La donation Marlene et Spencer Hays : 187 œuvres pour Orsay


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1. Maurice Denis (1870-1943)
Goûter sur la côte ou Le Goûter au Pouldu, 1900
Huile sur toile
Paris, Musée d’Orsay
Donation Hays
Photo : DR

22/10/16 - Acquisitions - Paris, Musée d’Orsay - C’est une remarquable donation1 : 187 œuvres rejoindront les collections du Musée d’Orsay, parmi lesquelles vingt-trois Vuillard, douze Bonnard, et quelques Maurice Denis, comme ce Goûter sur la côte tout en aplats de couleurs et jeux de lignes (ill. 1). Ce n’est probablement pas terminé. En effet, Marlene et Spencer Hays, qui donnent ce premier ensemble sous réserve d’usufruit, devraient céder progressivement le reste de leur collection riche tout de même de quelque 600 peintures, dessins, sculptures et objets d’art répartis entre leur appartement de New York et leur demeure de Nashville construite sur le modèle de l’hôtel de Noirmoutier, rue de Grenelle à Paris.
Ce couple d’Américains (ils fêteront bientôt leurs 80 ans) a acheté ses premières œuvres au début des années 1970. De la peinture américaine de la fin du XIXe et du début du XXe siècle d’abord, comme en témoigne une toile de Childe Hassam, puis plus tard de l’art français, pour lequel ils se prirent de passion, les Nabis tout particulièrement et Vuillard en tête, auteur entre autres des merveilleuses Couturières et des Fillettes se promenant (ill. 2). Les Hays ont rencontré Guy Cogeval en 2001, alors directeur du Musée des Beaux-Arts de Montréal, il préparait une rétrospective du peintre et son catalogue raisonné.


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2. Edouard Vuillard (1868-1940)
Fillettes se promenant, vers 1891
Paris, Musée d’Orsay
Donation Hays
Photo : D. R.
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3. Edouard Vuillard (1868-1940)
Les Premiers Pas panneau des Jardins publics), 1894
Peinture à la colle sur toile - 213,4 x 68,5 cm
Paris, Musée d’Orsay
Donation Hays
Photo : D. R.

Ce premier don de 187 pièces (estimé 173 millions d’euros, le total de la collection ayant une valeur plus ou moins de 350 millions) correspond, à quelques exceptions près, aux œuvres présentées en 2013 au Musée d’Orsay dans l’exposition « Une Passion française, la collection de Marlene et Spencer Hays ». La réception de cette donation par le musée parisien représente pour eux, en quelque sorte, une reconnaissance de leur goût et de la qualité de leurs choix. La France a un autre avantage : les œuvres des collections publiques sont inaliénables, contrairement aux musées américains qui ont la possibilité de vendre une peinture pour en acheter une autre, ce qui peut décourager certains donateurs.
Pourquoi n’ont-ils pas tout donné tout de suite ? Peut-être parce que Monsieur Hays est un commerçant de génie qui sait se faire désirer en ménageant le suspens, mais surtout parce que cette collection continue à vivre et à s’enrichir.


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4. Pierre Bonnard (1867-1947)
Paravent Canard, héron et faisan, 1889
Détrempe sur coton teint en rouge
Paris, Musée d’Orsay
Donation Hays
Photo : D. R.

Les conditions de cette - première - donation sont claires : les Hays désirent que les œuvres soient présentées dans un espace dédié, et non pas dispersée dans le musée. Ce sera le cas puisqu’elles devraient prendre place dans l’espace qu’occupent actuellement la bibliothèque et la documentation qui devront quant à elles se déplacer à une centaine de mètres du musée, quai Voltaire, dans l’hôtel de Mailly-Nesle. Un regret néanmoins : cette volonté de ne rien séparer signifie que le tableau de Vuillard intitulé les Premiers pas restera séparé de l’ensemble auquel il appartient (ill. 3). En effet, il est le septième panneau d’un groupe de neuf, Les Jardins Publics, dispersés dans le monde, mais dont le Musée d’Orsay conservait cinq éléments jusque-là ; c’eût été l’occasion de les compléter.
Le couple accepte en revanche que les œuvres soient prêtées à d’autres musées, quelques tableaux exceptés, comme le merveilleux paravent de Bonnard montrant un canard, un héron et un faisan sur fond rouge, particulièrement fragile. Il est composé de trois feuilles qui avaient été séparées et qui ont été réunies par le marchand Hopkins avant d’être achetées par les collectionneurs (ill. 4).


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5. Odilon Redon (1840-1916)
La Fleur rouge ou Le Buisson rouge, vers 1905
Huile sur toile
Paris, Musée d’Orsay (Donation Hays sous réserve d’usufruit)
Photo : D. R.
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6. Paul-Elie Ranson (1861-1909)
Paysage japonisant ou Le Mur fleuri, vers 1899
Paris, Musée d’Orsay (Donation Hays sous réserve d’usufruit)
Photo : D. R.

La passion des Hays pour les Nabis n’est pas exclusive, leur goût faisant se côtoyer Corot, Soutine et Modigliani, la Fleur rouge d’Odilon Redon (ill. 5) et les Bats rouges d’Albert Marquet, la Véranda de John Lavery et le Paysage japonisant de Paul Ranson (ill. 6). Parmi les natures mortes, on trouve un bouquet de fleurs par Fantin-Latour et, plus inattendue, une Tranche de melon, tandis que Caillebotte alterne lui aussi la flore et les mets en peignant le Rosier et l’iris mauve du jardin du Petit-Gennevilliers et un superbe Homard (ill. 7) ; lui dont les qualités de peintre restèrent longtemps méconnues a d’autant plus sa place au Musée d’Orsay qu’il a largement participé à la constitution des collections par son legs de toiles impressionnistes. Degas est quant à lui représenté par les trois grands thèmes qui parcourent son œuvre : une danseuse au pastel, des cavaliers au fusain et un nu au bain, au pastel et fusain (ill. 8).
Parmi les nombreuses œuvres graphiques qu’ont réunies les deux collectionneurs Bonnard et Vuillard ont encore la part belle. Orsay accueillera aussi plusieurs feuilles, bronzes et terres cuites de Maillol.


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7. Gustave Caillebotte (1848-1894)
Le Homard
Huile sur toile
(Donation Hays sous réserve d’usufruit)
Photo : D. R.
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8. Edgar Degas (1834-1917)
Femme s’épongeant le dos, vers 1895
Pastel sur papier marouflé sur carton - 70 x 60 cm
Paris, Musée d’Orsay (Donation Hays sous réserve d’usufruit)
Photo : D. R.

Cet ensemble rejoindra à terme au musée une autre donation celle faite début 2011 sous réserve d’usufruit de 141 œuvres de Bonnard et de Vuillard (voir la brève du 29/1/11). Le donateur était anonyme, il ne l’est plus depuis son décès en janvier 2016 qui fait entrer définitivement sa collection à Orsay. Il s’agit de Jean-Pierre Marcie-Rivière, en souvenir de son épouse Zeïneb. L’ensemble sera présenté à partir du 22 novembre. Orsay décidément fête ses trente ans sous le signe des Nabis.



Bénédicte Bonnet Saint-Georges, samedi 22 octobre 2016


Notes

1En revanche, il est faux de dire que ce serait « la donation la plus importante reçue par un musée français depuis 1945 ». Ceux-ci en ont reçu bien d’autres (Kandinsky à Beaubourg, Monet à Marmottan, Jacqueline Delubac à Lyon, Lévy à Troyes, etc.).





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