Le Salon du dessin 2016 vient d’ouvrir ses portes


Rendez-vous désormais incontournable du marché de l’art international, le Salon du Dessin a ouvert ses portes au public aujourd’hui mercredi après une inauguration où le public et les acheteurs se pressaient en foule. Les points rouges se multipliaient sur les cartels et dès aujourd’hui de nombreux dessins vendus avaient déjà été remplacés par d’autres. Cette réussite, dans un contexte plutôt morose, prouve que les œuvres d’art se vendent encore bien si la qualité est là. Et, incontestablement, cette édition est l’une des plus belles de ces dernières années, avec beaucoup de feuilles inédites et importantes.


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1. Giorgio Vasari (1511-1574)
Allégorie de l’Éternité
Pierre noire, plume, encre brune, lavis brun,
rehauts de blanc - 28,5 x 22,3 cm
Galerie Didier Aaron
Photo : Galerie Didier Aaron
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2. Giuseppe Cesari, dit le Cavalier d’Arpin (1568-1640)
Personnages agenouillés
Pierre noire et sanguine - 14,5 x 11,2 cm
Galerie Didier Aaron
Photo : Galerie Didier Aaron

Même s’il est de plus en plus difficile de trouver des dessins anciens importants, cela existe encore fort heureusement. C’est ainsi que la galerie Aaron présentait notamment deux feuilles italiennes redécouvertes, l’une par Giorgio Vasari, une très belle Allégorie de l’Éternité (ill. 1), et l’autre, sans doute moins spectaculaire, mais d’un intérêt insigne puisqu’il s’agit d’une étude du Cavalier d’Arpin (ill. 2) pour un compartiment du plafond de la chapelle Contarelli de Saint-Louis-des-Français, celle où Caravage a peint les scènes de la vie de saint Matthieu.


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3. Federico Barocci (1526-1612)
Études de jambes et de bras tendu d’un enfant, 1567 (recto)
Crayons colorés - 37 x 24 cm
Galerie Arnoldi-Livie
Photo : Galerie Arnoldi-Livie
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4. Federico Barocci (1526-1612)
Tête de fille regardant par dessus son épaule, 1567 (verso)
Crayons colorés - 37 x 24 cm
Galerie Arnoldi-Livie
Photo : Galerie Arnoldi-Livie

Autre œuvre remarquable, la galerie Arnoldi-Livie présente un dessin double face de Federico Barocci (ill. 3 et 4), typique de cet artiste, sans conteste l’un des plus grands artistes italiens de la seconde moitié du XVIe siècle. Quant à Nathalie Motte-Masselinck, elle montre une redécouverte majeure, celle d’une académie d’homme en Hercule, à la sanguine par Jacques-Louis David (ill. 5), dans un style encore très XVIIIe siècle . Ce ne sont que quelques exemples qui montrent qu’un collectionneur disposant de moyens financiers conséquents peut acheter de beaux dessins anciens.


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5. Jacques-Louis David (1748-1825)
Académie d’homme en Hercule
Sanguine - 67 x 35,7 cm
Galerie Nathalie Motte-Masselinck
Photo : Galerie Nathalie Motte-Masselinc
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5. Gustave Doré (1832-1883)
Tête de moine âgé, louchant sur une mouche posée sur son nez
Aquarelle - 32,7 x 26 cm
Galerie Paul Prouté
Photo : Galerie Paul Prouté

Il reste que cette édition est particulièrement riche en œuvres du XIXe siècle. On signalera ainsi galerie Prouté le spectaculaire moine endormi de Gustave Doré sur le nez duquel se promène une mouche bleue (ill. 6). Traitée presque en trompe-l’œil, elle donne une note comique à une aquarelle gouachée par ailleurs d’une grande virtuosité.
Le néoclassicisme est bien représenté, avec quelques feuilles marquantes, comme ce Concours de lutte entre femmes spartiates par le peintre italien Giovanni de Min (ill. 7). Ce dessin au sujet peu banal est préparatoire à une fresque peinte en 1836 pour la Villa Manzoni ai Patt di Sedico, près de Belluno.
Restons en Italie, un tout petit peu plus tôt puisqu’il s’agit d’une œuvre de Felice Giani, mort en 1823, représentant le Christ chassant les marchands du temple (ill. 8), inédite et spectaculaire, présentée par la galerie Pandora Old Masters. Il s’agit d’une étude pour un tableau qui a obtenu le second prix au Concorso Clementino organisé par l’Accademia di San Luca à Rome.


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6. Giovanni de Min (1786-1859)
Concours de lutte entre femme spartiates
Plume et encre brune, lavis brun et gris - 56,6 x 68,6 cm
Galerie Marty de Cambiaire
Photo : Galerie Marty de Cambiaire
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7. Felice Giani (1758-1823)
Le Christ chassant les marchands du temple
Plume et encre brune, lavis brun, rehauts de blanc - 59 x 79,8 cm
Pandora Old Masters
Photo : Pandora Old Masters

Revenons en France, et faisons un petit saut dans le temps jusqu’à la seconde moitié du XIXe siècle, avec deux œuvres très différentes. L’une est une Crucifixion au pastel d’Odilon Redon (ill. 9) présentée par Stephen Ongpin, longtemps conservée au Japon, puis dans une collection particulière new yorkaise. L’autre, galerie Terrades, est une aquarelle fascinante de Maurice Lenoir représentant Gaston Tissandier, un scientifique passionné par l’aéronautique qui fit plus de 70 vols en ballon et qui manqua laisser la vie faute d’oxygène (ses deux compagnons périrent) lors d’une ascension au delà de 8000 mètres (ill. 10).


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8. Odilon Redon (1840-1916)
Christ sur la croix
Pastel - 48,8 x 37,2 cm
Stephen Ongpin Fine Art
Photo : Stephen Ongpin Fine Art
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9. Maurice Leloir (1853-1940)
Gaston Tissandier dans son ballon, 1887
Aquarelle et gouache - 60 x 42 cm
Galerie Terrades
Photo : Galerie Terrades

Nous pourrions multiplier les illustrations, signaler tel Pier Francesco Mola chez Brady, un très beau Spilliaert chez Eric Gillis, une esquisse de Sert chez Éric Coatalem, les « buvards » de Géricault chez de Bayser (des dessins effectués sur les buvards de l’artiste)… Mais nous préférons conseiller à nos lecteurs de ne pas manquer cet événement.

Nous avons cependant deux regrets cette année, ou plutôt trois. Le premier est la déception devant les prêts accordés par le Musée Pouchkine dans la traditionnelle exposition muséale du salon. Nous espérions voir beaucoup de belles feuilles anciennes, mais les œuvres sont peu nombreuses et loin d’être inoubliables, même s’il y a de beaux Kandinsky. Le deuxième, qui est d’ailleurs en rapport avec le troisième, est la présence d’une ou deux galeries dont le salon aurait pu faire l’économie et qui accrochent uniquement ou presque de l’art contemporain (et pas le meilleur). Il y a un salon du dessin contemporain où ils seraient bien davantage dans leur élément. Surtout, cela prend la place de jeunes galeristes qui mériteraient de participer à ce salon (c’est notre troisième regret). Alors que beaucoup d’excellents jeunes marchands ont récemment intégré le Salon, on ne comprend pas, par exemple, pourquoi Antoine Tarantino, qui avait un très beau stand l’année dernière, n’a pas pu participer à cette nouvelle édition. Signalons donc qu’il organise, dans sa galerie de la rue Saint-Georges une remarquable exposition de dessins (et de peintures) italiens du XVIe siècle, ce qui n’est pas un mince exploit. Les feuilles qu’il y présente auraient indiscutablement mérité de figurer à la Bourse et auraient permis d’y augmenter le nombre de maîtres anciens dont certains regrettent qu’ils ne soient pas plus nombreux. Nous reviendrons sur son exposition.


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10. Filippo Bellini (vers 1550-1603)
Un ange montrant le Christ en gloire à saint Jérôme
Plume, encre brune, lavis brun - 40,5 x 26 cm
Vente Leclère du 31 mars 2016
Photo : SVV Leclère
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11. Charles Percier (1764-1838)
Reliefs et monuments antiques
Plume, encre noir et brune, lavis gris et brun - 38,5 x 50,5 cm
Vente Artcurial du 31 mars 2016
Photo : Artcurial

Nous conclurons cet article en signalant plusieurs ventes aux enchères spécialisées qui auront lieu demain jeudi 31 mars. L’une à l’hôtel Drouot, salle 15, par la SVV Leclère, propose de nombreuses feuilles dont certaines à des estimations très raisonnables, comme ce dessin de Filippo Bellini estimé seulement 2 000 à 3 000 euro (ill. 11), des aquarelles de fleurs par Laure Devéria, la sœur d’Achille et Eugène, plusieurs dessins de Rodin et beaucoup d’autres dessins remarquables. Une autre, par Artcurial dans leur hôtel Dassault, d’un très bon niveau de qualité, où l’on remarque deux vues panoramiques de Constantinople par Cosimo Comidas de Carbognano, un artiste actif dans cette ville au XVIIIe siècle ou des Reliefs et monuments antiques par Charles Percier (ill. 12). Le temps nous manque hélas pour détailler davantage cette vente, mais on soulignera une fois de plus le gros travail de catalogage effectué par Matthieu Fournier et Élisabeth Bastier.


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12. Giovanni Domenico Tiepolo (1727-1804)
Saint Jean-Baptiste demande le baptême à Jésus
Plume et encre brune, lavis brun - 47 x 37 cm
Vente collégiale Drouot du 31 mars 2016
Photo : Hôtel Drouot
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13. Anne-Louis Girodet-Trioson (1767-1824)
Diane et Endymion
Crayon noir, estompe et rehauts de blanc - 19 x 14,5
Vente collégiale Drouot du 31 mars 2016
Photo : Hôtel Drouot

Une troisième enfin, salle 9 de l’hôtel Drouot, à 16 h, est une vente collégiale réunissant ainsi des œuvres présentées par plusieurs maisons de vente. On y signalera notamment une grande feuille de Giovanni Domenico Tiepolo (ill. 13) et un Diane et Endymion de Girodet (ill. 14).
Vendredi 1er avril, deux autres ventes de dessins sont organisées à Drouot : par la SVV Million, salle 4, et par la SVV Ader, salle 6, mais les expositions auront lieu demain et nous n’avons pas encore vu les œuvres.

Informations pratiques : Du 30 mars au 3 avril 2016. Palais de la Bourse, Place de la Bourse, 75002 Paris. Horaires : de 12 h à 20 h. Jeudi 31 mars jusqu’à 22 h. Tarif : 15 € (réduit 7,50 €).

Site du Salon du Dessin


Didier Rykner, jeudi 31 mars 2016





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