Aurelie Filippetti pose une instance de classement sur la rue des Carmes


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Vue sur les toits des maisons de la
rue des Carmes que le maire veut détruire
Photo : Didier Rykner

20/7/12 - Patrimoine - Orléans, rue des Carmes - Aurelie Filippetti, ministre de la Culture, vient de prendre la décision remarquable et surtout exemplaire de placer sous le régime de l’instance de classement au titre des monuments historiques 18 immeubles formant le front sud de la rue des Carmes à Orléans. Il s’agit donc de protéger l’intégralité de la portion de cette rue qui devait être démolie1 et d’empêcher ainsi le projet dévastateur du maire de la ville Serge Grouard.

Nous avons plusieurs fois abordé cette affaire sur La Tribune de l’Art et dénoncé l’inaction coupable du précédent ministre. On sait que le maire, proche de l’ancien Premier ministre François Fillon, avait usé de toute son influence pour obtenir une deuxième enquête publique, la première ne le satisfaisant pas, puis une déclaration d’utilité publique in extremis avant les élections.
Tout ceci est désormais remis en question par la procédure d’instance de classement qui interdit pendant un an toute démolition (et logiquement tout projet de démolition), laissant au ministère de la Culture ce délai pour protéger définitivement ces bâtiments. Celui-ci rappelle, dans son communiqué de presse, que le règlement de la ZPPAUP considérait ces immeubles « comme "un tissu homogène, d’une très grande valeur d’ensemble", qui doit être protégé et mis en valeur. Les façades, en pierre ou à pans de bois, dissimulées aujourd’hui sous l’enduit, les cages d’escalier, les caves remontant à l’époque médiévale, constituent d’authentiques et précieux témoins du patrimoine orléanais ». De plus, « deux de ces immeubles, une maison à pans de bois du XVIe siècle et un immeuble construit en 1794 par l’architecte orléanais Benoît Lebrun, ont fait l’objet d’une proposition d’inscription au titre des monuments historiques, en totalité, de la commission régionale du patrimoine et des sites (CRPS), le 19 novembre 2011 ».

L’association Aux Carmes Citoyens, qui se bat depuis le début pour sauver la rue des démolisseurs, demande désormais fort logiquement à la ministre « le retrait de la déclaration d’utilité publique qui est maintenant devenu obsolète et qui doit être amendé, ainsi que la révision du projet de requalification de la rue qui doit être fait suivant les prescriptions de la ZPPAUP en restaurant ce patrimoine et non en le détruisant, comme [elle] le demand[e] depuis 2008 ».
Quant au maire que nous n’avons pas pu joindre ce vendredi soir, il a, nous a-t-on dit, convoqué cet après-midi une conférence de presse où il aurait déclaré « envisager une action en justice contre le ministre ». On se demande sur quelle base, celle-ci ne faisant qu’appliquer strictement la loi qui permet de poser une instance de classement sur un bâtiment historique menacé de démolition.

A-t-on enfin en France un vrai ministre de la Culture, qui remplit réellement sa mission de défense du patrimoine et de veille à l’application des lois sur le patrimoine ? A-t-on enfin un ministre courageux qui n’hésite pas à s’opposer aux élus locaux qui croient que leur circonscription ou leur ville est leur territoire et qu’ils y sont tous puissants ?
A ces deux questions, Aurélie Filippetti donne un début de réponse très encourageant (et assez inattendu, avouons le). Elle avait déjà fait preuve de courage en s’opposant ouvertement au ministre du budget (et semble-t-il également au Premier ministre) sur la question de la défense des déductions fiscales liées au mécénat. Même si Serge Grouard est, en l’occurrence, un adversaire politique (il ne s’est pas privé d’ailleurs, lors de la conférence de presse, de crier à l’opération purement politicienne), cette procédure d’instance est un outil trop rarement utilisé, surtout lorsqu’il s’oppose à un élu, et à notre connaissance jamais à une telle échelle. Il reste désormais à la ministre de la Culture à faire preuve de la même fermeté contre les maires de gauche démolisseurs, à commencer par le premier d’entre eux Bertrand Delanoë. Nous lui suggérons donc de continuer ce travail exemplaire en refusant notamment la destruction des Serres d’Auteuil.


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Didier Rykner, vendredi 20 juillet 2012


Notes

1Le nombre d’immeuble devant être détruits se montait à une trentaine, mais la protection de ceux donnant sur la rue rend impossible de facto la démolition des autres.





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