Le ministère de la Culture pose une instance de classement sur la halle de Fontainebleau


7/3/13 - Patrimoine - Fontainebleau, halle - Le marché couvert de Fontainebleau (ill. 1 et 2), construit pendant la Seconde guerre mondiale, se trouve légèrement hors du champ chronologique couvert par La Tribune de l’Art, ce qui explique que nous n’en avions pas parlé jusqu’à présent. Mais l’histoire est exemplaire et vaut d’être racontée ici, d’autant que le ministère de la Culture a, à cette occasion, agi comme il devait le faire, même si ce fut in extremis.


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1. Nicolas Esquillan (1902-1989)
Halle, 1941
Fontainebleau
Photo : D. R.
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2. Nicolas Esquillan (1902-1989)
Halle, 1941
Fontainebleau
Photo : D. R.

La halle de Fontainebleau, construite par l’un des grands ingénieurs-architectes du XXe siècle, Nicolas Esquillan, notamment co-auteur du CNIT à Paris, devait être détruite par la mairie de Fontainebleau qui veut réaménager le secteur. A l’origine, il y avait d’ailleurs deux halles identiques dont l’une a été démolie en 1969.
Cette décision a été largement contestée, mais l’architecte des bâtiments de France ayant donné son accord, le bâtiment n’étant pas protégé et un recours des associations ayant échoué devant le tribunal, la mairie pouvait lancer les travaux à tout instant. Celle-ci, qui avait pourtant annoncé qu’ils auraient lieu cet été, décida de les mener immédiatement, par surprise. Les associations, au premier rang desquelles la SPPEF, décidément au cœur de tous les bons combats, ont mené le forcing, au point qu’une poignée de manifestants se sont opposés aux bulldozers qui s’apprêtaient à mettre à bas l’édifice.

Fortement sollicité, le ministère de la Culture a finalement réagi, de la meilleure manière qui soit, en posant mardi soir une instance de classement sur la halle. Dans un communiqué, la mairie se scandalise de cette décision et avoue que « la décision
d’accélérer le calendrier du chantier avait été prise pour faire cesser l’acharnement procédural de quelques-uns
 » ce qui témoigne d’un cynisme assez sidérant, et ose traiter les associations qui s’opposent à ses projets néfastes de « poignée d’activistes1 ».
Cela ne veut cependant pas dire que le combat est désormais gagné. Une instance ne dure qu’un an pendant laquelle le monument doit être effectivement protégé, faute de quoi il pourrait finalement disparaître.

A ce propos, la seule question qui vaille est celle-ci : le marché couvert de Fontainebleau présente-t-il, du point de vue de l’histoire ou de l’art, un intérêt qui justifierait sa préservation, seul critère qui doit présider à la protection. La réponse est oui : dû à un grand architecte, particulièrement élégant même si, comme le dit la SPPEF, cet édifice est « mal aimé [et] n’a jamais été regardé pour lui-même », il doit donc être inscrit, voire classé. L’architecture du XXe siècle a produit suffisamment de bâtiments médiocres pour que l’on soit d’autant plus attentif à sauvegarder ceux dont les qualités sont réelles. Trop de halles métalliques du XIXe siècle ont été détruites (ce fut d’ailleurs le cas de celle qui a précédé la halle Esquillan) pour que l’on ne recommence pas les mêmes erreurs avec les plus beaux exemples de halles en béton. Comme la halle Freyssinet, celle de Fontainebleau doit être définitivement protégée au titre des monuments historiques.

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Didier Rykner, jeudi 7 mars 2013


Notes

1Nous remercions Jean-François Cabestan, très actif dans ce dossier, de nous avoir envoyé le communiqué de la mairie.





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