La troisième édition de Paris Tableau vient d’ouvrir


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1. Louis Cretey (1630/1635 ou 1637-après 1702)
Saint Jérôme, vers 1684-1686
Huile sur toile - 87 x 121 cm
Galerie Michel Descours
Photo : Galerie Michel Descours

Voici donc déjà la troisième édition de Paris Tableau. Rarement événement comme celui-ci s’est imposé aussi rapidement sur la scène parisienne et il faut souhaiter qu’un nouveau succès vienne conforter un marché évoluant dans un contexte aujourd’hui fort difficile.

Dès mercredi soir, jour de l’inauguration, des transactions ont été conclues ou des options sérieuses prises par des collectionneurs et des musées. L’ambiance était donc plutôt positive, avec la foule des grands jours.
Plusieurs marchands étaient accueillis pour la première fois dans ce salon, parmi lesquels le Lyonnais Michel Descours et la galerie parisienne Terrades. Tous deux présentaient des œuvres remarquables. Le premier, qui avait fait venir huit tableaux de l’exposition qu’il montre actuellement à Lyon, a marqué particulièrement les esprits avec une superbe toile de Navez, un grand Giordano de la fin de son époque caravagesque, et un artiste dont la galerie s’est fait une spécialité : Louis Cretey auquel on doit un superbe Saint Jérôme, inédit et dans un excellent état de conservation (ill. 1).
Chez Terrades, on remarquait plusieurs tableaux parmi lesquelles une très subtile étude de bras et de mains par Carlo Cignani (ill. 2) qui faisait l’unanimité chez les visiteurs.


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2. Carlo Cignani (1628-1719)
Étude de mains, 1702
Huile sur papier marouflé sur toile - 31,5 x 43 cm
Galerie Terrades
Photo : Galerie Terrades
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3. Carlo de Paris (1800-1861)
Vue du Pic d’Orizaba ou de Citaltépetl au Mexique, 1853
Huile sur toile - 124,5 x 175 cm
Galleria Carlo Virgilio & C.
Photo : Galleria Carlo Virgilio & C.

Comme les années précédentes, et ceci dit sans chauvinisme aucun, les galeries françaises nous paraissaient plus intéressantes que les étrangères, notamment les anglo-saxonnes dont les œuvres présentées sont parfois un peu trop monotones (trop de paysages, de natures mortes ou de scènes de genre un peu interchangeables). Il y a bien sûr des exceptions, surtout chez les Italiens et nous signalerons un nouveau venu également, Carlo Virgilio de Rome, qui a fait l’effort de présenter une exposition thématique autour des études et esquisses, et même de publier un catalogue en français. On peut voir ainsi, avec des œuvres françaises, un grand nombre de toiles italiennes du XIXe siècle de belle qualité ce qui est plutôt original. Malheureusement, l’une des plus belles publiées dans le catalogue, La Gloire de sainte Pudentienne peinte en 1803 par Bernardino Nocchi (nous avouons ne pas connaître cet artiste) a été notifiée par l’Italie (elle ne peut être vendue à l’étranger) et n’est donc pas exposée. Mais on se consolera avec deux exceptionnelles têtes de Maure de Castiglione ou, hors catalogue, d’un étonnant paysage mexicain de Carlo de Paris (ill. 3), un peintre dont nous avouons ne rien connaître1.


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4. Jean-Baptiste Regnault (1754-1829)
Joseph d’Arimathie et Nicomède, vers 1788-1789
Huile sur toile - 73 x 91,5 cm
Galerie Aaron
Photo : Galerie Aaron
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5. Luis Ricardo Faléro (1851-1896)
La Sorcière, 1882
Huile sur parchemin - Diamètre : 28,5 cm
Galerie Talabardon & Gautier
Photo : Galerie Talabardon & Gautier

Galerie Aaron, si une grande toile inédite d’Alexandre Évariste Fragonard placée au fond du stand attire les regards, on retiendra surtout une monumentale étude de têtes de Jean-Baptiste Regnault (ill. 4), en rapport avec les deux personnages à gauche de la grande Descente de Croix du Louvre.
Bertrand Talabardon et Bertrand Gautier, qui présentent à chaque fois un très beau choix d’œuvres, essentiellement du XIXe siècle, aiment les objets qui sortent de l’ordinaire. Cette fois, il s’agit d’une huile sur parchemin, montée sur un tambourin, peinte par l’Espagnol Luis Ricardo Faléro (ill. 5) qui s’était fait une spécialité des représentations de scènes de sabbat et de sorcellerie. Cette sorcière sur son balai, qui semble surprendre même les chauves-souris, est une œuvre particulièrement précieuse et savoureuse. Elle a été exposée au Salon des Artistes Indépendants en 1884.


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6. Hendrick van Balen (1575-1632) et
Jan Brueghel de Velours (1568-1625)
Le Frappement du Rocher, vers 1610
Huile sur cuivre - 49,3 x 65,8 cm
Galerie Claude Vittet
Photo : Galerie Claude Vittet
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7. Pseudo Salini (Rome, milieu du XVIIe siècle)
Un porteur de fiasques tombé,
surpris par deux chiens dans un paysage

Huile sur toile - 110 x 146,5 cm
Galerie Canesso
Photo : Galerie Canesso

La galerie Claude Vittet, spécialisée dans les maîtres nordiques même si elle présente également des peintures de l’école française, expose sur son stand un remarquable Frappement du rocher sur cuivre (ill. 6), dans un merveilleux état de conservation, dû à la collaboration de Jan Brueghel de Velours pour tout le fond de paysage et les personnages de l’arrière-plan et d’Hendrick van Balen. La figure de guerrier en rouge à gauche est d’une qualité particulière, comme l’est l’amusant petit singe, indifférent à la scène qui se déroule derrière lui, et qui ne s’intéresse qu’à la cerise qu’il récupère dans un plat en faïence.
En revenant vers la peinture italienne, on retiendra chez Maurizio Canesso un tableau assez mystérieux tant par son sujet que par son auteur (ill. 7). Ce dernier fait partie d’un ensemble d’œuvres autrefois données à Tommaso Salini, dit Mao (vers 1575-1625), une attribution aujourd’hui obsolète, le nom de convention de Pseudo-Salini ayant été néanmoins retenu pour ce groupe (alors qu’il s’agit sans doute de plusieurs mains différentes). Le peintre est cependant probablement actif à Rome au milieu du XVIIe siècle. Quant au sujet, d’abord identifié comme un Saint Roch et deux chiens, il est également non pertinent, et le tableau est désormais assimilé à une scène de genre.
En restant dans l’Italie, outre le Luca Giordano de Michel Descours, on pourra retenir également celui présenté dans le stand juste à côté chez Coll & Cortés, une galerie madrilène, représentant le roi David repentant (ill. 8).


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8. Luca Giordano (1634-1705)
Le roi David repentant
Huile sur toile - 164 x 207 cm
Coll&Cortes
Photo : Coll&Cortes
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9. Attribué à Sofonisba Anguissola (vers 1532-1625)
Une femme noble espagnole, vers 1560-1565
Huile sur toile - 181,5 x 98,5 cm
The Weiss Gallery
Photo : The Weiss Gallery

Poursuivons notre parcours dans la peinture italienne et remontons un peu dans le temps pour voir à la Weiss Gallery un grand portrait attribué à Sofonisba Anguissola (ill. 9) avant d’aller chez Giovanni Sarti, qui avait montré au printemps une belle exposition de peintures caravagesques dont nous n’avions pas parlé si ce n’est pour signaler l’acquisition par le LACMA d’un Daniele Crespi, regarder une belle toile relevant de ce même mouvement, Judith montrant la tête d’Holopherne (ill. 10), par un artiste peu connu, Matteo Loves qui fut un collaborateur du Guerchin à Cento.
Pour le XVIIIe siècle, chez Cesare Lampronti, nous retiendrons un caprice architectural de Pannini, placé un peu haut, au-dessus de l’entrée du stand, mais d’une très grande qualité (ill. 11) et nous terminerons cette recension trop rapide (nous aurions également pu reproduire de beaux paysages classiques montrés par Éric Coatalem ou une esquisse en grisaille par Hyacinthe Rigaud chez Charles Beddington) par une rareté que l’on trouve chez Jacques Leegenhoek (qui présente également rien moins qu’un Dominiquin et un Honthorst) : il s’agit d’une peinture du XVIe siècle napolitain, une école que l’on ne connaît pas particulièrement pour ses artistes maniéristes, peinte par Francesco Curia (ill. 12) dont seul un petit nombre de tableaux (dix-sept) sont conservés, pour l’essentiel dans des églises et des musées italiens.


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10. Matteo Loves (documenté à Cento de 1625 à 1647)
Judith avec la tête d’Holopherne, vers 1620-1630
Huile sur toile - 89,5 x 105 cm
Galerie G. Sarti
Photo : Galerie G. Sarti
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11. Giovanni Paolo Pannini (1691-1775)
Caprice architecturale avec figures
Huile sur toile - 73 x 98 cm
Galleria Cesare Lampronti
Photo : Galleria Cesare Lampronti

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12. Francesco Curia (1560/1565-1608)
La Sainte Famille avec le
jeune saint Jean-Baptiste
, vers 1600-1603
Huile sur toile
Galerie Jacques Leegenhoek
Photo : Galerie Jacques Leegenhoek

Signalons également la petite exposition, que présente le Louvre, de six tableaux donnés au musée sous réserve d’usufruit, dont trois ont été offerts par Antoine Béal dont nous avions parlé sur ce site (Claudius Jacquand, Nicolas Mignard, Francisque Millet), et trois font partie d’un ensemble de tableaux romains offerts en 2007 (nous en parlions également ici).
Bien entendu, une donation peut toujours être faite sans bénéficier d’avantages fiscaux, et beaucoup ne le conçoivent qu’ainsi. Mais la possibilité de déduire une partie du don de son impôt sur le revenu est une disposition qui peut inciter certains collectionneurs à faire bénéficier le Louvre (ou d’autres musées français) d’une libéralité qui leur permet, leur vie durant, de conserver l’œuvre sur leur mur. Et quoi de plus chic que de pouvoir dire qu’on a chez soi un tableau appartenant au Louvre ?

Si les visiteurs sont très satisfaits d’un salon de haute tenue, et si les marchands semblent également heureux de voir des acheteurs (dont des musées américains), ce qui semble être le garant de la pérennité de ce salon, signalons tout de même comme nous le disions en commençant cet article que rarement les menaces sur le marché de l’art français ont été aussi grandes, même si le pire a été évité, la TVA sur l’importation des œuvres d’art ayant même été abaissée plutôt que relevée. Le contexte politique et les hausses incessantes de la fiscalité globale (tout autant que son instabilité) ont des conséquences très visibles sur les acheteurs. La plupart des marchands nous le confirment : leurs clients partent, ou sont déjà partis qui en Angleterre, qui en Belgique, qui en Suisse... Et le mouvement touche certains marchands qui eux aussi quittent la France. Certes, les acheteurs qui évoluent désormais très majoritairement à l’étranger viennent régulièrement à Paris et y achètent. Mais la perte pour le patrimoine français est immense. Nous renvoyons sur ce sujet à notre article d’août 2012, plus que jamais d’actualité.


Didier Rykner, jeudi 14 novembre 2013


Notes

1Né à Barcelone d’un père espagnol et d’une mère italienne, il vint à Rome âgé de quelques mois et y étudia à l’Académie de Saint-Luc. Il voyagea au Mexique entre 1828 et 1836 avant de revenir à Rome.





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