Le Crystal Bridges Museum of American Art s’enrichit de deux portraits


23/9/15 - Acquisitions - Bentonville (Arkansas), Crystal Bridges Museum of American Art - Deux portraits sont récemment entrés au Crystal Bridges Museum of American Art, œuvres de grands artistes américains qui furent contemporains.
Le premier, acquis dans une vente privée, est la Fille de Chelsea peinte vers 1883 par Whistler (ill. 1), qui l’offrit à Alexander Cassatt, frère de Mary Cassatt, pour se faire pardonner de n’avoir pas fini le portrait de sa femme. Au lieu d’achever une commande, il réalisa donc une autre toile censée faire patienter son commanditaire… Whistler eut tout de même la prudence de préciser qu’il avait peint cette œuvre en une après-midi. On voit d’ailleurs les coups de brosses rapides qui accentuent la vivacité du portrait. Les mains sur les hanches, les jambes écartées, les joues roses, le regard fixé sur le spectateur, le modèle présenté en pied dans un espace neutre adopte une posture dynamique, renforcée par la note vive de l’écharpe jaune qui tranche dans ce camaïeu de bruns. Whistler confère à cette jeune fille, de toute évidence modeste, une monumentalité certaine. Pourtant, il considérait sa toile comme une esquisse, ou du moins comme une peinture inachevée1 et se montra contrarié lorsqu’il découvrit qu’elle fut exposée à Chicago en 1893, à la Wold’s Columbian Exposition. Elle remporta pourtant un succès critique, puisque le Whitehall Review parle d’une « véritable fille du peuple, avec tout le défi d’un enfant prolétaire dans son attitude. »2


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1. James McNeill Whistler (1834-1903)
La Fille de Chelsea, 1884
Huile sur toile - 165 x 88,9 cm
Bentonville, Crystal Bridges Museum of American Art
Photo : Crystal Bridge
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2. Thomas Eakins (1844-1916)
L’Archevêque James Frederick Wood, 1877
Huile sur toile - 208 x 152 cm
Bentonville, Crystal Bridges Museum of American Art
Photo : Crystal Briges

L’autre acquisition est un portrait grandeur nature du premier archevêque de Philadelphie, James Frederick Wood (1877) par Thomas Eakins (ill. 2). Le peintre voyagea en Europe, fut l’élève de Gérôme puis de Bonnat à Paris, avant d’être professeur à l’Académie des Beaux-Arts de Pennsylvanie. Le choix de placer l’archevêque assis, légèrement de biais, fait évidemment penser aux fameux portraits de Jules II par Raphaël et d’Innocent X par Vélazquez. Contrairement à ses illustres prédécesseurs, Eakins ne coupe pas son modèle aux genoux, mais choisit un cadre plus large. Il détaille avec une minutie presque photographique la dentelle du rochet et le visage de James Frederick Wood qu’il est loin de flatter. On retrouve cette approche dans d’autres portraits de prélats catholiques comme William Henry Helder. S’il fut surtout portraitiste, il peignit aussi des peintures de genre qui firent grand bruit, fut photographe et sculpteur. Le musée possède avec la National Gallery de Washington une autre de ses œuvres, dont la vente fit polémique (voir la brève du 21/11/06). Ce portrait, également, a été cédé l’année dernière avec quatre autres tableaux d’Eakins par le Séminaire Saint Charles Borromée de Philadelphie (Wynnewood) auquel ils appartenaient, une vente qui apparaît tout aussi discutable.


Bénédicte Bonnet Saint-Georges, mercredi 23 septembre 2015


Notes

1« The sketch of one afternoon - or rather the first statement or the beginning of a painting - I am not excusing it mind... for of course it is a damn fine thing. »

2« A veritable daughter of the people, with all the defiance of an offspring of the prolétaire in her attitude. »





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