Une première édition de Fine Arts Paris très réussie


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1. Ignace-François Bonhommé (1809-1881)
Vue intérieure des forges d’Abainville, Meuse, 1837
Huile sur toile - 19,6 x 56 cm
Galerie Talabardon & Gautier
Photo : Galerie Talabardon & Gautier
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L’interruption de Paris Tableau pendant une année, puis son départ pour Bruxelles l’année suivante avait laissé un vide qu’il était nécessaire de combler et qui manifestement répondait aux attentes des amateurs d’art. Organisé par la Société du Salon du Dessin, Fine Arts Paris dont la première édition vient de s’ouvrir à la Bourse et qui devrait migrer dès l’année prochaine au Carrousel du Louvre dans une version encore agrandie, vient combler ce manque.

Montrant des dessins, tableaux et sculptures, ce nouveau salon est tout de suite apparu, dès l’inauguration, comme une vraie réussite, sur tous les plans. Un décor sobre et élégant qui tire magnifiquement parti du lieu investi, des exposants nombreux et tous d’un excellent niveau, et surtout des œuvres variées, certaines à des prix très soutenus mais d’autres aussi beaucoup plus abordables tout en restant de qualité « musée ». C’est ainsi un vrai salon d’« amateurs », au sens noble du terme, où tous, collectionneurs comme institutions publiques, trouveront certainement des choses à acheter.

Commençons par le stand de Talabardon & Gautier qui ont réussi l’exploit improbable de trouver une esquisse préparatoire à la Forge de François-Ignace Bonhommé (ill. 1) qu’ils avaient présenté à la Tefaf Maastricht en mars dernier (voir l’article). Nous écrivions d’ailleurs qu’il s’agissait d’un « tableau exceptionnel et d’une rareté insigne », ce qui s’applique évidemment aussi à cette étude peinte qui ira rejoindre l’œuvre qu’elle prépare dans la même collection privée.


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2. Bernard Seurre, dit Seurre Aîné (1795-1867)
Molière, 1843
Plâtre - 70 x 32 x 32 cm
Galerie Terrades
Photo : Galerie Terrades
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3. Auguste-Louis-Marie Ottin (1811-1890)
Vue du Pont-Neuf, 1886
Huile sur toile - 110 x 201 cm
Éric Gillis Fine Art
Photo : Éric Gillis Fine Art
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Plusieurs objets mériteraient de rejoindre le Musée Carnavalet. Mais celui-ci, en travaux, a dépensé son déjà maigre budget d’acquisition pour acheter une œuvre contemporaine de très grande taille1, « Paris Ville Lumière » de Nil Yalter et Judy Blumn comme si cela entrait dans les compétences d’une institution retraçant l’histoire de Paris2. Il lui sera donc impossible d’acquérir la maquette de la statue de Molière par Seurre (ill. 2) que l’on trouve sur le stand de la galerie Terrades, pas davantage qu’il ne pourra se porter acquéreur d’un tableau étonnant car dû au sculpteur Ottin (ill. 3), notamment connu pour son buste d’Ingres, et dont nous ne savions pas qu’il avait peint. Cette vue de la Seine qu’un de nos amis a qualifié fort drôlement de « Seurat sans les points » est une œuvre très intéressante, et on peut la trouver dans la galerie d’Éric Gillis.


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4. Henri Lehmann (1814-1882)
Océanide s’élevant au dessus de la mer
Huile sur papier sur papier marouflé sur toile - 32 x 24 cm
Galerie Chantal Kiener
Photo : Galerie Chantal Kiener
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5. Henri de Triqueti (1803-1874)
La Reine de Saba fait un présent au roi Salomon
Marbre - 41,5 x 24,5 m
Galerie Paolo Antonacci
Photo : Galerie Paolo Antonacci
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On remarquera, outre les objets déjà cités, une esquisse d’Henri Lehmann pour son grand tableau de Gap, Les Océanides (ill. 4), une œuvre étrange que l’on peut voir chez Chantal Kiener. La figure de cette nymphe est peinte sur un papier découpé en ovale qui épouse sa cambrure, lui même collé sur une étude de rochers. Un collage finalement très moderne, et surtout très beau.
Une sculpture romantique d’Henri de Triqueti (ill. 5), que l’on peut admirer sur le stand de la galerie Paolo Antonacci, est un marbre reprenant une figure de la reine de Saba qui se trouve sculptée dans la chapelle du Prince Albert, au château de Windsor, haut lieu de l’art de ce sculpteur romantique (voir l’article). Un plâtre préparatoire à cette figure sculptée est conservé au Musée Girodet de Montargis.


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La galerie Aaron présente un beau dessin de Luc-Olivier Merson (ill. 6), étude pour une illustration des Trophées de José-Maria de Heredia. Quatre albums contenant en tout 247 dessins pour ce même projet avaient été acquis en 2013 par le Musée d’Orsay (voir la brève du 11/4/13). Quant à la galerie Fabienne Fiacre, elle montre un tableau d’Édouard Dantan (ill. 7) représentant son père, le sculpteur Antoine-Laurent Dantan, dans son atelier, en train de restaurer L’Ivresse de Silène, marbre datant de 1868 mais conçu en plâtre à Rome en 18313. Pendant l’occupation de Saint-Cloud par les Prussiens, l’œuvre fut endommagée ce qui contraignit son auteur à la remettre en état.


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7. Édouard-Joseph Dantan (1848-1897)
Un Coin d’atelier, 1880
Huile sur toile - 66,5 x 88 cm
Galerie Fabienne Fiacre
Photo : Galerie Fabienne Fiacre
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8. Charles Cottet (1863-1925)
Voiles sur la lagune à Chioggia, vers 1896
Huile sur toile - 60 x 73 cm
Galerie Orsay
Photo : Galerie Orsay
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De l’extrême fin du XIXe siècle, nous retiendrons deux tableaux. Le premier se trouve chez la galerie Orsay : il s’agit d’une très belle toile de Charles Cottet (ill. 8) qu’on rattache souvent à l’esthétique Nabis même si ce qualificatif ne peut pas strictement lui être appliqué. Quoi qu’il en soit, ces bateaux à voile peints dans une palette rougeoyante n’ont guère à envier aux meilleurs peintures de cette période. Quant à la galerie Michel Descours, elle propose un extraordinaire paysage symboliste (ill. 9) d’un Suédois qui était également créateur de meubles. On a un peu de mal, au début, à comprendre ce que Gustaf Fjaestad représente tant cette œuvre est stylisée, presque abstraite. On réalise cependant assez vite qu’il s’agit d’arbres, sur un ciel rougeoyant, avec au premier plan la glace qui les recouvre représentée par des taches de bleu et d’orange. L’œuvre est fascinante et on rêverait de la voir acquise par un musée français.


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9. Gustaf Fjaestad (1868-1948)
Arbres gelés au crépuscule
Huile sur toile - 110 x 132 cm
Galerie Michel Descours
Photo : Galerie Michel Descours
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10. Gervais I Delabarre (vers 1570-1644) et atelier
Saint Benoît ou Saint Bruno
Terre cuite - 115 x 55 x 30 cm
Benjamin Proust Fine Art Limited
Photo : Benjamin Proust Fine Art Limited
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Très présent, le XIXe siècle n’est pourtant pas hégémonique et de nombreuses galeries proposent aussi des œuvres anciennes (certaines, comme la galerie Canesso ou Benjamin Proust présentent uniquement des objets d’avant 1800). Chez ce dernier, justement, on remarque une belle sculpture mancelle représentant soit Saint Benoît, soit Saint Bruno (en l’absence de polychromie il est impossible de décider) de l’école mancelle du XVIIe siècle, due à Gervais I Delabarre (ill. 10) et à son entourage. Le fonctionnement des ateliers manceaux du XVIIe siècle est en effet encore mal connu et il est parfois difficile d’être précis sur une attribution, même des plus belles pièces comme celle-ci.
Autre sculpture majeure, celle de Michel-Ange Slodtz (ill. 11) chez la galerie Édouard Ambroselli. Elle prépare peut-être, quoi qu’avec beaucoup de variantes, la partie haute du tombeau de Nicolas Vleughels à Saint-Louis-des-Français, à Rome. Elle peut également être rapprochée d’un autre monument funéraire, celui d’Alessandro Gregorio Capponi à San Giovanni dei Fiorentini, également à Rome.


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11. Michel-Ange Slodtz (1705-1764)
Modello pour le monument funéraire de Nicolas Vleughels, vers 1735-1740
Terre cuite - 44 x 81 x 15 cm
Galerie Édouard Ambroselli
Photo : Galerie Édouard Ambroselli
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12. Louis Brandin
Coriolan vouant une haine éternelle à Rome
Plume et lavis d’encre brune, sanguine - 23 x 16,5 cm
Galerie Artur Ramon Art
Photo : Galerie Artur Ramon Art
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Enfin, nous conclurons cet article avec un dessin (on en trouve aussi beaucoup dans ce salon) dû à un artiste français du XVIIe siècle plutôt rare : Louis Brandin (ill. 12). Proposé par la galerie Artur Ramon Art, il figure un sujet tout aussi peu fréquent : Coriolan vouant une haine éternelle à Rome.


Didier Rykner, jeudi 9 novembre 2017


Notes

1Vingt panneaux de 102 x 44 cm !.

2Que l’œuvre prétende illustrer les vingt arrondissements ne justifie évidemment pas un tel achat, parfaitement hors propos.

3Sur Édouard Dantan, voir notamment cet article de Jacques Foucart.





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