La climatisation, un risque pour les œuvres ?


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D’après Marten van Heemskerck (1498-1574)
La Forge de Vulcain
Huile sur panneau
Tableau ayant souffert de la panne de climatisation
et actuellement partiellement couvert de papier japon
Orléans, Musée des Beaux-Arts
Photo : Jean-Louis Mazieres (CC BY-NC-SA 2.0)

On se rappelle que le Musée des Beaux-Arts d’Orléans est sans directeur depuis maintenant plus de deux ans (voir cet article). Faut-il y voir une des raisons des dégâts qu’a occasionnés une panne de climatisation survenue au printemps : soulèvement de la couche picturale, fissures (comme un panneau l’indique dans les salles) sur une dizaine de tableaux sur bois1 comme l’affirme l’opposition municipale2 ? Nous avons interrogé la municipalité qui nie le rapport entre les deux affaires, soulignant que deux conservateurs sont actuellement employées par le musée et ont pu prendre les mesures qui s’imposaient. Nous avons par ailleurs enquêté indépendamment et nos informations montrent, effectivement, que les choses ont été traitées rapidement.
Le musée d’Orléans n’a d’ailleurs pas caché le problème comme auraient pu le faire d’autres établissements, et a planifié, d’ores et déjà, la restauration des panneaux concernés dès l’automne prochain, pour la somme de 40 000 €. On ne peut s’empêcher de penser que cet argent aurait été mieux dépensé ailleurs et que cette restauration ne rendra jamais les panneaux à leur état d’avant l’incident, mais il serait injuste sur cette affaire de blâmer ce musée.

Il reste que l’absence persistante d’un vrai directeur est totalement anormale. Heureusement, la municipalité3 semble avoir enfin changé son fusil d’épaule et avoir pris les choses comme il le faut. Un vrai processus de recrutement d’un responsable semble en bonne voie et, contrairement aux premières orientations prises (voir notre article cité plus haut), il s’agit cette fois de choisir un vrai conservateur4. Le musée semble à nouveau faire partie des priorités de la mairie, ce dont on ne peut que se réjouir.

Cette mésaventure nous permet, néanmoins, de poser une question plus large : la climatisation ne pose-t-elle pas parfois davantage de problèmes qu’elle n’en résout ? Lorsqu’elle tombe en panne, les variations brutales des conditions climatiques (température, hygrométrie...) peuvent être si violentes qu’elles menacent la pérennité des œuvres qu’on est censé protéger. L’événement n’est pas isolé : rappelons, par exemple, ce qui s’était passé aux Musées Royaux des Beaux-Arts de Bruxelles (voir la brève du 28/1/09) où pas moins de 150 tableaux avaient subi le même type de dégâts suite, là encore, à un problème sur la climatisation. Et ce type d’incident est plus fréquent qu’on ne le pense, mais beaucoup de musées se gardent bien de la transparence qui serait nécessaire dans ce domaine (et dont, reconnaissons-le, Orléans a fait preuve).
L’inertie thermique de certains bâtiments anciens, qui permet à la température de monter et descendre sans à coups, n’est-elle pas préférable ? Nous n’avons pas la prétention de résoudre ici cette question, très complexe et qui divise les spécialistes. Nous ne sommes en effet pas les seuls à nous la poser : beaucoup de conservateurs et d’historiens de l’art partagent les mêmes inquiétudes.

Celles-ci devraient être tout aussi grandes pour les « caissons climatiques », nouvelle technique à la mode qui consiste à enfermer l’œuvre dans une boite dont l’atmosphère est contrôlée et qu’emploient systématiquement des musées comme Orsay. Non seulement cela coûte cher, non seulement cela rend les œuvres très lourdes à transporter (ce qui peut être très gênant en cas d’évacuation rapide), non seulement les verres sont souvent gênants pour voir les œuvres, mais, surtout, une panne du système, qui peut passer inaperçue, peut avoir là encore des conséquences dangereuses. On peut, à la rigueur, estimer que ce type de dispositif est nécessaire dans le cas de panneaux très fragiles, mais il faut alors une surveillance permanente. On doute davantage que cela soit nécessaire pour n’importe quelle œuvre sur toile…

Malheureusement, de plus en plus de musées exigent, pour prêter des œuvres, que les locaux qui les accueillent fassent l’objet d’une climatisation. Il est donc impossible ou presque pour un musée d’agir seul dans son coin. Le développement, qui semble irréversible de la climatisation dans les musées, pose des questions auxquelles il serait souhaitable de répondre. Sans compter que de telles installations sont souvent très nuisibles lorsqu’elles concernent des monuments historiques (faux plafonds, canalisations multiples à faire passer dans les murs...) et n’ont vraiment rien d’écologique.


Didier Rykner, mardi 28 juillet 2015


Notes

1Voir notamment cet article de France-Bleu.

3Signalons que depuis le départ, pour raisons de santé, de Serge Grouard, le nouveau maire est son ancien premier adjoint, Olivier Carré.

4Rappelons, puisqu’il faut à chaque fois le préciser, que par « vrai conservateur », nous prenons ce terme non dans son sens administratif mais au sens de « vrai spécialiste des musées de beaux-arts, compétent en histoire de l’art et en conservation, qu’il soit ou non diplômé de l’INP ».





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