Aix-en-Provence : Hôtel Caumont versus Musée Granet


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1. Façade de l’hôtel de Caumont après restauration
Photo : Didier Rykner

Il y a quelques années, nous avions visité l’hôtel de Caumont, propriété de la Ville d’Aix-en-Provence, qui abritait alors le conservatoire. Le mauvais état de cette très belle bâtisse du XVIIIe siècle nous avait frappé. C’est pourquoi l’annonce de sa vente par la municipalité à la société Culture Espaces pour en faire un centre d’exposition ne nous a pas réellement choqué. La situation ne pouvait pas être pire.
Et il faut reconnaître que celle-ci s’est nettement améliorée. La restauration, menée par une architecte du patrimoine, Mireille Peren, est plutôt réussie (ill. 1 à 3). Aussi bien extérieurement qu’intérieurement, l’hôtel a retrouvé sa dignité, rien ne nous a semblé abusif et le décor est fait avec goût. On le doit à Didier Benderli qui, bien qu’il ait longtemps travaillé avec Jacques Garcia, fait preuve d’une sobriété bien venue.


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2. Atlante sculpté sous l’escalier
avant restauration (avril 2010)
Photo : Didier Rykner
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3. Atlante sculpté sous l’escalier
après restauration
Photo : Didier Rykner

On notera seulement – on s’est bien gardé de nous le dire pendant la visite de presse – qu’à l’étage, dans les salles d’exposition temporaire, une pièce qui conserve ses boiseries n’a pas été restaurée, celles-ci se trouvant protégées, mais cachées à la vue des visiteurs, par un coffrage (ill. 4 et 5). À l’exception de ce point, qui au moins n’est pas irréversible, l’opération peut être considérée comme une réussite.


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4. Pièce de l’étage lorsque l’hôtel de Caumont
était encore le conservatoire (avril 2010)
Aujourd’hui salle d’exposition, coffrée
Photo : Didier Rykner
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5. Première salle d’exposition, correspondant
à la pièce de l’illustration 4
Photo : Didier Rykner

Le rez-de-chaussée est essentiellement consacré à un salon de thé et peut être loué pour des réceptions (ill. 6 à 8). Les murs sont décorés de gravures et dessins ou tableaux anciens, mais modestes, qui font un décor évocateur mais sans grande valeur artistique.


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6. Décor d’une salle du rez-de-chaussée lorsque l’hôtel de
Caumont était encore le conservatoire (avant 2010)
Photo : Didier Rykner
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7. Décor d’une salle du rez-de-chaussée après restauration
Photo : Didier Rykner

À l’étage, deux pièces ont été remeublées avec des œuvres d’un nettement plus grand intérêt, acquises spécialement pour ces lieux. Dans le Salon de Musique (ill. 9 à 11), un beau clavecin ancien remplace celui d’origine. Dans la « chambre de Pauline de Caumont », le lit, là encore, n’est pas celui qui ornait la pièce au XVIIIe siècle, mais il est d’un modèle cohérent avec cette époque. Sur les murs, on voit des tableaux comme La Reine Artémise par Antoine Rivalz, ou une Femme au bain de l’école hollandaise du XVIIIe siècle…


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8. Une des pièces du rez-de-chaussée
de l’hôtel Caumont (après restauration)
Photo : Didier Rykner
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9. Salon de Musique de l’hôtel Caumont
Photo : Didier Rykner

Signalons aussi la restauration des jardins1, qui sont formés de deux parties : le jardin haut (ill. 12) et le jardin bas (ill. 13) dont le tracé, nous dit-on, s’est inspiré de celui de Robert de Cotte connu par les archives.s


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10. Boiseries du Salon de Musique lorsque l’hôtel de Caumont
était encore le conservatoire (avril 2010)
Photo : Didier Rykner
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11. Boiseries du Salon de Musique après restauration
Photo : Didier Rykner

Quant à la première exposition, qui se termine le 13 septembre, lors de notre visite son montage n’était pas terminé. Nous ne pouvons donc en faire une critique argumentée. Constatons simplement qu’il s’agit d’une nouvelle rétrospective Canaletto, dont la commissaire est une des spécialistes de l’artiste, Bozena Anna Kowalczyk. Il y a, assurément, de beaux tableaux et ce travail nous semble plutôt sérieux.


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12. Jardin haut de l’hôtel Caumont
Photo : Didier Rykner
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13. Jardin bas de l’hôtel Caumont
Photo : Didier Rykner

Dans la même journée (c’était le 29 avril 2015), nous nous sommes arrêté au Musée Granet pour constater, hélas, que le musée était à nouveau vidé de ses collections pour accueillir une exposition temporaire. Au moins celle-ci avait-elle un rapport avec son fonds puisqu’il s’agissait d’archéologie locale. Celle qui vient de commencer, la peinture américaine de la seconde moitié du XXe siècle du San Francisco Museum of Modern Art et de la collection Fisher, bien au contraire, n’en a absolument aucun. Une fois de plus, il faut répéter qu’on ne peut vider un musée de ses collections pour montrer des expositions que dans des circonstances exceptionnelles, et certainement pas régulièrement pour montrer des accrochages sans réelle justification ni intérêt scientifique.

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14. « Pas de photo, pas de photo ! »
29 avril 2015
Aix-en-Provence, Musée Granet
Photo : Didier Rykner

Voulant photographier les quelques dizaines de tableaux anciens qui restent encore accrochés en sous-sol (alors que ce musée est un des plus riches de France), nous en avons été empêché, bien sûr, par les agents de surveillance qui ne faisaient qu’appliquer les consignes données par la direction (ill. 14). Comme nous protestions de manière assez vive en nous faisant connaître, on appela Bruno Ély, le directeur, avec qui nous eûmes une conversation assez courte mais courtoise. Il reconnut alors que le musée serait obligé d’évoluer sur la question des photographies. Sur celle des œuvres non montrées, il nous a dit que des réserves modernes venaient d’être inaugurées récemment, et nous assura même qu’il était à la recherche d’un lieu d’exposition qui permettrait aux collections d’être, enfin, exposées à nouveau dans les salles du musée. Nous n’y croyons pas beaucoup, mais cela nous permet au moins de prendre date. Et Bruno Ély – oubliant peut-être que nous sommes journaliste, et que ses propos n’étaient pas off – nous dit alors tout le mal qu’il pensait de la politique de Culture Espaces, société « commerciale ».

Venant d’un musée dont les expositions nous paraissent pour le moins médiocres, cette diatribe contre le côté mercantile de l’opérateur culturel nous semblait un peu curieuse. Nous avons compris depuis quelles étaient ses raisons. Non seulement l’hôtel Caumont est désormais un rival pour le Musée Granet mais, surtout, il se murmure qu’il aimerait pouvoir obtenir de la Ville des dépôts de tableaux anciens du musée.
Que dire de ce souhait ? D’abord qu’il vaut mieux des tableaux exposés que relégués en réserves, même modernes. Mais que, sur le fond, nous pensons que les œuvres du Musée Granet doivent rester au Musée Granet, pour y être présentées. En organisant toutes ces expositions sans réel caractère scientifique, avec pour principal but d’attirer un maximum de visiteurs peu regardants et en cachant en grande partie ce qui fait la spécificité et de l’intérêt du musée, Bruno Ély est le premier responsable de la situation qu’il déplore ou qu’il craint. On espère simplement qu’il n’est pas trop tard et que nous n’assisterons pas, après la mise en réserves de ses collections, au démantèlement au moins partiel du Musée Granet.

En attendant, s’il faut décider entre visiter l’Hôtel Caumont et son exposition Canaletto, ou le Musée Granet privé d’une grande partie de ses collections, il est permis d’hésiter.

Informations pratiques : Caumont Centre d’Art, hôtel Caumont, 3, rue Joseph Cabassol, 13100 Aix-en-Provence. Tél : 04 42 20 70 01. Ouvert tous les jours, même fériés. De mai à septembre : 10 h à 19 h ; d’octobre à avril : 10 h à 18 h, nocturne les mardis jusqu’à 21 h 30 en période d’exposition. Tarifs : 11 € (réduit : 8,5 €) en période d’exposition temporaire : 6 € (réduit : 4,5 €) hors période d’exposition temporaire.
Site internet.

Sous la direction de Bozena Anna Kowalczyk, Canaletto. Rome, Londres, Venise. Le Triomphe de la Lumière., 224 p., ISBN : 9789462300835.

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Didier Rykner, samedi 11 juillet 2015


Notes

1Par l’entreprise Pinson Paysages.





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