Un paysage de Pierre Patel pour la National Gallery of Scotland


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Pierre Patel (1605-1676)
Paysage avec Tamar et Juda
Huile sur panneau - 51,1 x 66,4 cm
Édimbourg, National Gallery of Scotland
Photo : National Gallery of Scotland

22/9/15 - Acquisition - Édimbourg, National Gallery of Scotland - Rarement montré au public, un paysage biblique de Pierre Patel conservé dans une collection privée a fait l’objet d’une dation (acceptance in lieu) et a été déposé à la National Gallery of Scotland.
L’artiste illustre la rencontre de Juda et de Tamar, sujet puisé dans la Genèse (38.1-30). Juda avait trois fils. Tamar épousa le premier, Er, « méchant aux yeux de l’Eternel » qui le fit donc mourir. Elle fut alors donnée en mariage au deuxième, Onan, afin que celui-ci donne une descendance à son frère. Mais « sachant que cette descendance ne serait pas pour lui, Onan perdait sa semence par terre lorsqu’il devait avoir des relations avec sa belle-soeur, afin de ne pas donner de descendance à son frère ». Alors l’Éternel fit mourir Onan. Juda craignant pour la vie de son benjamin, Shéla, renvoya Tamar chez son père, prétextant que son fils était encore trop jeune. Mais Shéla grandit et Tamar comprit qu’on la tenait à l’écart. Or elle apprit que Juda devait se rendre à Thimna pour tondre ses brebis. « Elle retira ses habits de veuve, se couvrit d’un voile dont elle s’enveloppa et elle s’assit à l’entrée d’Enaïm, sur le chemin de Thimna. [...] Juda la vit et la prit pour une prostituée, parce qu’elle avait couvert son visage. [...] Il s’unit à elle et elle tomba enceinte de lui. »

Comme toujours, Patel dispose avec un véritable sens de la mise en scène des figures minuscules dans un paysage idéalisé et mélancolique, animé de ruines antiques imaginaires. Il construit l’espace par une succession de plans d’ombre et de lumière, équilibre les masses, architectures et arbres rythmant la composition, et maîtrise la perspective linéaire et atmosphérique. Il décrit avec minutie les figures, la végétation et l’architecture, qu’il baigne d’une lumière transparente.
Il se nourrit d’influences nordiques et méridionales à la fois, car si Patel ne voyagea probablement pas en Italie, il côtoya les Flamands présents dans les années 1630 à Saint-Germain-des Prés et plus particulièrement les nordiques italianisants. Ce tableau peint au début des années 1650, bel exemple de l’atticisme parisien est ainsi comparable au Repos pendant la fuite en Egypte du Louvre ou à La Chute de Phaéton du Musée de Picardie.


Bénédicte Bonnet Saint-Georges, mardi 22 septembre 2015


P.-S.

23/9/15 : Jean-Claude Boyer nous signale que le tableau de Patel conservé à Amiens est sans doute La Mort d’Hippolyte et non La Chute de Phaeton. Voir Le Beau langage de la nature. L’art du paysage au temps de Mazarin, Rennes, 2013, p. 218-221.





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