Le Musée Jean Couty ouvre ses portes à Lyon


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1. Jean Couty (1907-1991)
La Récréation, 1947
Huile sur toile - 202 x 352 cm
Lyon, Musée Jean Couty
Photo : bbsg
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« Il a surtout une prédilection pour les visages tannés et ravinés, les cous cordés des vieillards, la pâleur des enfants d’orphelinat, le regard mort des nonnes et des vieilles femmes aux chignons gras et aux galures de pauvres », écrivait Georges Besson à propos de Jean Couty. Il avait probablement vu ces orphelines au teint blafard alignées en rang d’oignons entre des religieuses aux yeux éteints dans un grand tableau sinistrement intitulé La Récréation (ill. 1).
Pourtant, ce n’est pas son intérêt pour le dénuement de la figure humaine que le grand public a retenu de l’œuvre de Couty, mais son affection pour sa région natale, ses vues de Lyon inlassablement déclinées en toutes saisons et à toute heure du jour et de la nuit, aussi bien les rives champêtres de la Saône que les rues animées de la ville (ill. 2) .

Toute la diversité de son art est mise en valeur dans le musée qui lui est consacré et qui a ouvert ses portes en mars dernier, après quinze ans de réflexion et deux ans de travaux. Le fondateur de cette institution privée n’est autre que le fils de l’artiste, Charles Couty, et sa directrice Myriam Couty, épouse de Charles. Un site internet reproduit les peintures, les dessins et les lithographies du maître, permettant de compléter au fur et à mesure le catalogue raisonné de son œuvre.


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2. Jean Couty (1907-1991)
Saint-Georges sous la neige, vers 1972
La Gare d’eau de Vaise, 1950
Lyon, Musée Jean Couty
Photo : bbsg
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3. Vue du musée Jean Couty
le rez-de-chaussée
Photo : bbsg
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Le musée se dresse juste à côté de l’atelier et de la maison de Jean Couty, sur les quais de la Saône, en face de l’Île Barbe - insula barbara, île sauvage - que l’on retrouve dans nombre de ses toiles. Quelque 150 œuvres - souvent de grands formats - se déploient sur 800 mètres carrés et deux étages (ill. 3). L’accrochage devrait changer régulièrement afin de faire tourner les œuvres en réserve. Par ailleurs, dans les années à venir, une partie de l’espace sera consacré à des expositions temporaires. Le programme n’est pas encore précisé, mais Charles Couty évoque plusieurs sujets possibles, notamment les peintres de l’école lyonnaise du XXe siècle - Truphémus, Fusaro, Cottavoz... -, ou bien Katia Granoff, galeriste parisienne qui représenta l’artiste.
Car si Jean Couty fut une figure incontournable de la scène artistique lyonnaise, il s’imposa aussi à Paris, exposant à plusieurs reprises au Salon d’Automne et au Salon des Indépendants dès 1936, puis au Salon des Peintres témoins de leur Temps à partir de 1951, et obtint le Prix de la critique en 1950. À Lyon, il exposa au Salon du Sud-Est en 1933 – sa toile Sans travail fut remarquée par les critiques Georges Besson et Marius Mermillon-, rejoignit le groupe des Nouveaux1 en 1934, celui de Témoignage2 ensuite, puis en 1945 le collectif contre l’abstraction appelé L’’Homme Témoin de son Temps.


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4. Vue du Musée
Jean Couty (1907-1991)
Série des églises romane
Lyon, Musée Jean Couty
Photo : bbsg
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5. Jean Couty (1907-1991)
Le Chantier de l’Auditorium, 1980
Le Chantier du métro
Lyon, Musée Jean Couty
Photo : bbsg
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Le parcours du musée, à la fois thématique et chronologique, met en exergue certains sujets privilégiés qui nourrissent son œuvre. Les églises romanes et les chantiers des villes - à Lyon le quartier de la Part-Dieu, à Paris celui de la Défense -, forment ainsi d’étonnantes séries (ill. 4 et 5). Les unes sont des puzzles de pierres, grises et colorées, qui semblent traduire l’Espérance inébranlable des fidèles à travers les âges ; les autres, striées de câbles et dominées par des grues aux couleurs vives célèbrent les temps modernes. Ces deux séries trahissent l’intérêt tout particulier de Couty pour l’architecture, lui qui choisit cette spécialité aux Beaux-Arts de Lyon et se forma ensuite auprès de Tony Garnier. Il obtint son diplôme d’architecte en 1933 avant de se tourner entièrement vers la peinture.
Son goût pour l’architecture se retrouve dans les œuvres qu’il réalisa au cours de ses nombreux voyages – l’église de l’Annonciation du Kremlin à Moscou, la cathédrale Sainte-Sophie, les remparts d’Avila en Espagne, la grande mosquée de Jérusalem, la Salute de Venise… La ville de New York composée par les lumières clignotantes des gratte-ciels est spectaculaire.


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6. Jean Couty (1907-1991)
L’Ile barbe sous la neige, 1934
Lyon, Musée Jean Couty
Photo : bbsg
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7. Jean Couty (1907-1991)
La Saône en hiver, 1985
Huile sur toile - 60 x 73 cm
Lyon, Musée Jean Couty
Photo : bbsg
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Les multiples vues de la Saône (ill. 6 et 7) permettent de souligner l’évolution de son style : sa touche légère, ses couleurs sobres et sourdes cherchent d’abord à traduire avec réalisme une atmosphère fugace, la poésie d’un site ; il est alors assez proche de son compatriote lyonnais Adrien Bas. Puis son pinceau se libère, la matière devient plus épaisse, les couleurs se vivifient, Couty devient fauve ; certaines de ses toiles rappellent l’art d’un Marquet (ill. 2). Les couleurs sont peu à peu cernées de traits épais, les compositions marquées de lignes puissantes, les formes se simplifient, la perspective se brouille.

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8. Vue du musée
Jean Couty (1907-1991)
Les Filles de joie, 1972
Huile sur toile - 195 x 200 cm
A gauche : Les Ouvriers au chantier, 1976-1979
Photo : bbsg
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Le peintre s’attaque à tous les genres. Ses portraits tout d’abord semblent influencés à la fois par les primitifs et par la sculpture romane. Il choisit ses modèles parmi ses proches, sa famille surtout, mais aussi parmi des figures de l’Église, prêtres, moines et religieux. Le Bénédicité, tableau monumental de 1941, exposé à la Galerie Katia Granoff en 1945 fut salué par Picasso. Couty, chrétien, traduit sa foi en peinture, ses natures mortes ont une dimension mystique et spirituelle, déclinant le pain associé au vin, à un bougeoir, à une chasuble... Devant cette évocation de l’Eucharistie, le spectateur est invité au recueillement. Il illustra en outre les poèmes de Paul Claudel, Louis Gillet, Stanislas Fumet dans l’ouvrage Saint-François chez nous.
C’est aussi un peintre d’histoire ou un chroniqueur de son temps qui dessine la Déportation, peint le Couronnement de Jean XXIII en 1962 ou bien les Funérailles du Maréchal en 1967, Mai 68 aussi, choisissant des points de vue instables, des compositions en diagonale ou des rues grouillantes de personnages.
Enfin, la scène de genre est pour lui un moyen de magnifier le monde paysan comme le monde ouvrier dans de « grands tableaux sociaux exaltant la misère et la grandeur3 ». Vénus de trottoir, des Filles de joie sans allégresse (ill. 8) forment au musée un troublant pendant aux orphelines et aux religieuses de la Récréation.

Informations pratiques : Musée Jean Couty, 1 place Henri Barbusse, 69009 Lyon. Tel : 04 72 42 20 00. Ouvert du du mercredi au dimanche de 11h à 18h. Tarif : 6 € (réduit : 4 €)


Alain Vollerin, Couty. Un musée, un livre, Éditions Mémoires des Arts, 2017, 205 p., 40 €, ISBN : 9782912544636.


Collectif, Couty sa vie, édité par Le Progrès, 2017, 96 p., 14,90 €, ISBN : 9782918756668.


Bénédicte Bonnet Saint-Georges, jeudi 27 avril 2017


Notes

1Les Nouveaux, collectif de peintres lyonnais - Burlet, Pelloux, Charlotte, Chancrin... - dont la première exposition eut lieu en 1931 et la dernière en 1936.

2Créé à l’initiative de Marcel Michaud en 1936, ce groupe réunit des peintres - Jean Bertholle, René-Maria Burlet, Jean Le Moal -,des sculpteurs - Étienne Martin, François Stahly -, des poètes - Jean Duraz - et des musiciens - Jacques Porte, César Geoffray.

3Jean Couty, cité par Alain Vollerin, Couty. Un musée, un livre, p.67.





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