016


Notes

1Voir par exemple ici.





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