La culture selon Manuel Valls...


JPEG - 26.6 ko
Photo : Jackolan1/Wikipedia (CC BY-SA 3.0)

Au moins, le Premier ministre, Manuel Valls, a été clair. La culture, ce n’est pas le patrimoine. La culture, ce ne sont pas les musées. On s’en doutait déjà un peu, à vrai dire. Nommer quelqu’un comme Fleur Pellerin au ministère de la Culture, qui ne prononce à peu près jamais les mots « patrimoine » ou « musée » et qui se désintéresse totalement de ces sujets, suffisait à le prouver.

Mais le discours prononcé hier à Cannes a le mérite de révéler au grand jour que cette politique est volontaire et que cette nomination n’était pas un accident de parcours. Valls a en effet reconnu publiquement que « la baisse du budget de la Culture au début du quinquennat de François Hollande a été une erreur ». On n’en croyait pas ses oreilles. Ainsi, sûrement, tous les budgets du ministère allaient revenir à leurs niveaux de début de mandat.
Pas du tout, bien sûr. Qu’est-ce que la culture pour le Premier ministre ? La « création », uniquement la création. Celle du passé ? Sûrement pas. C’est sans doute beaucoup trop réactionnaire. Il a donc affirmé : « avec la ministre de la Culture Fleur Pellerin, nous avons décidé que les budgets de la création et de l’éducation artistique seraient conservés, voire augmentés, pour les deux ans à venir ».

Nous n’avons, évidemment, aucun problème avec cette annonce, si ce n’est le mépris le plus total, l’indifférence la plus absolue que le premier des ministres porte au patrimoine. Quand il reconnaît une « erreur », ce n’est pas d’avoir fait chuter le budget qu’il lui consacre de 12,5 % entre 2012 et 2015, c’est d’avoir diminué de 6,7 % celui de la « mission création ». Si ce dernier chiffre est scandaleux, que dire du premier ? Et bien rien. Manuel Valls ne regrette en réalité que la baisse du budget consacré à la création. Parce que les monuments historiques, les musées, c’est probablement trop élitiste pour notre Premier ministre. Cela explique aussi sûrement pourquoi la ministre de la Culture (puisqu’il faut l’appeler ainsi) a validé, pour septembre prochain, comme thème des Journées du patrimoine : « Le patrimoine du XXIe siècle », des « créations » pour l’essentiel encore à venir !
Fleur Pellerin fait ainsi simultanément la propagande de la réforme des collèges de sa collègue de l’Éducation : elle ignore manifestement le latin et n’a pas compris l’étymologie du mot « patrimoine ».


Didier Rykner, lundi 18 mai 2015





imprimer Imprimer cet article

Article précédent dans Éditorial : Lettre ouverte à Madame Fleur Pellerin, ministre de la Culture

Article suivant dans Éditorial : Moins que rien...