Le Musée des Beaux-Arts d’Orléans sans directeur


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La salle Triqueti au Musée des Beaux-Arts d’Orléans
Photo : Didier Rykner

Depuis environ un an, le Musée des Beaux-Arts d’Orléans se retrouve sans directeur. Une première procédure de recrutement avait été lancée en juillet 2013, mais celle-ci avait été interrompue en raison du départ pour Nantes du directeur du Muséum. Les candidats étaient informés qu’une « réflexion était en cours ». Celle-ci a abouti, en janvier de cette année, à la parution d’une annonce quelque peu curieuse. On y recherche désormais un seul directeur pour trois musées : celui des Beaux-Arts, celui d’archéologie (l’hôtel Cabu rattaché au Musée des Beaux-Arts), et le muséum d’histoire naturelle.
Une telle configuration n’est pas unique : quelques villes possédant plusieurs musées ont en effet choisi de nommer un directeur des musées. C’est, par exemple, le cas de Strasbourg. Mais le directeur des musées de Strasbourg (une directrice en l’occurrence : Joëlle Pijaudier-Cabot) est un conservateur, et chaque musée a un conservateur à sa tête qui le dirige notamment sur le plan scientifique.
L’annonce d’Orléans ne prévoit rien de tel : le directeur est à la fois directeur du Musée des Beaux-Arts (« parmi les plus riches de France »), du Musée historique et archéologique de l’Orléanais, et du Muséum (« qui permet de découvrir le monde des invertébrés […], les mammifères et les oiseaux, les grandes évolutions géologiques de la planète de l’ère primaire à la préhistoire et les milieux naturels solognots »). Il s’agira donc, en réalité, de cumuler sur une personne les fonctions dévolues auparavant à deux personnes aux compétences fort diverses. Il devra d’ailleurs, comme cela est précisé dans l’appel à candidature, connaître « les enjeux scientifiques et culturels des musées ». Bref, il devra être un spécialiste des trois domaines couverts par les établissements, d’autant qu’il lui faudra (« en lien avec les responsables scientifiques », c’est-à-dire les conservateurs des établissements) « mettre en œuvre le développement culturel et scientifique des musées ».

Mais quel est le profil requis pour ce surhomme (ou cette surfemme) ? Il s’agira d’un « cadre A expérimenté ou A+ : attaché principal, attaché de conservation, administrateur, conservateur du patrimoine ».
On envisage donc possible, par exemple, de recruter un attaché de conservation pour devenir directeur de trois musées qui avaient naguère deux conservateurs à leur tête, et cet attaché de conservation aura pour adjoint des conservateurs. Cet attaché pourrait même ne pas être de conservation, mais simplement « principal », un titre qui recouvre une fonction purement administrative. Il pourrait d’ailleurs s’agir aussi d’un « administrateur » (sans compétence scientifique), en charge donc « du développement culturel et scientifique des musées ».
Bref, du grand n’importe quoi. Nous avons cherché à en savoir davantage sur ce recrutement, mais la mairie d’Orléans a été incapable (ou plus certainement n’a pas souhaité) nous en dire plus. La personne de la communication avec qui nous avons parlé « ne sait pas » où en est le processus, et elle n’en savait pas davantage sur le poste lui-même, précisant qu’elle ne pouvait donc m’en dire plus. Elle nous a affirmé également que l’annonce qui se trouve encore en ligne sur plusieurs sites n’était pas la véritable annonce, le détail de ce qu’est un poste A ou A+ n’y étant pas, d’après elle, mentionné à l’origine. Ce qui paraît douteux, cette annonce se trouvant sur le site institutionnel emploi-territorial.fr et qui ne changerait de toute façon rien sur le fond.

Cette affaire est symbolique d’une tendance lourde qui se développe dans certaines municipalités : pour réduire le coût de fonctionnement des musées, on nomme un attaché de conservation à la place d’un conservateur ou un assistant de conservation à la place d’un attaché de conservation… Orléans veut innover en envisageant de placer un attaché de conservation à la tête de trois musées et en lui subordonnant des conservateurs.
Cela ne veut évidemment pas dire que des attachés de conservation ne peuvent pas faire d’excellents directeurs de musées ou ne sont pas meilleurs que certains conservateurs. Nous connaissons même des chargés de collection qui ne sont ni l’un ni l’autre faisant un travail de conservateur mieux que beaucoup d’entre eux. Mais il ne peut dans ces cas là s’agir que d’exceptions qui confirment la règle et qui doivent consacrer un passé professionnel convainquant.
Il est ici anormal qu’on ne recrute pas deux (voire même trois, même si le Musée archéologique était déjà rattaché au Musée des Beaux-Arts) directeurs pour trois musées très différents, quitte à les placer sous une même hiérarchie, mais celle-ci devra être confiée à un scientifique, a priori conservateur ou équivalent. Ce type d’annonce contribue à dévaloriser les musées, à baisser globalement les salaires de leurs responsables et conservateurs (pourtant déjà peu élevés) et à affaiblir leurs compétences scientifiques. Si un attaché de conservation mérite de passer conservateur (et il y en a certainement beaucoup), il faut promouvoir un système qui leur permette de le devenir (et s’assurer de leur compétence en conservation, sachant qu’ils n’ont désormais plus de formation dans ce domaine). Quant à placer un « administrateur » à la tête des musées municipaux (qui doivent déjà rapporter à un non scientifique, qu’il s’agisse du directeur des affaires culturels ou de l’adjoint à la culture), cela doit être combattu avec la plus grande fermeté.


Didier Rykner, mardi 27 mai 2014





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