La Mort de Chioné, un deuxième Poussin acquis par le Musée des Beaux-Arts de Lyon


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1. Nicolas Poussin
La Mort de Chioné, vers 1622
Huile sur toile - 109,5 x 159,5 cm
Lyon, Musée des Beaux-Arts
Photo : Alain Basset-Lyon MBA

10/2/16 - Acquisition - Lyon, Musée des Beaux-Arts - C’est un exploit peu banal que viennent de réussir le Musée des Beaux-Arts de Lyon et sa directrice Sylvie Ramond en achetant (il sera officiellement révélé demain) un deuxième tableau de Nicolas Poussin (ill. 1), neuf ans après avoir acquis La Fuite en Égypte (voir les articles).

L’œuvre est encore peu connue même si sa réapparition n’est pas si récente. Elle a en effet été publiée pour la première fois en 1998 par Denis Mahon dans le catalogue de l’exposition Nicolas Poussin. I primi anni romani. Celui-ci avait pu alors la voir, en compagnie de Pierre Rosenberg, dans la galerie Colnaghi à Londres. Depuis, ce tableau a été cité ou publié plusieurs fois (par Pierre Rosenberg et par Pierre-Yves Kairis1 notamment pour la mettre en rapport avec La Mort de la Vierge récemment redécouverte. Il a été reproduit en couleurs par Olivier Lefeuvre dans Album Amicorum. Œuvres choisies pour Arnauld Brejon de Lavergnée2, en 2012 et l’année dernière encore (mais en noir et blanc) par Olivier Bonfait dans son ouvrage Poussin et Louis XIV, peinture et monarchie dans la France du Grand Siècle. Il était vendu, pour 3,75 millions d’euros par la galerie londonienne de Jean-Luc Baroni.

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2. Nicolas Poussin
La Mort de Chioné
Plume, encre brune, lavis brun - 18,4 x 31,3 cm
Windsor Castle, Royal Library
Photo : WGA (domaine public)

Cette toile est particulièrement importante car elle documente une période de l’activité de Nicolas Poussin encore mal connue, avant même qu’il ne s’installe en Italie. Des documents d’archives viennent d’être redécouverts par Henriette Pommier3 qui prouvent qu’elle se trouvait en 1691 dans une collection lyonnaise, celle d’un membre de soyeux d’origine milanais, les Reynon, et qu’elle a très certainement été commandée au peintre en 1622 lors de son séjour lyonnais par Silvio I Reynon (vers 1595-1666).
Un dessin (ill. 2) de même sujet, d’une composition différente mais néanmoins assez proche et que l’on peut probablement dater de la même période, est conservé à Windsor. L’histoire, tirée des Métamorphoses d’Ovide, est rarement représentée en peinture : Chioné est aimée par Apollon et Mercure et donne naissance à deux jumeaux, chacun d’un père différent. Elle se vante alors d’être plus belle que Diane et la déesse la punit en lui tirant une flèche dans la langue, ce qui cause sa mort. C’est ce moment tragique que représente Poussin, devant ses deux fils effrayés, Autolycus et Philammon et l’oncle de Chioné, Céyx. Le personnage au fond à gauche est Dédalion, père de Chioné, qui se jette du haut du Mont Parnasse devant cette terrible scène et qui est sauvé par Apollon qui va le changer en épervier.

L’œuvre, que nous avons eu la chance de voir il y a quelques mois à Lyon, est d’une très grande beauté et en excellent état. Elle vient non seulement enrichir, par une toile précoce, la connaissance que l’on a de Poussin, mais aussi compléter de manière inespérée la collection lyonnaise : à côté d’une toile tardive, La Fuite en Égypte, qui date de sept ans avant la mort de l’artiste, Lyon pourra désormais exposer l’un de ses premiers tableaux connus, qui témoigne déjà du génie du peintre.

Si un million d’euros ont été apportés par l’État (600 000 €) et les collectivités territoriales (300 000 € pour Lyon et 100 000 € par la région Rhône-Alpes, désormais Auvergne-Rhône-Alpes), l’essentiel du prix d’achat a pu être réuni par le musée lui même grâce au mécénat du Club du musée Saint-Pierre, un fond doté par plusieurs entreprises de la région4 et créé à l’occasion de l’achat de la Fuite en Égypte.


Didier Rykner, mercredi 10 février 2016


Notes

1Dans la Revue de l’Art, n° 128/2000-2.

2Voir l’article sur cet ouvrage.

3Cette découverte sera publiée dans un ouvrage à paraître dans les jours qui viennent et que nous n’avons pas encore vu.

4Ces entreprises sont April, Aquasourca, Axa, bioMérieux, Caisse d’épargne Rhône-Alpes CIC Lyonnaise de banque, Crédit agricole Centre-est Descours et Clabaud, Deveaux SA, Fermob, Financière Norbert Dentressangle Gl-events, Groupama, KBL Richelieu Rhône-Alpes Bazars, Seb, Sépares, Sogelym Dixence et Toupargel.





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