Le Louvre lance une souscription pour L’Amour de Jacques Saly


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Jacques Saly (1717-1776)
L’Amour essayant une de
ses flèches
, 1753
Marbre - 97 x 46
Base sculptée par
Jacques Verbeckt (1704-1771)
En cours d’acquisition par le Louvre
Photo : Musée du Louvre

5/10/15 - Souscription - Paris, Musée du Louvre - À deux reprises, en 2009 et 2011, dans des articles faisant le bilan des trésors nationaux en attente d’un achat éventuel par les musées français1, nous signalions le certificat accordé à un trésor national : une sculpture de Jacques Saly, L’Amour essayant une de ses flèches, ayant appartenu à Madame de Pompadour. Nous indiquions alors que le prix demandé par le propriétaire (8 millions d’euros) était excessif et que le Louvre avait fait une proposition à 4 millions. L’œuvre, bien que disponible sur le marché international, n’a finalement pas été vendue, et elle va être aujourd’hui acquise par le Louvre pour 5,5 millions d’euros. Un prix qui reste très élevé mais qui, selon Guilhem Scherf, conservateur en chef au département des sculptures au Louvre, et le meilleur spécialiste des sculptures françaises du XVIIIe siècle, est justifié par son importance : elle fut commandée en 1752 par la marquise de Pompadour, et celle-ci l’appréciait tellement qu’elle la fit transporter de son château de Bellevue, vendu en 1757, à l’hôtel d’Évreux (actuel Élysée), sa demeure parisienne.

Cette sculpture en marbre, dont le piédestal d’origine est dû à Jacques Verbeckt, viendra rejoindre au Louvre d’autres statues en marbre commandées pour Bellevue par Madame de Pompadour : La Poésie lyrique de Lambert-Sigisbert Adam, La Musique d’Étienne-Maurice Falconet, L’Amitié sous les traits de Madame de Pompadour et L’Amour embrassant l’Amitié par Jean-Baptiste Pigalle. Cupidon est d’ailleurs partout présent dans la sculpture française aux environs de 1750 : si, pour Jacques Saly, il essaie une flèche, il se fait menaçant chez Étienne-Maurice Falconet dans un marbre commandé en 1755 pour l’hôtel d’Évreux par le Marquis de Marigny, frère de Madame de Pompadour, et il taille son arc chez Edme Bouchardon, dans une sculpture commandée pour les Bâtiments du Roi, qui voulut en avoir une copie (apparemment non exécutée) pour Bellevue. Ces deux dernières sculptures étant également au Louvre, l’acquisition de l’œuvre de Saly, en dépit de son prix, est un enrichissement logique qui s’inscrit par son thème, son sujet et son origine dans l’histoire de la sculpture française de l’époque.

Après une formation chez Guillaume Coustou et un séjour de huit ans à Rome entre 1740 et 1748, après avoir été reçu à l’Académie en 1751, il fut appelé en 1753 à Copenhague par le roi Frédéric V dont il réalisa la statue équestre. Il prit rapidement une place proéminente au Danemark puisque dès l’année suivante il y fut nommé directeur de l’Académie des Beaux-Arts. Il ne revint à Paris qu’en 1774, deux ans avant sa mort.
Sa période française est donc assez courte, ce qui peut expliquer à la fois son manque de notoriété parmi les grands sculpteurs de notre pays et le peu d’œuvres conservées en France, à l’exception de Valenciennes, sa ville natale. Le Louvre ne conservait qu’une petite esquisse de tombeau (La Douleur tenant un médaillon à l’effigie de Charles-Guy de Valory) et un buste de jeune fille en terre cuite, et le Musée Cognacq-Jay son morceau de réception. Si une partie du financement (2,8 millions) est assuré par la Société des Amis du Louvre, si 2 millions devraient être fournis par le mécénat d’entreprise et de grands donateurs, une nouvelle campagne d’appel aux dons, Tous mécènes !, est lancée par le musée auprès du grand public, pour un montant total de 600 000 € à réunir avant le 14 février 2016 (voir le site).


Didier Rykner, lundi 5 octobre 2015


Notes

1Il devient d’ailleurs nécessaire que nous nous penchions à nouveau sur ce sujet, la situation ne s’étant guère améliorée depuis.





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