En parler ou pas ?


Mise à jour du 28/1/13 : si nos informations étaient bonnes (le nom de Martine Aubry a effectivement été envisagé en haut lieu pour prendre la présidence du Louvre), nous venons d’apprendre que cette nomination n’est, heureusement, plus à l’ordre du jour.

Notre article sur l’éventuelle nomination de Martine Aubry à la présidence du Musée du Louvre a suscité beaucoup de réactions. Outre ceux s’indignant d’une telle idée, certains lecteurs nous ont écrit car ils ne croient pas à cette hypothèse et aimeraient que nous puissions en donner des preuves, jugeant notamment que la maire de Lille a des ambitions beaucoup plus hautes en politique.

Nous n’avons pas pour habitude de parler des nominations à venir lorsque celles-ci découlent d’un processus normal et mettent à la tête d’un musée un (ou une) historien(ne) de l’art, car cela pourrait nuire au candidat. Par exemple, nous savons depuis plusieurs semaines qui étaient les deux prétendants finaux à la direction du Musée des Beaux-Arts de Lille, et depuis peu qui sera finalement nommé, et nous ne le dirons que lorsque cela sera définitif, à défaut d’être officiel.
En revanche, nous avons à plusieurs reprises annoncé en avance certaines nominations lorsqu’il s’agissait de celles de ministres ou de présidents d’établissements publics, et encore davantage lorsque des nominations s’avèrent particulièrement scandaleuses. Nous espérons ainsi susciter des réactions qui pourraient les empêcher. Nous sommes sur ce point parfaitement cohérents avec notre choix de pratiquer un journalisme engagé.

De toutes les nominations que nous avions annoncées, trois n’ont finalement pas eu lieu, justement parce que le ministère ou le gouvernement a préféré reculer face à la levée de boucliers. Il s’agissait de celle d’un énarque à l’INHA, d’un autre énarque à la tête de Malmaison et de Xavier Darcos comme président de Versailles. Ces trois informations étaient parfaitement exactes et leur révélation a contribué à l’effet escompté. D’autres n’ont pas eu le même résultat, comme l’annonce de la nomination d’un fonctionnaire des finances au poste de directeur des Patrimoines deux semaines avant qu’elle soit officielle ou celle de l’arrivée de l’ACMH Jacques Moulin à Versailles. Toutes les autres nominations annoncées en exclusivité sur La Tribune de l’Art ont été effectives.

Récemment, nous savions également longtemps avant que celle-ci soit annoncée officiellement que Catherine Pégard serait nommée à la tête de Versailles. Nous n’en avions alors pas parlé, et nous le regrettons. Car même si son bilan n’est pour l’instant (à l’exception notable de la nomination de Jacques Moulin...) pas déshonorant, nous persistons à penser que Versailles doit être dirigé par un historien de l’art.

Nous n’annonçons donc jamais un projet de nomination à la légère. Nous enquêtons, nous recoupons, nous interrogeons de nombreuses personnes, de différents horizons. Mais nous ne pouvons, évidemment, donner nos sources car celles-ci ne souhaitent pas être citées. Ayant appris que l’on songeait à Martine Aubry pour le Louvre, devions nous le taire et attendre, pour nous en scandaliser, qu’elle soit officielle ? Certainement pas, car il serait alors trop tard.
Le Louvre, nous l’avons dit, doit être dirigé par un historien de l’art (c’est d’ailleurs toujours dans ses statuts). Les candidatures sont nombreuses et pour beaucoup de très bonne qualité. Il est cependant ennuyeux et de mauvaise augure que la procédure soit, pour l’instant, extrêmement floue, alors que le temps presse.

Si l’option Martine Aubry n’est heureusement pas certaine, espérons en tout cas que l’on évitera un successeur d’Henri Loyrette qui aurait participé de trop près à ses projets d’extension tout azimut. Il est souhaitable qu’il n’en porte pas une partie de la responsabilité, ce qui lui donnera davantage les coudées franches pour gérer ce lourd héritage. Le Louvre est aujourd’hui une espèce d’État dans l’État. Il est temps qu’il redevienne enfin un musée.


Didier Rykner, dimanche 27 janvier 2013




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