La tour de Pierre Cardin : une verrue sur Venise


JPEG - 136.4 ko
1. La tour que Pierre Cardin veut faire édifier à
côté de Venise sous le nom de « Palais Lumière »
© Pierre Cardin/SPA

La vieillesse est un naufrage. Le dicton est, heureusement, souvent faux. Mais hier, dans l’émission « Ce soir ou jamais » sur France 3, Pierre Cardin en était une vivante illustration.

Lorsque nous avons appris, il y a seulement trois mois, que le couturier voulait construire à proximité immédiate de Venise une tour de 255 mètres de haut (ill. 1), notre première réaction fut, outre l’incrédulité devant autant d’inconscience, la certitude qu’il était impossible que cela se fasse. Du coup, nous n’en avons même pas parlé. Nous avions tort.
Aujourd’hui, le chantier semble avoir, avec une vitesse inhabituelle pour ce type de projet, reçu toutes les autorisations ! La déliquescence de la culture italienne, due à celle de son personnel politique et dénoncée sur ce site par Stéphane Toussaint, n’est hélas pas un leurre.

« Trois fleurs dans un vase », une « sculpture habitable », un « projet écologique », ce « palais Lumière va éclairer le monde »..., ce n’est qu’un florilège du tissu d’âneries qui tient lieu d’arguments pour le couturier devenu architecte, sous l’œil complaisant de l’animateur admiratif devant tant d’audace : une tour moderne à Venise coco, ça c’est du moderne, du provocateur ! Les opposants sont balayés par Cardin d’un revers de main méprisant : ce sont « Ceux qui ne font rien »…

JPEG - 52.4 ko
2. Photomontage d’origine inconnue trouvée sur internet
pour illustrer l’impact de la tour depuis
un des points de vue sur Venise
Une autre simulation a été publiée par le Giornale dell’Arte
Photo : D. R.

Cardin n’a même pas essayé de nier l’impact de cette construction vue de la ville (ill. 2), osant la comparer au campanile de la place Saint-Marc : « on n’est pas obligé de se fixer directement sur la tour, quand on est à Venise il y a d’autres regards quand même… ». On croit rêver, mais c’est un cauchemar.
Le plus effrayant est sans doute que cela ne semble choquer personne. Le grotesque Vittorio Sgarbi a déclaré (Le Figaro) voir dans cette tour : « une sculpture moderne comparable à la Victoire de Samothrace ou au Colosse de Rhodes ». On attend, en vain pour l’instant, une réaction de l’UNESCO qui semble regarder ailleurs, comme l’y invite le couturier.
Le chic, aujourd’hui, est de construire des tours dans les villes anciennes. Saint-Pétersbourg y a échappé de justesse, Paris, déjà victime des années 70, est à nouveau menacé... Si même Venise n’est pas protégée de telles folies, l’avenir s’annonce bien sombre.


Didier Rykner, mercredi 28 novembre 2012


P.-S.

Udolpho van de Sandt, que nous remercions, nous a adressé le courrier envoyé par Italia Nostra à l’UNESCO à propos de ce projet.




Tip A Friend  Envoyer par email
imprimer Imprimer cet article

Article précédent dans Éditorial : Fra Angelico, l’ISF et le collectionneur

Article suivant dans Éditorial : Vœux au monde de la culture : de qui se moque Jean-Marc Ayrault ?