Le musée de Stockholm acquiert trois paysages romantiques allemands


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1. Carl Gustav Carus (1789-1869)
Alpes rêvées, 1822
Huile sur toile - 52.1 x 66.7 cm
Stockholm, Nationalmuseum
Photo : Anna Danielsson/Nationalmuseum

14/7/16 - Acquisitions - Stockholm, National-museum - Trois paysages des années 1820 et 1830 ont été achetés aux enchères par le Nationalmuseum de Stockholm, illustrant le développement du romantisme à Dresde dans le sillage de Friedrich.
Le premier est un tableau de Carl Gustav Carus Alpes rêvées passé dans une vente à Berlin à la villa Grisebach le 3 juin 2015 (ill. 1). Deux oiseaux de proie sont perchés en haut d’un pic rocheux, l’un déploie ses ailes, l’autre semble guetter quelque chose en dehors du cadre. Au second plan, une chaîne de montagnes enneigées surgit des nuées et donne au spectateur le sentiment d’être à la place du Voyageur au-dessus de la mer de nuages de Friedrich. La roche rose dans la brume blanche, la disparition du sol et cette impression de hauteur vertigineuse, la présence d’animaux sauvages enfin, donnent une dimension onirique à la scène, annoncée par le titre. Le peintre eut pourtant pour point de départ l’observation de la réalité lors d’un séjour en Suisse en 1821 et un dessin préparatoire au crayon est conservé au Kupferstichkabinett de Dresde.
Médecin de profession, Carus était un ami de Goethe, de Caspar David Friedrich et de Johan Christian Dahl. Dans ses Neuf Lettres sur la peinture de paysage (Neun Briefe über Landschaftsmalerei, 1831), il considère que l’art doit être une révélation de l’invisible, une expérience de communion avec la nature. « Quels sentiments s’emparent de toi lorsque gravissant le sommet des montagnes, tu contemples de là-haut la longue suite des collines, le cours des fleuves et le spectacle glorieux qui s’ouvre devant toi ? — tu te recueilles dans le silence, tu te perds toi-même dans l’infinité de l’espace, tu sens le calme limpide et la pureté envahir ton être, tu oublies ton moi. Tu n’es rien, Dieu est tout. »

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2. Carl Julius von Leypold (1806-1874)
Chêne et bouleau, 1832.
Huile sur papier sur bois - 29,5 x 37,6 cm
Stockholm, Nationalmuseum
Photo : Anna Danielsson/Nationalmuseum

Carl Julius von Leypold représente avec un réalisme minutieux un chêne et un bouleau qui se dressent en haut d’une colline (ill. 2). Là encore la contre-plongée confère une monumentalité à un motif simple.
L’artiste a travaillé à la fois auprès de Johan Christian Dahl et de Caspar David Friedrich dont il subit l’influence au point que certaines de ses peintures ont été attribuées au maître lui-même. Ce fut le cas d’une toile assez similaire à celle-ci montrant des arbres dans la clarté de la lune. Il faut dire que Friedrich développa largement le sujet, les Corbeaux sur un arbre en offrent un exemple. Le maître et l’élève donnent aux multiples branches nues, noires et contorsionnées qui se détachent sur le ciel, un air de danse macabre. Le tableau de Leypold est certes moins inquiétant, mais le spectateur dont l’horizon est bouché se demande ce qui va surgir de l’autre côté de la colline. L’œuvre a été acquise dans une vente de Berlin, galerie Bassengen, le 27 novembre 2015.

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3. Knud Andreassen Baade (1808 – 1879)
Vue de Dresde, 1838
Huile sur papier sur bois - 16 x 22 cm
Stockholm, Nationalmuseum
Photo : Anna Danielsson/Nationalmuseum

La troisième peinture passée en vente 25 novembre 2015 à Grisebach, à Berlin, de petites dimensions, est une vue de Dresde au loin, peinte en 1838 depuis les rives de l’Elbe par Knud Baade. Ce Norvégien vint dans la ville allemande pour se former auprès de son compatriote Johan Christian Dahl et y croisa bien sûr Friedrich.
Il est important de rappeler l’importance de Dahl pour toute une génération de peintres, pas seulement norvégiens. Il qui se forma à l’Académie de Copenhague et fut proche d’Eckersberg, partit pour Dresde en 1818 et rencontra Friedrich dont l’œuvre le marqua. Tous deux sont avec Carl Gustav Carus des artistes qui marquèrent la peinture romantique allemande.
L’influence du maître sur Baade est sensible aussi bien dans son goût pour les paysages au clair de lune qui firent son succès que dans ses ciels incandescents et mouvementés comme celui-ci. Certes, ce tableau n’est pas la traduction d’une nature sauvage ni vierge de toute présence humaine ; le sublime est ici dans les airs. On ne sait si Baade tente de saisir sur le vif les lueurs d’un soleil couchant ou s’il peint le souvenir fantasmé de la ville.


Bénédicte Bonnet Saint-Georges, jeudi 14 juillet 2016





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