Moi, Président de la République, je nommerai Martine Aubry à la tête du Louvre !


Mise à jour du 28/1/13 : si nos informations étaient bonnes (le nom de Martine Aubry a effectivement été envisagé en haut lieu pour prendre la présidence du Louvre), nous venons d’apprendre que cette nomination n’est, heureusement, plus à l’ordre du jour.

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Martine Aubry
Photo : Philippe J.
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Le Figaro Magazine l’a publié comme un « confidentiel » le week-end dernier, mais le nom circule depuis déjà plusieurs semaines, pratiquement depuis qu’Henri Loyrette a annoncé qu’il ne souhaitait pas prolonger sa fonction de président du Louvre.
Nous le savions, mais n’en avions pas parlé jusqu’à présent car – il faut avouer notre naïveté – nous ne pouvions pas croire qu’il s’agissait d’un bruit réel1. Le Monde cite « plusieurs de ses proches » qui répondent qu’il s’agit d’ « intox ». Nous pouvons désormais confirmer que ce n’est pas le cas et que le Président de la République « exemplaire » songe sérieusement à confier à Martine Aubry la présidence du Musée du Louvre. Asseyez-vous, respirez à fond, et relisez calmement cette phrase : « François Hollande songe à confier à Martine Aubry la présidence du Louvre ». Cela paraît insensé ? C’est pourtant vrai.

Les statuts du Louvre (une rare exception désormais dans les établissements publics) prévoient pourtant que « Le président de l’établissement est nommé, en raison de ses compétences scientifiques, par décret sur proposition du ministre chargé de la culture » En l’état actuel, il est donc a priori impossible de nommer Martine Aubry à la tête du Musée du Louvre (rien qu’écrire cela est surréaliste). Mais, on le sait, les statuts d’un établissement public peuvent être changés par décret, le dernier exemple également scandaleux étant celui de l’établissement public de Versailles.
« Moi, Président de la République, je nommerai Martine Aubry à la tête du Louvre ». Cela, François Hollande ne l’avait pas dit lors de son débat télévisé avec son prédécesseur. Mais on comprend que cela puisse l’arranger. Caser ainsi Martine Aubry, c’est s’enlever une épine politique du pied, c’est se débarrasser d’un potentiel adversaire au sein de son propre camp.

Mais Martine Aubry, qui n’est certes pas célèbre par ses « compétences scientifiques » se moque complètement de l’art ancien, elle ne s’intéresse qu’aux événements liés à l’art contemporain. Quels sont ses titres reconnus pour diriger le Louvre ? Inexistants. Elle n’a même jamais travaillé dans le domaine culturel. Quelle légitimité aurait-elle pour encadrer les conservateurs du Louvre ? Aucune.
Le Président de la République dont on sait le grand cas qu’il fait du patrimoine et des musées (budget en baisse de 9,8% en 2013 par rapport en 2012) ne comprend-il pas qu’un musée comme le Louvre doit avoir un scientifique à sa tête et qu’il ne peut l’utiliser comme un placard ? A-t-il seulement idée de l’image que cela donnerait – une fois de plus – de notre pays à l’étranger ?

Il arrive un moment où la coupe est pleine. Il faut espérer que François Hollande renoncera à cette idée dont le grotesque ne semble manifestement pas l’effleurer. Et si, par malheur, une telle décision devait être prise, que les directeurs des grands musées internationaux, que les historiens de l’art et les conservateurs français – y compris ceux du Louvre - qui ont encore un peu d’amour propre et d’amour tout court pour leur discipline se lèveront unanimement pour dire que les bornes, décidément, ont été franchies.

Jamais, si elle devait y être nommée, Martine Aubry n’aurait la moindre légitimité pour diriger le Louvre.

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Didier Rykner, mercredi 23 janvier 2013


Notes

1On se rappelle cependant qu’il avait déjà été question de nommer à la tête de Versailles Xavier Darcos.





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